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Wheelskeep : Rassurer ses arrières

Pour une mobilité épanouie, mieux vaut une immobilité sereine. C’est ainsi que pourrait se résumer le concept de cette start-up qui mise sur un stationnement sécurisé et agile. Un vrai savoir-faire pour accompagner un événement décarboné… Qui ouvre des perspectives sur nos manifestations, jeux olympiques et paralympiques en tête.

« Le plaisir de retrouver son vélo n’est pas volé » : le slogan mis en exergue sur la page Twitter de Wheelskeep annonce la couleur. « Tout démarre en effet d’une énième bicyclette dérobée, confirme Mathieu Labey, créateur de cette solution de stationnement. Le hic, c’est que cette bicyclettelà était la mienne, et que j’y tenais vraiment ! » En 2017, ce serial-entrepreneur a déjà quelques bornes au compteur et un regard à 360 degrés sur son époque. « Le vélo était encore mal toléré sur l’espace public, poursuit l’ingénieur en informatique. Question stationnement sécurisé, le cadenas et les bombes à poivre c’est bien mais, face à une disqueuse et des personnes organisées, ça ne suffit pas ». Mathieu Labey est de cette génération qui, en 2005, quelques mois avant le Vélib’ à Paris, a vu les premiers Vélo’v s’élancer dans les rues de Lyon. Il en a tiré une grille de lecture durable. « Un vélo, c’est du prêt-à-porter. Chacun sa taille, chacun le customise à sa guise. Le vélo en libre- service, c’est le palliatif parfait aux vols de vélo. Le bémol, c’est que les modèles utilisés sont parfois vus comme étant les Trabant du vélo. Pour avoir un bon vélo, il faut y mettre le prix. Et, pour y mettre le prix, il faut être rassuré quant aux probabilités de le retrouver là où nous l’avons laissé, et surtout dans l’état dans lequel nous l’avons laissé. »

Exemple de stationnement vélo par Wheelskeep,
Bruxelles, été 2022, à l’occasion de la Fête nationale belge ©DR

Sûr et certain.

Un périmètre sécurisé, une centaine d’arceaux mobiles en moyenne et de l’humain pour répondre et orienter. Le projet se structure par strates successives. L’objectif ? Une expérience client immédiate, sûre et au fort goût de « revenez-y ». Wheelskeep voit le jour en 2017. Derrière l’anglicisme, il y a les roues (« wheels ») et ceux qui en assurent la garde (les « keepers », des personnes sensibilisées à la cause, passés par les services de livraisons à vélo, étudiants ou en réinsertion professionnelle). L’agglomération lyonnaise est l’écrin des grands débuts. Le congrès annuel de la FUB qui s’y tient à la mi-mars de cette année-là, puis des emplacements sur les quais du Rhône aux abords du Centre nautique Tony-Bertrand et d’autres au pied des 28 étages de la tour Oxygène, dans le quartier d’affaires de la Part- Dieu, permettent de rôder le système. Le principe est d’une simplicité biblique. Le ou la cycliste se présente à l’entrée du parc, stationne son vélo et transmet au gardien une photo dudit vélo pour éviter toute équivoque ultérieure, ainsi que son numéro de portable qui lui permet de recevoir un code par SMS. Au retour, la présentation dudit code lui permet de récupérer son engin. Le tout est gratuit pour l’usager, puisque le coût est assumé par l’organisateur de l’événement ou la ou les collectivités partenaires. Et s’il n’est pas revenu récupérer son vélo à l’heure où s’achève la surveillance, le cycliste en a assume seul les conséquences. Comme un grand.

Pour stationner 100 voitures, il faut 10 000 m2 ; pour stationner 100 vélos, il faut 100 m2. Le calcul est vite fait, non ?

Vite et bien.

Si l’installation permanente reste l’horizon à terme, l’événementiel reste pour l’heure le terrain idéal pour peaufiner le modèle. La légèreté de sa mise en place – une oriflamme, quelques kakémonos et des barrières Vauban pour circonscrire les alignements d’arceaux – bouscule les habitudes d’investissement en matière d’occupation de l’espace public. Mais les chiffres restent les chiffres : « pour stationner 100 voitures, il faut 10 000 m² ; pour stationner 100 vélos, il faut 100 m². Le calcul est vite fait, non ? ». L’expérience se veut à la croisée des chemins de nombreux enjeux contemporains, ainsi que le confirme Evelyne Chaussade, directrice de ADCR Service, une structure d’insertion par l’activité économique basée en Charente-Maritime et qui a collaboré avec Wheelskeep lors des trois journées d’escale dans la région du Tour de France cycliste, en septembre 2020. « Notre mission est de remettre en situation d’emploi des demandeurs longue durée. L’objectif est une montée en compétence et un accompagnement socio-professionnel pour permettre, au bout de deux ans, un retour pérenne dans le monde du travail. La collaboration avec Wheelskeep s’inscrivait dans le cadre de notre recherche d’un support d’activité innovant pour nos salariés en parcours. L’opportunité était d’autant plus riche qu’il n’y avait pas d’enjeu commercial et que le savoir acquis était transférable sur d’autres métiers. » Au total, plusieurs équipes de quatre ou cinq personnes seront sur le pont durant ces soixante-douze heures intenses mais festives, managées par un responsable de Wheelskeep et rémunérées au prorata temporis sur la base d’un SMIC horaire par les collectivités territoriales  partenaires. « Tous sont revenus enchantés par l’expérience, qui a parfois révélé des aptitudes qu’ils ne soupçonnaient pas, voire des vocations. »

Parking Wheelskeep pour les vélos de la ville de Nice mis à disposition
lors des demi-finales du Top 14 © Ville de Nice

D’Anglet à Bruxelles…

Même son de cloche du côté du Pays basque français, où le nom Wheelskeep s’offre année après année une visibilité exponentielle aux abords des plages : deux en 2019 puis, au retour du confinement, huit plages en 2021 et douze en 2022. Et toujours cette idée de cercle vertueux si chère au fondateur : « le premier jour, les vacanciers viennent en voiture à la plage, par habitude. Puis ils découvrent le parking sécurisé et, le lendemain, reviennent à vélo ». Calée sur les horaires des baignades surveillées, cette incitation au report modal qui rassure jusqu’aux propriétaires de sacoches et de carioles connaît un franc succès puisque « 11 971 personnes ont donné leur numéro de téléphone à l’été 2021 », indique Aurélia Maisonneuve, responsable du service Mobilités durables au Syndicat des mobilités Pays basque – Adour, avec une fourchette de stationnement allant de « six vélos sur un site un jour de forte pluie à 152 par très beau temps, pour un volume global qui va de 1 500 à 3 000 vélos par plage, en fonction du flux journalier ». Un dispositif rendu possible par une collaboration étroite entre le Syndicat et les communes partenaires, seules habilitées à délivrer les autorisations d’occupation temporaire de l’espace public… Et ce modèle s’exporte ! En Belgique par exemple, Wheelskeep s’est ainsi positionné depuis 2021 sur plusieurs événements emblématiques de la capitale : trois journées pour le Salon du vélo, une semaine pour le Festival des Lumières, un mois au théâtre royal de la Monnaie – lui-même situé à proximité d’un vaste parking public… « Nous avons aussi pu proposer jusqu’à 500 places de stationnement pour les 20 kilomètres de Bruxelles et leurs 20 000 participants », se réjouit Charlotte Raymond, chargée de développement Off – street chez Parking Brussels, l’agence régionale bruxelloise du stationnement. « Le coût revient à six euros par place de vélo et par jour. Les retours sont excellents et la collaboration est partie pour se poursuivre pendant plusieurs années. » 

Le premier jour, les vacanciers viennent en voiture à la plage, par habitude. Puis ils découvrent le parking sécurisé et, le lendemain, reviennent à vélo.

… En passant par la Côte d’Azur.

Les 17 et 18 juin 2022, Wheelskeep a été présent à Nice, à l’occasion des demi-finales du Top 14 de rugby. Six cents vélos ont ainsi pu être stationnés sur les deux sites mobilisés pour l’occasion, quai des États-Unis et Promenade des Anglais. Un engouement favorisé par une communication à grande échelle via les 5 000 exemplaires du Guide du supporter envoyés notamment à tous les acheteurs de billets, et les réseaux sociaux de la Ligue nationale de rugby, qui prenait en charge 20 % du coût global de la prestation. « Cela augure d’un bel élan dans la perspective de la Coupe du monde qui arrive en 2023 » prophétise Elsa Selatni, cheffe de projet événementiel sportif à la direction des Sports de la Ville de Nice… Le modèle est clair, en phase avec son époque, et le bouche-à-oreille agit à plein. « Si les premiers temps de la pandémie ont effectivement été difficiles pour nous puisque les villes ont alors mis l’accent sur des pistes cyclables tactiques, j’ai la conviction que ce service sera bientôt essentiel, conclut Mathieu Labey. Nous continuons à l’améliorer, à proposer des services dans le service avec des possibilités de réparations sur place, à développer notre application dédiée, à élargir le nombre de langues dans lesquelles cette dernière pourra être accessible, diffuser des retours d’expérience sur YouTube, etc. Ce présent que nous essayons quotidiennement d’améliorer, c’est aussi cela, l’avenir concret du vélo. »

Propos recueillis par Anthony Diao

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