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La Haute-Garonne, territoire cyclable

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°66

Bientôt aussi connu pour son réseau express vélo que pour son canal du Midi, le département de Haute-Garonne est un territoire qui a mis la concertation au cœur de son processus de décision. Explications.

Entretien avec Julien Klotz

Conseiller départemental de Haute-Garonne délégué aux Mobilités douces

Le Conseil départemental est impliqué de longue date sur la thématique vélo et pourtant les choses semblent s’accélérer depuis quelques années. À quoi est-ce dû ?
Je dirais que la COP 21 en 2015 à Paris a occasionné une vraie prise de conscience des enjeux climatiques et du formidable levier que constituent les mobilités actives. C’est de là qu’est parti en 2017 le premier plan d’engagement pour la transition écologique de notre Département. De mon côté, en tant que membre de l’association 2P2R (2 Pieds 2 Roues), je suis un cycliste convaincu et militant.

En Haute-Garonne, la concertation semble au cœur du processus de décision. Pourquoi ?
Nous cherchons à nous faire l’écho de la volonté du terrain. La mobilité n’est plus la compétence
des départements, mais les routes le sont, donc nous faisons des routes pour le vélo, à hauteur de
10 millions d’euros par an environ. Nous sommes allés à la rencontre de certains territoires pour travailler sur le maillage du réseau express vélo, et d’autres nous ont contacté pour contribuer à leurs itinéraires secondaires. À cet égard, l’énergie et l’enthousiasme de nos interlocuteurs issus de la population civile et du milieu associatif sont particulièrement stimulants pour nous comme pour les communes et les communautés de communes. Il y a évidemment des phases de calage, mais globalement ça avance. N’oublions pas que faire du vélo demande un effort et une implication. Nous nous appuyons donc sur le dialogue citoyen pour identifier les itinéraires les plus « facilitants », à même de répondre aux attentes des cyclistes actuels ou à venir, et donc d’atteindre le report modal recherché.

Où s’inscrit le réseau express vélo dans cette politique ?
Son aménagement est décisif en matière de déplacements du quotidien. Une première phase a été
amorcée pour les territoires les plus denses autour de l’agglomération toulousaine. Nous travaillons à présent à la connexion de cette première ligne aux autres itinéraires, ainsi qu’à la desserte de territoires complémentaires. Nous rencontrons cependant quelques difficultés sur des territoires où le développement des mobilités actives se confronte à des enjeux patrimoniaux et de biodiversité. Ces différents enjeux nous semblent cependant compatibles, et nous sommes en discussion avec les services de l’État pour y répondre de manière satisfaisante.

La Haute-Garonne souhaite doubler la part modale du vélo d’ici 2025 ©Aurélien Ferreira – CD31

Entretien avec Valérie Monte

Adjointe au chef du service Environnement à la direction de la Transition écologique du conseil départemental de Haute-Garonne

La Haute-Garonne est un territoire pionnier sur les mobilités douces. Comment cela se passe-t-il sur les dernières années ?
Toutes les études en attestent : l’augmentation et la saturation du trafic routier sur l’agglomération
toulousaine ont conduit à une dégradation de la qualité de l’air. Pour remédier à cela, le Conseil départemental mène depuis 2015 une politique volontariste pour améliorer les déplacements du quotidien et réduire les gaz à effet de serre, qui sont devenus un véritable enjeu de santé publique. En 2019, le déploiement des mobilités actives en Haute-Garonne s’est accéléré avec l’élaboration d’un plan cyclable. Pour changer les comportements, il faut construire des infrastructures adaptées à la pratique du vélo. C’est le rôle de notre Conseil départemental de faire émerger un nouveau modèle d’aménagement du territoire, plus responsable et solidaire.

Quelle place occupe le vélo du quotidien dans cette approche ?
C’est l’axe majeur de la stratégie que nous avons arrêtée en janvier 2021, sur la base des études menées avec l’ensemble des acteurs impliqués : État, région Occitanie, Tisséo Collectivités, Toulouse Métropole… C’est sur cette base que, sur l’aire toulousaine, s’est dessinée la nécessité de mettre en œuvre un réseau express vélo. Les élus du Conseil départemental ont alors pris une décision forte : être maître d’ouvrage de ces itinéraires structurants pour toute la partie située en dehors du territoire de Toulouse Métropole. En 2022, nous accélérons le déploiement de cette
stratégie départementale, en collaboration avec les collectivités locales, les associations et les acteurs de la mobilité durable, grâce au Comité départemental vélo, créé en septembre 2020.

De quoi s’agit-il exactement ?
Un réseau express vélo est un réseau cyclable proposant un haut niveau de service, garantissant aux usagers à la fois le confort, la sécurité, la continuité et la lisibilité dans leurs déplacements à vélo. Réussir à en implanter dans des secteurs réputés pour leur forte congestion routière est un levier considérable pour augmenter la part modale du vélo. Cela rejoint les objectifs, affichés par nos élus, de lutte contre la pollution atmosphérique et de développement des modes de déplacement alternatifs à la voiture individuelle, plus respectueux pour l’environnement et plus économiques pour les ménages. L’idée est de créer 51 km de réseau express vélo d’ici fin 2025,
tout en consolidant le réseau cyclable touristique et de loisirs du département.

Quelle est la finalité de cette politique, aujourd’hui ?
Nous n’avons de cesse de chercher à améliorer les mobilités durables et de booster nos actions pour améliorer la qualité de l’air. Les leviers se trouvent au niveau du ferroviaire, du routier, du covoiturage et du vélo. L’idée est d’être incitatifs pour faire peu à peu pencher la balance vers d’autres habitudes de déplacement. Mais il faut pouvoir offrir à toutes et tous des solutions de mobilités diversifiées. Face à l’urgence climatique, l’objectif est de doubler la part modale du vélo d’ici 2025.

Élaboration du réseau express vélo de la Haute-Garonne ©CD31 – Adrien Nowak

Vous avez également mis la concertation au cœur des processus de décision…
Oui, et cela entre en cohérence avec l’approche globale de nos élus, quel que soit le sujet. Nos
réflexions se nourrissent de l’intelligence collective. Nous travaillons également avec les habitantes et les habitants, en organisant des ateliers participatifs pour favoriser la co-construction des projets. Cela nous aide à mieux cerner les attentes et les inquiétudes des usagers. Le choix des tracés du réseau express vélo se fait partout en concertation. C’est tout l’enjeu de la continuité cyclable qui doit se faire avec l’adhésion des usagers.

Comment composez-vous avec les difficultés inhérentes à ce type d’actions au long cours ?
Les bureaux d’études avec lesquels nous travaillons procèdent à des analyses multicritères, lesquelles permettent de porter la variable environnementale à la connaissance de l’ensemble de la population. Les Hauts-Garonnais sont attentifs et sensibles au fait que ces aménagements sont menés avec le double souci constant d’améliorer l’existant et d’impacter a minima les espaces naturels et agricoles traversés. Le choix du revêtement, par exemple, participe de la même réflexion autour d’infrastructures vertueuses.

Quel est le budget alloué à ces programmes ?
Ces aménagements représentent un investissement pour le Conseil départemental de 53 millions d’euros pour la réalisation, d’ici 2025, de nos sept premières lignes du réseau express vélo. Cette année notre priorité sera la finalisation des études opérationnelles et des procédures réglementaires pour les tracés validés par les concertations publiques. Les travaux d’aménagement seront lancés dès la fin des études opérationnelles. Avec la stratégie arrêtée en janvier 2021, les élus départementaux ont aussi décidé d’étendre les études de faisabilité sur les secteurs complémentaires, au-delà de ces sept lignes, dans l’optique d’alimenter à terme d’autres bassins de vie. Tous ces engagements seront arbitrés à l’horizon 2023.

Le département est également traversé par plusieurs grands itinéraires cyclables…
Oui, nous avons le Canal des 2 mers à vélo (V80), qui relie la Méditerranée à l’Atlantique et est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, auquel se connecte la voie verte de la Rigole de la Plaine. Concernant la V81, désormais appelée « Les Traversées pyrénéennes à vélo », 80 des 600 kilomètres de l’itinéraire passent sur notre territoire, en desservant les installations touristiques de la cité thermale de Salies-du-Salat. Deux kilomètres restent à ce jour à finaliser. Nous avons aussi la Transgarona (V83), sur laquelle nous travaillons actuellement avec les Espagnols du Val d’Aran pour relier Toulouse aux sources de la Garonne. Les autorisations sont à l’instruction pour mettre en œuvre les 43 km restants. Enfin, nous avons le Parcours cyclable de la vallée du Tarn (V85).

Quelle incidence a eu la pandémie sur l’avancée de tous ces programmes ?
Comme pour beaucoup de chantiers d’infrastructures, la pandémie et les confinements successifs
ont occasionné du retard dans l’avancement des aménagements. La bonne nouvelle est que la crise sanitaire a aussi été un facteur d’accélération de la pratique du vélo en Haute-Garonne !

Trois questions à Sylvain Mitchell

Conseiller mobilité à la Maison du vélo de Toulouse

  • 1. Quel regard portez-vous sur l’action menée par le Département en matière cyclable ?

Un regard très positif. Pour nous, cette action se manifeste essentiellement au niveau du réseau express vélo et des véloroutes et force est de constater que les chiffres, tant nationaux que toulousains, sont à la hausse. Aujourd’hui, les élus et les techniciens comprennent l’importance de pouvoir s’appuyer sur des itinéraires continus, sûrs et agréables. C’est très encourageant et cela s’est matérialisé par les aménagements de transition mis en place depuis le début de la pandémie. En plus de leur vocation touristique, les nouveaux aménagements créés par le Département ont conscience de leur vocation utilitaire. Pour nous qui cherchons à transformer les
cyclistes « loisirs » en cyclistes du quotidien, c’est très intéressant.

  • 2. Quels ont été les effets de cette politique au niveau de la Maison du vélo ?

Nos effectifs et le type de demandes à traiter sont en nette augmentation. En plus de nos actions habituelles (accueil, conseil…), nous sommes régulièrement sollicités pour de l’accompagnement adapté pour les entreprises, les vélotaffeurs et les institutionnels. Nous louons également des flottes de vélos variées, proposons la remise en selle, des révisions trimestrielles, du marquage Bicycode, intervenons sur le programme Savoir Rouler à Vélo…

  • 3. Quels leviers d’amélioration estimez-vous devoir être mis en œuvre prioritairement ?

La prochaine étape selon moi sera de dépasser l’aspect infrastructure pour mettre l’accent sur les services. Ceux-ci doivent mailler le réseau cyclable pour répondre aux besoins des usagers, à l’instar de la Station V à Labège. Nous sommes également en discussion avec le Département sur le développement de services dédiés aux personnes en situation de handicap. Pour le reste, le travail de concertation mené sur l’ensemble de notre territoire est vraiment convaincant.

En savoir plus : www.maisonduvelotoulouse.com

Canal des 2 mers à vélo en Haute-Garonne ©DR

Trois questions à Françoise Carré

Ingénieure et membre de l’association 2 Pieds 2 Roues

  • Quel est votre rapport au vélo ?

J’en fais quasi quotidiennement depuis plus de vingt ans. Ça a commencé lors d’un blocage des
pompes à essence. J’ai alors découvert qu’il y avait plein d’avantages à parcourir à vélo les neuf kilomètres qui me séparent de mon travail, sachant qu’en plus une grosse portion longe le canal du Midi.

  • Pourquoi avez-vous adhéré à 2 Pieds 2 Roues ?

Pour faire du lobbying, au bon sens du terme. Je trouve important que des gens nous représentent
correctement au sein des instances. Il y a vingt ans, en arrivant au travail sur mon vélo, j’étais
une Martienne. Aujourd’hui, notamment chez les jeunes, c’est normal. Plus nous sommes nombreux, plus nous sommes visibles, plus nous sommes respectés. C’est une spirale positive qu’il nous faut cultiver.

  • Les choses évoluent-elles comme vous l’espériez ?

Nous sommes dans la bonne direction, oui. La création – et l’entretien au même niveau que les
automobiles – du réseau express vélo sera une étape, même s’il y a encore priorité à la voiture. Le
canal du Midi a été refait à neuf, mais il commence déjà à être dégradé. Or, plus encore que les automobilistes, les cyclistes ont besoin d’un « billard » pour rouler. Idem pour le dernier kilomètre de mon trajet domicile-travail, appelé aussi « le kilomètre de la mort ». Il s’améliore un peu tous les cinq ans. Ainsi, depuis la simple mise en place de chevrons, les cyclistes sont désormais légitimes sur la voie automobile. Les choses avancent doucement, mais elles avancent.

En savoir plus : www.2p2r.org

Propos recueillis par Anthony Diao

Vélo & Territoires, la revue