Vélo & Territoires

Inscription à la newsletter

Accueil Actualités Free Velo’V : ne laisser personne en chemin

Free Velo’V : ne laisser personne en chemin

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°66

Économie circulaire, circuit vertueux et perspectives citoyennes : amorcé dans la discrétion, mais fermement décidé à tenir toutes ses ambitieuses promesses, ce programme de la Métropole de Lyon coche toutes ces cases en même temps. Explications.

Reconditionnement des vélos du programme Free Velo’V ©Thierry Fournier – Métropole de Lyon

Les décennies filent à la vitesse d’un VAE débridé. Les années soixante-dix, berceau presque unanimement reconnu de l’éveil aux inquiétudes environnementales, soufflent peu à peu leurs cinquante bougies. Un demisiècle, c’est infinitésimal et c’est gigantesque. C’est aussi le temps qu’il fallait peut-être pour que, peu à peu, les oeillères soient retirées et qu’un devoir d’inventaire s’exerce sur le bilan des générations précédentes et de leurs inconséquentes insouciances. Les priorités sont désormais reconsidérées, le volontarisme est devenu concret. La qualité prime peu à peu sur la quantité, la notion d’usage sur celle de possession, et aux perspectives dures répondent des solutions de mobilités douces.

Plafond de verre

Dès 2005, Lyon fut par exemple une ville pionnière sur l’expérimentation du vélo en libre-service – à l’automne 2021, Velo’V dépassait les 75 000 abonnés longue durée et enregistrait près de 1,1 million de locations sur le seul mois d’octobre, un chiffre historique à cette période de l’année…

Même si la fréquentation cyclable a augmenté de 36 % dans la métropole de Lyon entre 2019 et 2021, un double plafond de verre perdure.

Compte-tenu des paramètres de bruit et de pollution de l’air bien connus en milieu urbain, rares aujourd’hui sont les oppositions frontales à la nécessité d’encourager les déplacements
vertueux. Pour autant, et même si la fréquentation cyclable a augmenté de 36 % dans la métropole de Lyon entre 2019 et 2021, un double plafond de verre perdure. Il est autant psychologique que
financier, et les deux freins s’entretiennent de fait l’un et l’autre. Oser le vélo, c’est aussi être
rassuré en amont quant à son impact sur le porte-monnaie – a fortiori quand, comme c’est le cas pour beaucoup d’étudiants, chaque euro compte et que les fins de mois débutent toujours plus tôt.

Une idée mûrie pendant la pandémie

C’est dans ce contexte de fléchage accru des investissements en direction de la mobilité active
et de l’intermodalité que, le 8 novembre 2021, la Métropole de Lyon a lancé le programme Free
Velo’V. Derrière l’anglicisme, un vœu, celui de proposer à terme à 10 000 étudiants boursiers
ou majeurs en situation d’insertion sociale et professionnelle issus de la tranche d’âge 18-25 ans, le prêt à titre gratuit de vélos reconditionnés. « C’est parti d’une idée de campagne électorale, commente Fabien Bagnon, vice-président de la Métropole de Lyon délégué à la voirie et aux mobilités actives. Cette idée ne figurait pas dans le programme initial, mais a mûri dans l’entre-deux tours qui, comme vous vous en souvenez, a duré plusieurs mois du fait de la pandémie. Une fois en responsabilités, le projet s’est affiné jusqu’à devenir Free Velo’V. »

Un levier puissant

Côté Métropole, l’objectif est affiché : multiplier par trois les déplacements à vélo d’ici la fin du
mandat. Pour l’atteindre, le programme Free Velo’V est un levier potentiellement puissant. Outre l’aspect économie circulaire, il présente l’avantage d’offrir de nouvelles perspectives aux 18-25 ans soit, jusqu’à il y a peu encore, la classe d’âge pour laquelle le rite initiatique principal fut longtemps de circuler en voiture avec un macaron « A » aimanté sur le coffre. Lutte contre la sédentarité, soutien des jeunes à faibles revenus, soutien à l’insertion par l’activité économique des personnes en difficulté, soutien à la filière recyclage : la force de frappe globale et citoyenne du projet est considérable. Son budget est de 4,8 millions d’euros dont, depuis une convention signée le 4 janvier 2022, 1,8 million en provenance de l’Ademe.

Free Vélo’V ©Thierry Fournier – Métropole de Lyon

Comment ça marche ?

Le prêt gratuit se matérialise par un contrat d’une durée allant de trois mois à un an, renouvelable dans la limite de deux ans maximum. Le prestataire l’accompagne d’une sensibilisation à la prise en main, d’un rappel des règles de bonne conduite et… d’un antivol. Le vélo, dûment marqué et identifié, reste en effet la propriété de la Métropole, mais est placé sous la responsabilité du bénéficiaire durant toute la durée du prêt. « En gros nous rappelons à la personne la vie qu’a eu le vélo avant d’arriver dans ses mains, et les points de vigilance à avoir lorsque l’on n’est pas familier de l’outil », explique Amélie Miet, directrice commerciale chez Vélogik.

Réalités et objectifs

Les vélos sont achetés en seconde main par la Métropole en partenariat avec l’opérateur danois
Donkey Republic, lequel fabrique ses robustes vélos en Lituanie, les dispatche dans plus de soixante-dix villes d’Europe et les rachète à 150 euros l’unité dès qu’ils ont dépassé les quatre années d’usage. « C’est vrai que faire appel à un opérateur étranger va sur le papier à l’encontre de nos aspirations à mobiliser prioritairement les structures locales, assume Fabien Bagnon. Mais nous devons aussi composer avec un autre impératif du moment : la réalité des pénuries et les difficultés d’approvisionnement dans le secteur. » Une fois récupérés, les vélos sont reconditionnés localement avant d’être remis en service, par souci d’homogénéiser la flotte, non plus sous leurs couleurs orange d’origine, mais sous les couleurs vertes caractéristiques de Free Velo’V. Et, compte-tenu des difficultés d’approvisionnement depuis le début de la pandémie, le déploiement de la flotte se fait par tranche de 1 200 à 1 700 vélos tous les semestres, de façon à atteindre l’objectif annoncé des 10 000 vélos en mai 2025.

Un maillage local

Leader français de la maintenance cyclable, la société lyonnaise Vélogik assure la gestion du service de prêt de vélo, tandis qu’une autre entreprise locale, Second Cycle, s’occupe de leur recherche et de leur fourniture. Le reconditionnement des vélos est, quant à lui, assuré, avec le soutien financier de l’Ademe, par un consortium d’une superficie inédite en France de structures d’insertion par l’emploi, dont le groupe Estime qui, en partenariat avec Vélogik, apporte à l’ensemble son expertise en matière d’inclusion.

Créer un modèle

« À terme, ça devrait créer une norme » explique Amélie Miet. Avant cela, le dispositif va aussi devoir négocier le passage toujours délicat du stade du savoir-faire à celui du faire savoir.

Après le bouche-à-oreille des débuts, l’idée est d’aller sur les campus et dans les écoles, mais aussi dans les structures d’insertion.

« C’est prévu, confirme Fabien Bagnon. Après le bouche-à-oreille des débuts, l’idée est d’aller sur les campus et dans les écoles, mais aussi dans les structures d’insertion, et d’expliquer, encore et encore, le pourquoi du comment. Ça reste le plus sûr moyen de convaincre de nouvelles personnes. »

Propos recueillis par Anthony Diao

En savoir plus : freevelov.grandlyon.com

Vélo & Territoires, la revue