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Les 30 ans de l’Ademe

À l’occasion du Grand Défi Écologique organisé fin mars 2022 à Angers, retour sur la place tardivement accordée au vélo sur les trois décennies d’existence de l’Agence du développement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Du 27 mars au 1er avril 2022, Angers a accueilli la première édition du Grand Défi Écologique. Le chef-lieu du département de Maine-et-Loire est aussi le siège national de l’Ademe, organisatrice de l’événement à l’occasion de ses trente ans. C’est en effet en 1992, année du sommet fondateur de Rio, que cet acteur désormais incontournable de l’éco-responsabilité voyait le jour, en regroupant les compétences de l’Agence nationale pour la récupération et l’élimination des déchets (ANRED), l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME) et l’Agence pour la qualité de l’air (AQA).

Anniversaire

Au cœur de cette semaine citoyenne, les journées des 29 et 30 mars étaient plus particulièrement destinées aux professionnels et aux médias. Plus de 3 400 inscrits – avant, défections Covid obligent, d’en rester à « 1 203 participants en présentiel et 1 761 en ligne » selon Jeanne Tilly, en charge de la mobilisation des professionnels tout au long de l’événement – ont convergé vers le Centre de congrès et son tramway floqué aux couleurs de l’événement. Au programme ? Phosphorer ensemble autour des quatre scénarios prospectifs élaborés par l’Ademe sur le chemin de la neutralité carbone espérée pour 2050. Entreprises, collectivités, bureaux d’études, étudiants, associations et ONG mais aussi demandeurs d’emploi, personnes en reconversion professionnelle et, bien évidemment, « Adémiennes et Adémiens » :  les prises de parole furent riches, les statistiques éloquentes et les grilles de lecture multiples. « 2050, c’est dans six quinquennats », rappelle lors de la plénière d’ouverture Arnaud Leroy, PDG de l’Ademe depuis 2018 et pour quelques semaines encore, « mais la transition écologique enjambe les échéances électorales. »

Visite à vélo lors du Grand Défi Écologique à Angers ©Estelle Offroy – Ademe

Morceaux choisis

Le défi s’affiche au singulier mais ses portes d’entrée sont plurielles. Il est tour à tour :

  • pédagogique, avec cette référence au poète sénégalais Baba Dioum, cité en visioconférence par la glaciologue Heidi Sevestre : « En fin de compte, nous protègerons seulement ceux que nous aimons. Nous n’aimerons que ce que nous comprendrons. Nous ne comprendrons que ce qui nous a été enseigné » ;
  • sociologique : « Vous parlez d’éducation des enfants, observe une spectatrice. Mais quid de celle des adultes, notamment dans ces quartiers populaires à la fois très impactés, peu émetteurs et tout autant voire davantage stigmatisés ? » ;
  • sémantique : « attention aux injonctions négatives, ce n’est pas sexy ! » recadre doucement mais fermement la géopolitologue et prospectiviste Virginie Raisson-Victor ;
  • méthodologique : « créons de la confiance en repérant où et pourquoi est-ce que nous suscitons de la défiance et de la division » conseille l’économiste Jean-Charles Hourcade du haut de sa triple expertise CNRS, EHESS et GIEC.

C’est d’ailleurs au septuagénaire gascon, dont la prise de parole tonitruante au matin du second jour a été l’une des plus applaudies de ce congrès, que ce Grand défi doit l’une de ces phrases de synthèse à valeur de cap pragmatique et collectif à tenir :

« Nous ne sommes pas là pour stratosphérer ! »

Et le vélo, dans tout ça ?

Une visite nez au vent sur les berges de la Maine, à la découverte notamment du programme Rives Vivantes et des enjeux « d’apaisement, de domanialités poreuses ou de végétalisation » ; un atelier en mode speed-dating sur la mobilité quotidienne de demain ; une visite guidée de La Ruche à vélos, prototype de parking cyclable vertical, automatisé et sécurisé, installé à quelques pas de la gare d’Angers-Saint-Laud… L’occasion, surtout, de faire le point avec Élodie Barbier-Trauchessec, coordinatrice des Mobilités émergentes à l’Ademe, sur le rapport qu’entretient l’agence d’État avec l’équation cyclable. « La thématique Transports et mobilités est arrivée assez tard à l’Ademe et s’est d’abord limitée à la question des véhicules lourds », resitue celle qui a, depuis 2018, l’œil sur tout ce qui va des mobilités partagées et servicielles jusqu’à la démobilité, depuis son QG de Sophia Antipolis. Avant elle, Mathieu Chassignet a été, de 2013 à 2018, l’officieux premier « Monsieur Vélo » de l’Ademe. « Il a apporté une grosse expertise sur la question, notamment au niveau de la création massive de données, poursuit la technicienne. Cette première étape a été décisive au moment d’enclencher la transition au niveau national. »

D’abord en région

Si les premières initiatives consacraient des aménagements peu structurés et sans véritable stratégies, les choses se sont peu à peu affinées. Jusqu’alors, la thématique était surtout portée à l’échelon des directions régionales. En Occitanie, et avant en Languedoc-Roussillon, avec par exemple un travail essentiel et pionnier autour des vélobus et des pédibus. En région Auvergne Rhône-Alpes également où, dès 2000, le tout premier plan de déplacement d’entreprise d’envergure est mené par la multinationale ST Microelectronics et permet à l’Ademe de publier un classeur/guide des Plans de déplacements entreprises (PDE) avec le concours de la CCI de Grenoble. Toujours dans la même région, les appels à mobilité régionaux AURAMOB, lancés en 2013, ont servi d’appui à une demi-douzaine de projets démonstrateurs, lesquels ont permis la création en 2018 d’un pôle de compétitivité régional dédié aux mobilités actives. Ce pôle réunit en 2022 une centaine de TPE et start-ups et participe de la création à l’horizon 2024 d’un écosystème industriel régional autour d’un « vélo 100 % fait en Auvergne Rhône-Alpes ». Également en 2018, à la suite du programme AVELO sur les stratégies de services vélos aux habitants sur des déplacements du quotidien, près de 80 collectivités se sont engagées. Une étape de plus sur le chemin de la structuration d’une industrie touristique orientée vers une économie locale et non délocalisable.

Le tournant de 2018

« L’année 2018, avec son Plan national Mobilités actives et son appel à projet Vélo et territoires, a été un premier tournant ; le Covid et ses coronapistes en fut un autre. », comme l’explique Sébastien Bourcier, chef de projets Mobilité à la région Pays de la Loire après près de quinze années à bord du navire Ademe, à travailler entre la direction régionale Poitou-Charentes et celle des Pays de la Loire. Pour le technicien, s’il a fallu attendre aussi longtemps pour que le vélo soit davantage pris en considération au niveau national, c’est en raison de plusieurs facteurs : « Cela dépend déjà beaucoup des orientations des ministères de tutelle, des effets d’aubaine et des enveloppes disponibles pour financer telle ou telle action. En région, les capacités d’action sont plus fortes pour explorer ces questions de transfert modal ». En 2015, la tenue de Velo-city à Nantes avait aussi marqué un autre changement d’époque. Sollicité par le pavillon France de l’événement, Mathieu Chassignet propose à Sébastien Bourcier d’intervenir. À la question : « qu’avez-vous comme doctrine Ademe à nous fournir sur le sujet ? », l’agence est alors maigre. Qu’à cela ne tienne : le Cahier ressources Modes actifs voit le jour pile à l’heure pour l’événement. Les EPCI y sont particulièrement à l’honneur. Elles apparaissent en effet comme l’échelon de référence pour la transition écologique – qui ne porte pas encore ce nom – et permettent une dynamique plus forte et plus large que l’échelon communal. Un an plus tard, l’ouvrage reparaît, augmenté de quelques focus sur des expériences ligériennes. Ce document est l’ancêtre du guide système vélo Ademe de 2021.

Premiers appels

À la même époque, l’Ademe Pays de la Loire lance le premier des deux appels à projet Planification qui serviront ultérieurement de modèle à l’Appel à projet national Vélo et Territoires, devenu ensuite le programme AVELO 1 et 2. Quatre parcours de territoires sont évalués par la structure ligérienne, avec l’appui du Bureau d’études Planète Publique : il s’agit du pôle d’équilibre territorial et rural du Pays de Retz, de l’agglomération de La Roche-sur-Yon, de la communauté d’agglomération de Clisson Sèvre et Maine Agglo, et de la communauté de communes Erdre et Gesvres. Leur analyse s’avère particulièrement instructive sur les modalités de gouvernance mises en place, mais aussi sur les difficultés rencontrées, les leviers employés pour les résoudre, les évolutions et les réussites. Au total, ces deux appels à projets de 2015-2016 puis 2017-2018 auront permis de soutenir 32 schémas directeurs, 45 % étant intercommunaux et 55 % communaux.

Ensuite la nation

En 2018, la France fait l’objet d’un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne pour manquement aux obligations lui incombant en matière de pollution atmosphérique. Un signal fort. Dans la foulée, le fonds « air-mobilité », porté par l’Ademe, est mis en place dans le cadre du Grand plan d’investissement. Il est doté de 20 millions d’euros pour la première année et d’une enveloppe de 180 millions d’euros pour la période 2018-2022. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’appel à projets national Vélo et territoires, avec ceci de particulier que les directions régionales y sont associées et qu’Élodie Barbier-Trauchessec réussit à décrocher la manne financière des certificats d’économie d’énergie. L’annonce fait l’effet d’un raz-de-marée puisque 200 territoires candidatent sur ce qui s’appellera bientôt AVELO 1 puis 120 sur AVELO 2. « L’Ademe est très forte pour massifier la capacité financière, donner de la visibilité et cranter le système vélo dans les territoires, admet Sébastien Bourcier. L’enjeu aujourd’hui c’est de ne pas oublier que la massification crée aussi de la dilution. Or l’accompagnement technique reste indispensable. Il est indissociable de l’accompagnement financier. »

« Les nouveaux territoires ont l’ambition de taper fort d’entrée. Ils ne trempent plus l’orteil pour prendre la température avant de rentrer dans l’eau. »

Quel peut être le rôle de l’Ademe à terme pour aider le vélo à tendre vers l’objectif de 12 % de part modale pour l’horizon 2030 ? Les pistes sont multiples d’autant que les réalités hexagonales peuvent être hétérogènes à de très faibles distances d’écart – Strasbourg et la Franche-Comté, par exemple. Une certitude en tout cas : « Les nouveaux territoires ont l’ambition de taper fort d’entrée, estime Élodie Barbier-Trauchessec. Ils ne trempent plus l’orteil pour prendre la température avant de rentrer dans l’eau. » Cette ambition, qui prévaut désormais à l’échelon national, reste aussi valable à l’échelon local, où la connexion quotidienne des directions régionales avec les plus petits acteurs de l’écosystème vélo permet d’entrevoir de grandes retombées économiques, tant au bénéfice d’une meilleure qualité de l’air que de la lutte contre le changement climatique.

Propos recueillis par Anthony Diao

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