Vélo & Territoires

Inscription à la newsletter

Accueil Actualités Cap stratégique 2030 pour la destination France à vélo

Cap stratégique 2030 pour la destination France à vélo

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°66

Et si la France se hissait au premier rang mondial du tourisme à vélo ? Ce doux rêve des professionnels du secteur pourrait bien devenir réalité. C’est en tout cas le projet que porte le gouvernement, reprenant à son compte dans le Plan Destination France l’un des axes stratégiques défini par Vélo & Territoires et ses complices. Dévoilé le 20 novembre dernier par le Premier ministre, ce plan de reconquête fait de la destination France à vélo l’un de ses objectifs à dix ans, enveloppe financière à l’appui. Une fois posée, comment convertir l’ambition en actions ? Comment décrypter la recette du succès allemand, leader en la matière ? Quels ingrédients utiliser pour y parvenir ? Vélo & Territoires s’est plié à l’exercice, commenté par différents acteurs du tourisme à vélo.

Voyage en famille sur La Vélodyssée ©Aurélie Stapf-La Vélodyssée

Côté vélo, que retenir du plan Destination France ?

Avec 22 millions de Français qui pratiquent le vélo pendant leurs vacances et des retombées économiques estimées à 4,2 milliards d’euros en 2019, le tourisme à vélo est l’une des filières touristiques les plus dynamiques et correspond à une évolution profonde des pratiques. À travers le plan Destination France, le gouvernement exprime une volonté jusqu’alors inédite : faire de la France la première destination mondiale du tourisme à vélo d’ici 2030. Au-delà de l’ambition, que recèle cette annonce ? Le gouvernement se fixe pour objectif l’achèvement du Schéma national des véloroutes et la mise en place de 20 000 établissements Accueil Vélo à l’horizon 2030. Mais dans quelles proportions le vélo pourra-t-il bénéficier de l’enveloppe de 44 millions d’euros allouée à l’investissement dans des infrastructures touristiques durables ? Quelles seront les modalités de répartition entre appui au développement d’infrastructures, de services et actions de promotion ? À ce stade, les contours restent à définir. L’Ademe serait positionnée pour accompagner l’engagement des acteurs du tourisme, notamment des collectivités, sites touristiques ou offices de tourisme, sous la forme d’appels à projet.

Réinventer le tourisme

« Utopie Rurale », micro-aventures à deux pas de chez soi, hors des sentiers battus… Autant
de concepts qui font l’éloge de la lenteur et de la déconnexion. Le contrecoup du confinement
a provoqué des envies de grands espaces et mis un coup d’accélérateur sur la mutation engagée poussant le tourisme, parmi les filières les plus touchées, à se réformer en profondeur. Avec 50 % des touristes à vélo résidant à moins de 200 km du point d’enquête, un impact environnemental faible et un ancrage local fort, le boom du vélo à assistance électrique, les arguments sont dès lors plus nombreux pour faire du vélo un incontournable d’un tourisme revisité…

1 . Miser sur l’intermodalité train/car + vélo

Pour accompagner la dynamique positive, la question de l’accessibilité en transports collectifs (train, car, voire bateau) s’avère primordiale. Une politique de transport qui « sert le développement touristique, sert sa croissance raisonnée », rappelait Jean Pinard, directeur du comité régional du tourisme et des loisirs de l’Occitanie. L’organisme proposera d’ailleurs prochainement une offre d’excursions à vélo, inspirée du travail mené par la randonnée pédestre, « autour de gares faciles d’accès, en commençant par les lignes à trafic modéré pour éviter une saturation », précise Elsa Guérin, chargée de mission Itinérances. Cette fluidité du service est capitale pour inviter à (re)découvrir son territoire en boucle ou en itinérance : conditions d’embarquement lisibles et uniformes, informations aux voyageurs au rendez-vous, réservations fiables, rabattements, locations et services en gare, etc. Les régions redoublent d’efforts à travers des expérimentations menées dans les TER et les cars interrégionaux. Une avancée qui devra s’accompagner d’un déploiement à l’échelle nationale afin de proposer une information voyageurs complète et
fiable partout en France et en Europe. La SNCF a d’ailleurs été interpelée en ce sens dans le cadre
de la refonte de son outil de réservation.

Stationnement vélo au Mont Saint-Michel ©Etienne Leborgne – Inddigo
2 . Optimiser les flux touristiques

Si la question des transports vers le lieu de séjour est prégnante, celle des déplacements sur site
l’est tout autant, particulièrement en zone littorale ou aux abords de sites surfréquentés en haute
saison. En atteste le fort taux de réponses au troisième Baromètre des villes cyclables de la FUB le long de la côte atlantique. Alors, le vélo peut-il permettre une meilleure gestion des flux, dans le temps et dans l’espace ? C’est la question que s’est posée l’île d’Yeu qui voit chaque été sa population enfler de 5 000 habitants à l’année à 25 000 résidents au plus fort du mois d’août.
Pour gérer les externalités engendrées par ce flot massif de touristes, la commune mise sur les
modes actifs : limitation de vitesse pour apaiser la cohabitation automobiliste-cycliste-piéton, fermeture de chemins côtiers aux véhicules motorisés de juin à septembre, aménagement de parkings à vélo aux abords des chemins de traverse, etc. Même questionnement du côté du Syndicat Mixte de la Camargue gardoise. L’étude préalable à un schéma de mobilité et de stationnement menée en 2021 avait pour objectif de minimiser l’impact des déplacements des habitants et des touristes sur les espaces naturels et le patrimoine des Grands Sites de France en proposant, dans les contrats de destination, des alternatives sécurisées à la voiture individuelle. Le vélo peut répondre à ce double enjeu, voire constituer un motif d’attractivité en tant que tel, comme c’est le cas dans de grandes capitales européennes, Amsterdam et Copenhague en tête : le vélo en étendard, une thématique dont le tourisme urbain pourra se saisir !

3. Amplifier le stationnement vélo sur les sites touristiques

Autre ingrédient pour hisser la France au premier rang des destinations mondiales du tourisme à
vélo : le stationnement sécurisé pour les vélos le long des itinéraires et à proximité des sites touristiques. Un service indispensable pour des visites en toute sérénité pour les touristes à vélo. Mais c’est aussi un élément-clé pour encourager le report modal de la voiture vers le vélo sur le lieu de vacances. Citons l’exemple d’Angers : depuis 2020, la conciergerie et ses équipements sécurisés pour vélos et sacoches prend ses quartiers d’été dans les locaux de l’Office de tourisme, face au château. D’autres sites, comme le Mont Saint-Michel, ont expérimenté en saison des dispositifs amovibles désormais pérennisés à l’année : 100 places de stationnement vélo géré par
un agent d’accueil permettent aux touristes à vélo de franchir l’entrée de l’un des sites les plus visités de France avec leur fidèle destrier. Des solutions à conjuguer avec de l’événementiel plus durable, à l’heure où la France s’apprête à accueillir la Coupe du monde de rugby 2023 et les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

Le vélo, acteur engagé du tourisme durable

À l’occasion de son congrès en septembre dernier, ADN Tourisme dévoilait le « Manifeste du tourisme durable », exposant dix engagements forts pour les près de 1100 organismes institutionnels du tourisme membres de la Fédération nationale, dont celui de « Créer et valoriser des offres touristiques favorisant la régulation des flux, les mobilités douces et l’éco-responsabilité ». Si le vélo trouve concrètement sa place sur cet axe, il pourrait également être intégré dans d’autres propositions : le « Challenge des territoires insoupçonnés », une sensibilisation des élus et des techniciens en faveur des mobilités douces, le projet « i vert » qui concernera les offices de tourisme…

En savoir plus : www.adn-tourisme.fr/manifeste

Garantir un accueil et des services de qualité

Les acteurs du tourisme à vélo sont unanimes : la France ne pourra pas grimper sur la première
marche du podium des destinations mondiales du tourisme à vélo sans améliorer la qualité de son
offre d’accueil et de services. Bien que le pays ne parte pas de zéro, le travail de structuration de la
filière doit se poursuivre et proposer des services innovants accessibles au plus grand nombre.

1. Encourager le déploiement et la promotion d’Accueil Vélo
Densité des services Accueil Vélo ©Vélo & Territoires

Passer de 7 000 à 20 000 offres Accueil Vélo en France, telle est l’ambition fixée par le gouvernement. Un objectif atteignable au regard de la volonté des prescripteurs et des socioprofessionnels de s’inscrire dans une démarche d’amélioration du service rendu le long des itinéraires cyclables. L’enjeu ? Le développement du label dans des zones jusqu’ici mal couvertes. Une expérimentation sera d’ailleurs lancée en 2022 pour élargir les critères d’accès à la marque Accueil Vélo, par exemple pour des établissements situés à plus de 5 km d’un itinéraire d’un schéma cyclable. L’autre marge de progression se trouve dans le travail de sensibilisation des prestataires et de valorisation de la marque. ADN Tourisme a d’ailleurs initié une réflexion avec la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air pour convertir les campings, notamment en zone littorale, en essayant de lever certains freins réglementaires et urbanistiques.

Véronique Brizon, directrice d’ADN Tourisme : C’est tout un écosystème de qualification qu’il faut faire évoluer pour gagner en visibilité et convaincre les professionnels (loueurs, hébergeurs, restaurateurs, etc.) de s’inscrire dans la dynamique.

2. Soutenir l’émergence de services concurrentiels et innovants

Développer le tourisme à vélo, d’autant plus en itinérance, implique de structurer et valoriser une
offre de services accessibles et concurrentiels : gamme diversifiée de location de vélos dont en
one-way, consignes et transport pour les bagages, multimodalité, expédition de housses, hébergement léger, services de transporteurs privés, etc. La France devra muscler son écosystème pour proposer des services diversifiés et un meilleur rapport qualité-prix. Certains territoires comme l’agglomération d’Annemasse ont fait le choix de mutualiser les services à destination des habitants et des touristes à vélo. La Maison de la mobilité et du tourisme rassemble ainsi en un lieu unique un bouquet de solutions pour faciliter leurs déplacements et la découverte du territoire : une vélostation pour louer ou réparer son vélo, une interface de type « mobility as a service », des outils innovants mêlant mobilité et offres touristiques… Bref une approche intégrée et décloisonnée.

Bérangère Florin, co-fondatrice du tour opérateur Le Vélo Voyageur : Il est souvent question d’infrastructures et de prestataires touristiques (hébergeurs et sites touristiques notamment) dans le cadre des plans de reconquête, mais les prestataires de services tels que les loueurs de vélo ou les transporteurs de bagages sont les grands oubliés.

Le tourisme à vélo, une filière touristique de poids

De plus en plus de Français aspirent à enfourcher leur bicyclette pendant leurs vacances. Une tendance qui se dessine et se mesure : d’après le dernier bulletin de Vélo & Territoires, la fréquentation sur les EuroVelo françaises en 2021 a progressé de 19 % par rapport à la même période de 2019. Cette croissance se répercute sur les emplois et les retombées économiques du secteur « qui rapporte plus que la filière industrielle aujourd’hui », rappelait début janvier le député Guillaume Gouffier-Cha, (pour en savoir plus, consultez la pause-vélo de cette édition). Après le cluster MAD en Auvergne-Rhône-Alpes et la Vélo Vallée en Occitanie, c’est au tour des régions Centre – Val de Loire et Pays de la Loire de dessiner, à travers le projet « Loire à Vélo 2030 », les contours d’un écosystème vélo tourné notamment vers le tourisme à vélo.
Aussi, avec une moyenne de dépenses à 68 € par jour pour un touriste à vélo, 90 millions de nuitées par an, des destinations vélo toujours plus attractives et structurées, le tourisme à vélo laisse entrevoir un bel avenir. Cette évolution, il faut pouvoir la suivre, l’objectiver, la soutenir. D’abord en collectant et analysant les données du tourisme à vélo ; si Vélo & Territoires dévoile chaque année quelques chiffres clés, l’association plaide pour une observation pérenne du tourisme à vélo, qui s’inscrive en complément de l’étude sur l’impact économique du vélo en France en 2020 et des outils existants tels que la méthode nationale d’évaluation ÉVA-VÉLO.
Pour cela, Vélo & Territoires travaille à agréger à terme l’ensemble des données collectées par les itinéraires et destinations pour construire une image évolutive des clientèles (profils, comportements, volumes, retombées). À quand une observation à l’échelle européenne ?

3. Promouvoir la destination France à vélo

« La diversité des itinéraires et des boucles cyclables est telle qu’on peut faire le tour de France à vélo sur du sécurisé avec tous types de paysages ! » salue Véronique Brizon. Avec 21 grands itinéraires balisés, des parcours urbains, des petites boucles cyclables ou les cols mythiques du Tour de France, la France dispose d’atouts de poids pour explorer à bicyclette ses richesses géographiques, culturelles et patrimoniales. Et le vélo à la cote : le portail web de France Vélo Tourisme compile en 2020 près de 3,3 millions de vues, une année record avec une progression annuelle de 86 %. Un engouement particulièrement marqué depuis la fin du premier confinement, à accompagner pour optimiser les cinq étapes-clés du parcours client : faire connaître et faire rêver, faire son choix, préparer son voyage, vivre une expérience, la partager. « Et éviter une rupture dans le service rendu », rappelle Véronique Brizon. Promouvoir la France à vélo, c’est inscrire le tourisme à vélo dans une stratégie d’ensemble, c’est programmer la destination auprès des tours opérateurs, lui donner de la visibilité. Mais c’est aussi renforcer la maîtrise et la remontée de la donnée utile pour s’assurer d’une information fiable, transparente et de qualité en direction des touristes à vélo actuels et futurs. Une pédagogie nécessaire pour simplifier le discours et amener les touristes à se projeter.

Elsa Guérin, chargée de mission Activités de pleine nature & Itinérances au comité régional du tourisme et des loisirs d’Occitanie : Nos cycling hubs, construits à partir du modèle des comités d’itinéraire, ont vocation à constituer une vitrine de la destination et des locomotives pour inciter d’autres territoires d’Occitanie à s’aligner sur la qualité de l’offre.

Trois questions à Frank Hofmann

Fédération allemande des usagers du vélo (Allgemeiner Deutscher Fahrrad-Club – ADFC)

Leader mondial en matière de tourisme à vélo, l’Allemagne enregistre 7 000 km d’itinéraires longue distance, quelque 30 000 km en régional et près de 8 millions de touristes à vélo en 2020. La France s’y classe en quatrième position des destinations étrangères à vélo les plus populaires. Quel regard portent nos voisins allemands sur la destination France à vélo ? Vélo & Territoires a tendu le micro à Frank Hofmann de l’ADFC…

  • Que pensez-vous, en tant qu’expert outre-Rhin, du tourisme à vélo en France ?

La France est une destination touristique historique, très prisée des Allemands car associée à des aménités positives (gastronomie, paysages, culture…). Cependant, il n’y a pas de tradition de tourisme à vélo en France. C’est davantage le cyclisme en tant que sport qui jouit d’une popularité, à travers de grands événements comme le Tour de France. La destination France à vélo n’est pas encore identifiée : en dehors de quelques itinéraires de renom, les autres parcours sont réservés à des initiés.

  • Qu’est-ce que, selon vous, l’engagement récent de l’État fédéral en faveur du vélo va apporter ?

Jusqu’ici, il n’y avait pas d’investissement ni de planification ni de règlementation du gouvernement fédéral en matière de tourisme à vélo. Les  principaux acteurs étaient exclusivement locaux avec les seize länder, en tant que gestionnaires de l’infrastructure et de la mise en tourisme, et les communes. Avec son nouveau programme « Radnetz Deutschland » dévoilé début 2021, le gouvernement finance une sorte de schéma national qui intègre quatorze itinéraires cyclables de longue distance à travers tout le pays. Ce dispositif de 45 millions d’euros se concentre notamment sur l’optimisation des infrastructures, des équipements, de la signalétique et des actions de marketing jusqu’en 2023.

  • La façon d’observer le tourisme à vélo en Allemagne est souvent citée en exemple ; serait-il intéressant pour vous de pouvoir vous comparer à vos voisins européens ?

Absolument ! C’est un de mes projets en tant que membre du Conseil EuroVelo. Nous avons besoin de davantage de données fiables, précises et comparables pour développer plus et mieux le tourisme à vélo dans toute l’Europe. En Allemagne, nous disposons d’une expertise forte en matière d’études de marché pour le tourisme à vélo. L’analyse du voyage à vélo est menée depuis plus de vingt ans par l’ADFC, mais il reste encore beaucoup à faire.

Propos recueillis par Karine Lassus

Vélo & Territoires, la revue