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Stationnement sécurisé des vélos en gare : 35 % de l’objectif du décret LOM atteint

Publié dans le sillage de la Loi d’orientation des mobilités (LOM), le décret du 8 juin 2021 identifie 1 133 gares du territoire soumises à l’obligation de se doter de stationnements sécurisés pour les vélos avant le 1er janvier 2024. À quelques mois de l’échéance, il est désormais évident que l’objectif de la LOM ne sera pas atteint. Seules 35 % des gares atteignent ou dépassent le nombre minimum de places de stationnement fixé par le décret. Combien de stationnements sécurisés sont aujourd’hui réalisés ? Combien de gares atteignent les objectifs fixés par la LOM ? Quels sont les territoires les plus avancés ? Afin de répondre à ces questions, Vélo & Territoires publie un tableau de bord exclusivement dédié au suivi du stationnement vélo en gare et le décline région par région.

1 133 gares à équiper avant janvier 2024

Au total, 1 133 gares sont concernées par cette obligation de s’équiper en stationnements sécurisés apportée par la LOM, soit 37 % de l’ensemble des gares ferroviaires du territoire. Pour établir la liste des gares concernées, transposée dans un décret, le gouvernement a sélectionné les gares SNCF et RATP dont la fréquentation est supérieure à 100 000 voyageurs par an (soit 275 voyageurs par jour). Pour chaque gare, le décret fixe un nombre minimum de places de stationnement sécurisé à atteindre avant le 1er janvier 2024, allant de 10 à 1 000 places. Ce seuil minimum est calculé en fonction de la fréquentation journalière entrante de chaque gare. Au niveau national, un minimum de 75 891 places de stationnement doivent donc être mises en place avant l’échéance du décret. Un effort colossal pour les régions et en particulier la région Île-de-France, qui doit déployer à elle seule 58 % de ces stationnements.

Mais qu’entend-on par « stationnement sécurisé » ? Au sens du décret d’application de la LOM, ces équipements doivent obligatoirement permettre de stabiliser et de fixer le vélo par deux points. Par opposition aux stationnements « libres » (arceaux, lices ou appui vélos), ils doivent aussi bénéficier d’un système de fermeture sécurisée, de surveillance humanisée ou de vidéo-surveillance. Par ailleurs, le décret précise que les stationnements doivent être situés dans des endroits couverts, éclairés et implantés à moins de 70 m d’un accès à la gare, sauf en cas d’impossibilité technique avérée.

Deux gares sur trois n’atteignent pas leurs objectifs

Alors, où en est-on ? Le nouveau tableau de bord de suivi du stationnement sécurisé en gare développé par le pôle observation de Vélo & Territoires permet de faire le point. Au niveau national, selon les données de SNCF Gares & Connexions et Île-de-France Mobilités au 1er juillet 2023, les objectifs du décret sont atteints et parfois dépassés dans 401 gares du territoire (soit 35 % de l’ensemble des gares concernées), avec un total de 33 310 places de stationnement réalisées. Ce sont donc près de deux tiers des gares concernées qui n’atteignent pas encore leurs objectifs. Plus alarmant encore, le nombre de stationnements réalisés reste inférieur à 25 % de l’objectif LOM dans 578 gares, soit plus de la moitié (51 %) des gares ciblées par le décret.

Exemple de carte régionale présentant le taux de réalisation de l’objectif LOM par gare – Tableau de bord Stationnement vélo en gare, juillet 2023

L’analyse désormais semestrielle de ces données proposée par Vélo & Territoires met néanmoins en lumière quelques tendances positives. Depuis les premiers recensements réalisés en janvier 2021, 265 gares ont été équipées de nouveaux stationnements sécurisés, pour un total de 12 484 équipements supplémentaires. Cette augmentation devrait se confirmer cette année puisque l’on recense déjà 1 198 stationnements sécurisés supplémentaires et 63 gares nouvellement équipées sur le premier semestre 2023. Les acteurs concernés (l’État, les conseils régionaux et SNCF Gares & Connexions) sont à pied d’œuvre pour déployer une offre plus conséquente. Néanmoins, il paraît désormais évident que les objectifs du décret LOM ne seront pas atteints dans le temps imparti.

Exemple de tableau présentant l’évolution du stationnement par gare – Tableau de bord Stationnement vélo en gare, juillet 2023

Des situations contrastées selon les régions

Malgré ce constat alarmant à l’échelle nationale, la situation varie fortement selon les régions. Dans certains territoires, de vastes programmes de déploiement de stationnements en gare avaient déjà été engagés avant la parution de la loi. C’est le cas des régions Grand Est, Pays de la Loire, Bretagne et Auvergne-Rhône-Alpes, qui conservent une certaine avance par rapport au reste du territoire. La région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’est engagée plus tardivement sur le sujet, est aujourd’hui mobilisée pour rattraper son retard et s’est donnée pour objectif d’équiper 100 % de ses gares en stationnements sécurisés à horizon 2028 (et non pas uniquement celles ciblées par la LOM). Les régions Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France et Normandie accusent quant à elles les retards les plus importants. La situation de l’Île-de-France est véritablement à part : 5 % des gares atteignent leurs objectifs, mais elle doit déployer à elle seule 58 % de l’ensemble des stationnements à réaliser au niveau national. Un enjeu gigantesque, pourtant adressé. Mais les financements et les volontés politiques ne font pas tout.

Part des gares atteignant l’objectif LOM par région

Les multiples raisons de ces retards

Plusieurs raisons sont invoquées par les acteurs concernés pour expliquer ces délais. Côté financement, une enveloppe de 50 millions d’euros a été annoncée en 2022 par le gouvernement dans le cadre du plan de relance pour la création de stationnements sécurisés en gare. Néanmoins, les projets ont été retardés du fait de délais de contractualisation importants entre les maîtres d’ouvrage (SNCF Gares & Connexions, RATP et/ou les collectivités locales), les conseils régionaux et l’État (par l’intermédiaire des DREAL). Sont également pointés du doigt le manque de moyens humains disponibles pour mettre en œuvre les projets au sein de SNCF Gares & Connexions, ainsi que les délais de commande importants chez les fabricants d’équipements de stationnement. Enfin, dans certains territoires particulièrement denses, la rareté et la segmentation du foncier disponible aux abords des gares freinent souvent la mise en œuvre des projets d’aménagement.

Les limites de l’exhaustivité des données

Les chiffres présentés sont issus : d’une part des données transmises par SNCF Gares & Connexions, résultant des opérations de recensement réalisées en interne, ou remontées directement par les collectivités auprès des DREAL ; d’autre part des données transmises par Île-de-France Mobilités et disponibles ici en OpenData. Ces différentes données résultant parfois de méthodes de recensement divergentes, Vélo & Territoires ne peut garantir leur exhaustivité. Il est probable qu’une partie des stationnements sécurisés du territoire ne soit, pour l’instant, pas comptabilisée. Améliorer la qualité du recensement du stationnement en gare doit donc rester une priorité.

OpenStreetMap, une ressource encore inexploitée

En complément des données fournies par SNCF Gares & Connexions et Île-de-France Mobilités, Vélo & Territoires a réalisé en 2023 un travail prospectif visant à identifier d’autres sources de données relatives au stationnement des vélos en gare. La base de données géographiques contributive OpenStreetMap (OSM) propose, elle aussi, de l’information concernant le stationnement vélo, disponible sur l’ensemble du territoire national et renseignée par des contributeurs variés qui sont parfois les collectivités elles-mêmes. En juillet 2023, OSM recensait un total de 40 143 places de stationnements situées aux alentours des 1 133 gares du décret LOM. Néanmoins, les données OSM souffrent pour le moment de plusieurs biais. D’une part, de nombreux stationnements recensés par ailleurs ne figurent pas sur la plateforme à ce jour et, d’autre part, la qualité du recensement varie fortement selon les contributeurs et les territoires. Il n’est ainsi pas possible de déterminer si tout ou partie des stationnements recensés sur la cartographie contributive sont sécurisés ou non. OSM constitue une source d’information précieuse, mais encore incomplète. Le Schéma de données sur le stationnement cyclable, compatible avec OSM, propose un cadre commun permettant d’harmoniser le recensement des équipements de stationnement et leur diffusion en OpenData. Il est essentiel que les différents acteurs du stationnement, en premier lieu les collectivités, s’emparent de ces outils et les diffusent pour améliorer la connaissance nationale du stationnement en gare.

La mise à disposition de solutions d’intermodalité adaptées et de stationnements, notamment en gare, est un ingrédient essentiel pour améliorer la pratique cyclable et le système vélo en France. Si les objectifs du décret d’application de la LOM ne seront assurément pas atteints au 1er janvier 2024, le dialogue est désormais ouvert entre l’État, les opérateurs, les aménageurs et les propriétaires fonciers. Vélo & Territoires se tient aux côtés de ses collectivités adhérentes pour les accompagner dans cette démarche en faveur d’un vrai système intermodal.

Antoine Coué

Pour aller plus loin :

  • Le tableau de bord Stationnement vélo en gare de Vélo & Territoires
  • L’étude sur l’intermodalité vélo – transports terrestres de Vélo & Territoires, ainsi que de nombreux contenus complémentaires (articles, webinaires, …), sont consultables ici
  • Le collectif Vélo Île-de-France, en partenariat avec la FUB et l’ADMA, a publié un guide de recommandations pour réussir un projet de stationnement en gare, disponible en ligne ici.

Le tableau de bord Stationnement vélo sécurisé en gare a été réalisé avec le soutien financier de l’Ademe.

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