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Les Pyrénées- Atlantiques, territoire cyclable

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°53

Situés aux confins de la France, de l’Espagne mais aussi de la montagne et de l’océan, entre leurs boucles locales et les itinéraires transfrontaliers, les Pyrénées-Atlantiques sont au coeur du sujet vélo. Hôtes en septembre dernier d’Assises du vélo, une halte s’imposait.

Entretien avec Jean-Jacques Lasserre

Président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques

Quel bilan tirez-vous de la tenue sur votre territoire, le 27 septembre 2018, des Assises du vélo ?

Le bilan est très positif. De nombreux départements des Pyrénées et de la Nouvelle-Aquitaine étaient représentés, de même que les autonomies espagnoles. Tous ces interlocuteurs étaient à la fois intéressants et intéressés, ce qui tend à montrer une fois de plus à quel point le vélo est un liant dans les relations entre collectivités, tant au niveau local qu’au niveau international.

Quelle tendance du moment vous a le plus frappée ?

Je dirais la mini-révolution que constitue la montée en puissance et la démocratisation des vélos à assistance électrique (VAE). Les témoignages entendus lors de ces Assises étaient éloquents. Les VAE sont en train de chambouler les métiers du vélo et le potentiel d’attraction de toute cette branche. Je pense par exemple à une station de ski comme celle d’Iraty, au Pays basque. Alors que sa situation géographique l’a toujours rendue difficile d’accès, l’essor du VAE est en train de complètement élargir le spectre de la clientèle. C’est un authentique bouleversement, et il est positif.

Qu’est-ce qui a changé depuis le premier Schéma cyclable du Département de 2008 ?

La transformation est profonde. Il y a dix ans, le vélo était perçu comme quelque chose de secondaire et vu presqu’exclusivement sous l’angle des loisirs. Aujourd’hui c’est un enjeu contemporain, qui mobilise de plus en plus d’acteurs, lesquels ne sont plus à convaincre des bienfaits d’investir du temps et des compétences dans cette thématique. Je pense par exemple aux EPCI, qui réalisent à travers le vélo à quel point nos territoires sont constellés de sites à visiter et d’atouts à valoriser. Le temps a montré que le vélo n’est pas une mode mais une donnée constante.

En octobre, quelques semaines après l’annonce du Plan national vélo, vous vous êtes entretenu avec Élisabeth Borne, la ministre des Transports. En êtes-vous ressorti encouragé dans vos efforts autour de cette thématique ?

Totalement. Comme je vous le disais, l’essor des VAE me semble bouleverser durablement la donne. Échanger avec la ministre fut l’occasion d’en savoir davantage sur ce qui, à mes yeux, constituait les deux freins majeurs de cette évolution, à savoir le prix des appareils et leurs conditions de recharge. Évoquer avec elle toutes les perspectives qu’ouvrent les avancées de la recherche notamment en matière de vélos à hydrogène a permis de me rassurer sur ces points. Nous sommes sur le bon chemin.

Entretien avec Laurence Pauly

Responsable du pôle Nouvelles mobilités et urbanisme au sein du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques

Cette année 2018 marquait les dix années de votre premier Schéma départemental cyclable. Quel bilan en tirez-vous ?

Le Schéma 2008 comprenait un volet aménagement d’itinéraires et intégration dans les travaux routiers en traversée de villages, ainsi qu’un volet tourisme et valorisation de ces itinéraires. En dix ans, sur les 600 km prévus, 400 sont jalonnés et 200 sont des voies vertes dont la moitié est déjà en service. Le Conseil départemental a fait le plus gros, le reste a été assuré par les collectivités locales. En tout, neuf millions d’euros de travaux ont été réalisés et dix millions sont en cours de finalisation. Le travail sur la valorisation touristique ne commencera véritablement qu’en 2019 car, jusqu’ici, il manquait encore la continuité.

Plusieurs grands axes structurants traversent votre territoire…

Ils sont au nombre de quatre : La Vélodyssée – EuroVelo 1 (60 km réalisés à 80 %, dont 46 km en voies vertes), La Scandibérique – EuroVelo 3 (100 km encore en projet dont 20 en voies vertes), la véloroute des Pyrénées (V81) (170 km dont 100 en voies vertes, réalisée à 80 %) et la route des Cols (240 km, déjà opérationnelle). Cette dernière constitue par ailleurs le cadre de l’évènement « On s’y Col ! » qui permet l’été aux cyclistes de gravir des cols pyrénéens, les routes étant à cette occasion fermées aux voitures. Ces quatre axes sont complétés par dix-huit boucles départementales créées avec la FFCT. Les partenariats sur ces itinéraires transnationaux et transfrontaliers ont été l’occasion pour nous d’aller plus loin dans nos actions autour des mobilités durables. Ce cadre nous a fourni des moyens humains et une légitimité.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur Ederbidea et AtlanticOnBike, deux projets vélo européens que vous pilotez ?

Ederbidea, « le joli chemin » en basque, mobilise douze partenaires de Bayonne jusqu’à Pampelune et Saint-Sébastien. Le but est de créer du lien, de sensibiliser et d’informer le public, en s’appuyant sur les élus et le tissu associatif pour développer la mobilité quotidienne à vélo. AtlanticOnBike, de son côté, réunit six pays qui cherchent à faire émerger et promouvoir l’EuroVelo 1 comme destination touristique d’excellence, avec une culture commune tout au long du parcours. Ce projet s’inscrit dans la continuité d’un projet transfrontalier antérieur nommé Circuldouce. Le Feder finance ces deux projets à hauteur respectivement de 65 et de 75 %.

En quoi le volet formation est-il également un enjeu de votre politique cyclable ?

Nous avons la volonté d’inscrire le vélo dans le quotidien de nos habitants. C’est pourquoi il nous paraît effectivement fondamental de mettre en réseau les acteurs. La formation de nos techniciens et des collectivités locales partenaires est un des leviers. Elle est dispensée par le Cerema. L’idée est de leur (re)préciser les normes, les usages et les besoins des cyclistes, tout en leur proposant une tournée à vélo pour qu’ils comprennent de visu, ainsi qu’un cas pratique qui est soumis à la discussion commune. Dans l’ensemble, les communes sont de plus en plus demandeuses d’aménagements cyclables. Nous leur apportons notre ingénierie financière et technique.

Vous agissez également auprès des enfants ?

Tout à fait. C’est le deuxième volet de notre plan d’actions, et nous l’avons intitulé « À vélo c’est la classe ». Cet appel à projets s’inscrit dans le cadre de notre Plan départemental des collèges. Il est publié chaque année en mai. Les collèges répondent car c’est une opération intéressante notamment pour les élèves de 6e et de 5e. Cela concerne une dizaine de collèges par an, plutôt en montagne d’ailleurs.

Le Schéma fait également état de vélo-écoles…

Oui, c’est le troisième volet de cette partie formation. Il y en a une à Bayonne et deux autres se montent à Pau et à Hendaye. Le Département investit également dans une piste mobile d’éducation à la route parce que, si la formation au vélo est un enjeu, former correctement les formateurs en est un autre, au moins aussi important. Travailler avec la Maison du vélo de Toulouse nous a permis de former huit initiateurs à la mobilité en lien avec le secteur social du Département. Le but est de développer nos actions vers le milieu rural, et de proposer du matériel mutualisable et déplaçable.

Vous formez également des géomaticiens…

Nous avons en effet fait le constat d’un déficit d’informations pour l’usager. Un important travail à l’échelon transfrontalier a donc été entrepris pour la création d’une base de données avec l’aide du bureau d’études La Compagnie des mobilités, afin de qualifier les voiries en fonction du trafic et des reliefs, et de les intégrer dans un calculateur d’itinéraires. Toutes ces données sont sur l’Observatoire des mobilités. Elles sont intégrées au calculateur Géovélo, lequel sera mis en relation avec un calculateur intermodal qui comprendra la Nouvelle-Aquitaine, la Navarre et Euskadi. Avec le GECT (Groupement européen de coopération territoriale), nous avons fabriqué la brique vélo de ce calculateur. Tout ceci donne lieu à des cartoparties, qui permettent de faire travailler tous les « sigistes » du Département et d’associer les cyclistes eux-mêmes.

Où en est la V81 qui relie Bayonne à Lestelle-Bétharram ?

Elle s’étend sur 160 km et 80 ont été réalisés, dont une bonne partie en voies vertes. Des travaux sont en cours à proximité de la rivière de l’Adour. En janvier 2019 débutera le jalonnement de cet itinéraire, ce qui sera l’occasion de renforcer au passage celui de La Vélodyssée. Les communes concernées s’impliquent et c’est une belle source de motivation pour l’ensemble des partenaires.

Qu’en est-il de La Vélodyssée – EuroVelo 1, justement ?

Au total, 60 km passent sur notre territoire, et 40 km de pistes cyclables ont été réalisés. Parmi les petits tronçons qui manquent encore, trois points posent des difficultés, sur la corniche basque, à Saint-Jeande-Luz et au pont Saint-Esprit à Bayonne. L’érosion des falaises, la traversée de sites classés, tout cela rend difficile la résorption de cette discontinuité.

Un mot enfin sur la marque Vélo 64 ?

Cette marque répond à un double impératif d’identité et de communication territoriale. C’est un visuel simple mis à la disposition de tous les acteurs vélo du département. Le but est de traduire ainsi le dynamisme de chacun d’eux et, à travers eux, celui du territoire dans son ensemble.

En savoir plus :

www.le64.fr

La V81

L’oeil de Laureen Montagne, directrice de l’office de tourisme de la plaine de Nay

Depuis quand votre territoire est-il impliqué dans la mise en oeuvre de la V81 ?

C’est notre Communauté de communes qui s’est engagée dès 2010 aux côtés du Conseil départemental. Celui-ci a en effet la maîtrise d’ouvrage concernant la mise en oeuvre de la véloroute. Dans ce cadre il avait proposé aux collectivités traversées une convention de partenariat, l’idée étant de travailler main dans la main avec les relais locaux pour la mise en place des différents tronçons, et de proposer ainsi une offre à la fois loisirs et utilitaire, quotidienne et structurante.

Comment s’articule cet itinéraire par rapport à vos autres circuits locaux ?

Cette véloroute traverse le Pays de Nay sur 25 km entre Baliros et Lestelle-Bétharram. Elle nous sert de colonne vertébrale pour la refonte du plan local de randonnées. Elle constitue une porte d’entrée vers nos sections pour les vélos, lesquelles sont également utilisées par les piétons et les cavaliers et permettent de découvrir nos plaines, nos coteaux et nos piémonts. Toutes ces déclinaisons s’inscrivent dans notre politique de diversification de nos offres, avec toujours en tête l’objectif de vacances décarbonées.

S’agissant de la mobilité du quotidien, que vous apporte ce partenariat ?

En parallèle, la Communauté de communes mène une réflexion autour d’un schéma cyclable, qui visera à relier les villages et favorisera les déplacements utilitaires. C’est également une action qui ciblera un public scolaire, entre autres. La sécurité est l’un des enjeux, la logique d’intermodalité en est un autre, principalement en ce qui concerne les trajets domicile-travail et domicile-commerces. Pour l’heure les axes stratégiques ont été validés en conseil communautaire et une étude de faisabilité est en cours.

À vélo c’est la classe

L’oeil d’Alain Baqué-Meyre, professeur de sciences de la vie et de la terre aux collèges d’Arette et de Bedous

En 2017-2018, les collèges d’Arette et de Bedous furent trois des sept collèges du département à participer aux actions d’ À vélo c’est la classe. Retour d’expérience.

Depuis quand participez-vous avec vos élèves à ce projet ?

En 2015, nous avions proposé une exposition à nos élèves autour du passage du Tour sur notre département. Le projet À vélo c’est la classe cherchait pour sa part à donner aux élèves le goût du vélo comme mode de déplacement quotidien. Sachant que sur Arette la part modale vélo était déjà assez élevée et que la topographie nous est favorable puisque nous sommes dans la partie plate de la vallée et que les routes sont peu fréquentées. Le fait que cela prenne la forme non pas d’un programme clé en main mais plutôt d’un soutien à nos idées, c’est cela qui nous a plu.

En quoi cela consiste exactement ?

C’est un travail sur deux années avec les élèves de 6e et de 5e, ainsi que plusieurs collègues enseignants. Il nous permet de combiner cela avec des apprentissages en matière de mécanique et de sécurité. Le programme finance l’achat de vélos et de kits de sécurité, les séances avec des formateurs, les frais pour les camps… Nous regardons qui a déjà un vélo, et travaillons avec une association de Mauléon. Nous commençons par de courts déplacements proches du collège et rencontrons des élèves des établissements voisins. Peu à peu, nous amorçons des déplacements plus longs. Une année, nous avons emmené les élèves quatre jours sur La Vélodyssée. Une autre, nous avons parcouru Arette-Oloron, le vélo nous servant à la fois de moyen de transport et de visite des infrastructures. Nous y sommes allés à VTT car le retour s’est fait par les bois.

Quelles sont les retombées, à votre niveau ?

Déjà, l’engouement suscité nous a permis d’obtenir l’achat de vélos. Ensuite l’idée à Arette est de commencer par les élèves de 6e et de poursuivre jusqu’en 5e, hors projet. À Bedous l’effort porte davantage sur les élèves de 5e. Il faut bien voir que, à raison d’une ou deux classes par an, cela mobilise quasiment la moitié du collège. À voir pendant combien d’années nous pourrons reconduire cette expérience…

AtlanticOnBike – L’oeil de Padraig Philbin, chef du département Tourisme, Loisirs et Aménité au comté de Mayo (Irlande)

Le comté de Mayo est une autorité locale en Irlande et l’un des dix-neuf partenaires venus de six pays européens impliqués sur le projet Interreg AtlanticOnBike. D’un coût estimé à 4,58 millions d’euros, le projet entend positionner l’EuroVelo 1, reliant le Portugal à la Norvège, comme destination d’excellence.

« Je travaille en étroite collaboration avec l’équipe française de Pau. Notre partenariat est une merveilleuse source d’enseignements. Nous avons la chance de partager, chacun dans nos régions respectives, une vision commune quant au développement d’une destination cyclable d’excellence, ainsi qu’une appréciation de l’influence de l’océan Atlantique sur les communautés côtières et leur manière de vivre. Parvenir à un consensus dans un groupe de dix-neuf partenaires est toujours une gageure. La barrière de la langue et les différences culturelles relèvent encore le challenge. Qu’importe, le groupe travaille bien et tout le crédit en revient au conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques et au savoir-faire de son équipe en matière de leadership. Je suis convaincu qu’AtlanticOnBike attirera ainsi des visiteurs supplémentaires, des investisseurs et de l’emploi dans nos communautés de la côte Atlantique. »

Propos recueillis par Anthony Diao

Vélo & Territoires, la revue