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Développer le vélo dans tous les territoires

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°65

Les 25es Rencontres Vélo & Territoires en Ardèche avaient pour fil rouge une interrogation : comment développer le vélo dans tous les territoires ? Pour y répondre, les témoignages ont été répartis en six ateliers thématiques. Retour sur un programme riche et varié, calqué sur une réalité qui l’est autant.

Parcours « Un mandat pour agir sur le vélo »

Pour la première fois en vingt-cinq éditions des Rencontres Vélo & Territoires, un parcours intitulé « Un mandat pour agir sur le vélo » a été proposé aux élus, quel que soit leur échelon territorial, en charge des mobilités actives, nouvellement investis ou souhaitant approfondir la thématique. Trois ateliers ont permis de scinder ce parcours en autant d’actions concrètes à mettre en place : organiser l’appui en ingénierie cyclable ; territoires peu denses, comment agir pour le vélo ; itinéraires cyclables, les développer, les équiper, les signaliser, les suivre.

Organiser l’appui en ingénierie cyclable

Régions, départements, intercommunalités, communes, chaque territoire doit remplir son rôle dans le développement du vélo. Comment garantir une cohérence d’ensemble ? Comment simplifier la gouvernance ? Comment limiter les inégalités entre les territoires et entre les moyens des collectivités afin d’encourager la pratique du vélo partout ? Autant de questions épineuses qui
étaient à l’ordre du jour de cet atelier. Le premier item de cette séquence rassemblait Thomas Jouannot du Cerema et Jean-Baptiste Gernet de l’ADMA et avait pour thème « Améliorer la cyclabilité des territoires par la formation des acteurs de la mobilité » : former les bureaux d’études, professionnaliser les plaidoyers citoyens… Interrogé par le public sur le caractère sacré souvent accordé aux préconisations du Cerema, Thomas Jouannot n’a pas manqué de rappeler qu’il ne s’agissait que de « propositions ». « C’était important que cela soit dit, souligne Marie Huygue, consultante en mobilité, doctorante en Aménagement de l’espace et urbanisme et animatrice de cet échange, car souvent les élus en font la norme absolue. Or, les situations varient d’un territoire à l’autre et il faut du temps pour digérer la masse d’informations existantes. » Laure Haillet de Longpré, chargée de mission urbanisme et mobilités du Département-hôte, et Guy Trembley, chargé de mission économie et tourisme de la communauté de communes ardéchoise
Berg et Coiron (7 800 habitants) ont ensuite échangé sur la meilleure manière d’« organiser l’appui en ingénierie cyclable ». En filigrane, cette question : comment les départements peuvent-ils accompagner au mieux un territoire sur la mobilité alors que la LOM leur en a retiré les compétences ? Dernière séquence, et non des moindres : celle présentée par Ségolène Chignard, chargée de projets véloroutes de la région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur et cheffe de file du comité d’itinéraire EuroVelo 8, autour de « l’animation à plusieurs entrées des acteurs de la politique cyclable de la région Sud ». Au menu : rôle de guichet unique pour faciliter l’accès aux financements et subventions, accompagnement des territoires, statut de chef de file du comité d’itinéraire de La Méditerranée à vélo.

Atelier « Organiser l’appui en ingénierie cyclable » ©Matthieu Dupont

Territoires peu denses, comment agir pour le vélo ?

Si les territoires peu denses ont bien la volonté d’agir, les moyens financiers et humains y font
souvent défaut et les cyclistes y rencontrent de nombreuses contraintes. Quels leviers mobiliser
pour initier et mettre en oeuvre un système vélo performant, attractif et transversal, y compris en territoires peu denses ? Premier élément de réponse abordé dans cet atelier : la question de la coopération supra-intercommunale. Andréa Tisné, en charge de la coordination et de l’animation de la politique cyclable commune en Sud Ardèche, a ainsi souligné l’importance de s’appuyer sur une colonne vertébrale clairement identifiée, en l’occurrence la Via Ardèche, et un mode de gouvernance précis, la convention de service unifié. Une institution comme l’Ademe peut aider à la structuration de l’ensemble en soutenant la réalisation du schéma directeur cyclable et en finançant un poste tournant d’une semaine à l’autre entre les six communautés de communes partenaires, via le dispositif AVELO. Deuxième élément de réponse : l’accompagnement des EPCI. L’exemple du département de la Mayenne, ses 310 000 habitants et son engouement encore émergent pour le vélo du quotidien, a montré que des leviers existent malgré tout. Ce territoire de bocage étant sensibilisé à la question de la préservation de la biodiversité, l’animation au sein des EPCI, la sensibilisation des collégiens et la réalisation d’aménagements vertueux sont quelques-unes des pistes évoquées par Delphine Montagu, chargée de mission Déchets et mobilités de la collectivité. Quid des services vélo ? L’expérience de Clément Bocquet de l’Agence Écomobilité Savoie Mont-Blanc a montré l’importance de ne pas hésiter à délocaliser ses permanences sur des parcs d’activité économique ou à se greffer sur des évènements grand public, tout en restant en veille sur les possibilités d’aides à l’achat notamment. La communication vis-à-vis des cyclistes est
un autre enjeu. De 20 000 habitants à l’année à 300 000 pendant l’été, où se cumulent 400 000
passages vélo, les chiffres avancés par Romain Buisson, en charge des Déplacements à la communauté de communes de l’île d’Oléron, sont éloquents. Parmi les actions entreprises, une
campagne de sécurité routière nocturne et de distribution de kits d’éclairage vélo pour sensibiliser
davantage la jeunesse à cette mobilité active. Dernier élément de réponse proposé : la coordination d’une politique cyclable à l’échelle d’un parc naturel régional avec l’exemple de celui du Luberon. N’ayant pas de compétence mobilité, le Parc a été lauréat de l’appel à projet AVELO 2 de l’Ademe pour sa capacité à fédérer et à mobiliser les acteurs locaux.

Atelier « Territoires peu denses, comment agir pour le vélo ?  » ©Matthieu Dupont

Le vélo, un outil pédagogique et solidaire

Quatre entrées ont été proposées aux congressistes sur cette thématique : apprentissage, ateliers d’auto-réparation, insertion et vélo pour tous. Miser sur la jeunesse est un enjeu pour ancrer les pratiques vertueuses. Ainsi, du côté du Grand Lac, 50 à 60 000 euros sont investis chaque année
à l’échelle de l’agglomération pour accompagner au mieux les CM1 et CM2, avec en point d’orgue les 45 km du tour du lac d’Annecy à vélo pour « faire briller les yeux des enfants » dixit Nicolas Mercat, vice-président de Vélo & Territoires et élu en charge des écomobilités au sein de la Communauté d’agglomération haut-savoyarde. Une démarche qui entre en résonnance avec le projet Génération vélo, porté par la FUB, dont la campagne de recrutement des animateurs régionaux est imminente, tandis que le programme, inscrit dans le dispositif Savoir Rouler à Vélo, sera officiellement lancé en mars 2022. Côté ateliers d’auto-réparation, l’activité est en plein essor, tant dans les métropoles que dans les territoires périurbains et ruraux. Céline Zoppello, coordinatrice de projets du réseau national L’Heureux Cyclage, confirme ainsi que, depuis 2019, 50 des 400 ateliers existants à ce jour ont été créés dans les territoires peu denses et que leur démarche touche particulièrement les lycéens un public désireux d’acquérir au plus vite son autonomie. Membre du même réseau, Frédéric Paulet de l’atelier Pignon libre confirme l’adhésion de 60 personnes à cette jeune structure lancée en mai 2020, sur les 1 500 habitants que compte la commune des Vans en Ardèche. « L’essayer, c’est l’adopter » : c’est ainsi que parle du vélo Nelle Bernanose de la Ressourcerie Trimaran de Privas, née en 2012 et qui compte vingt salariés en insertion répartis sur deux sites. Clientèle familiale, imprégnation territoriale, sensibilisation culturelle et exemplarité constituent l’ADN de cette structure membre du réseau Chantier école.
Camille Péchoux, consultante en design actif et santé de Praxie Design, n’a, elle, aucun doute : dans notre société qui avance en âge, le vélo permet, pour les aînés, de « bien vieillir ». « Si nous n’agissons pas, prévient-elle, la part des personnes à mobilité réduite avec les problèmes de sédentarité et d’obésité qui vont avec augmentera sans cesse. » Le vélo est un formidable outil car il permet de lutter contre la perte d’autonomie, tout en proposant une activité physique douce au quotidien.

Atelier « Le vélo, un outil pédagogique et solidaire » ©Matthieu Dupont

Itinéraires cyclables : les développer, les équiper, les signaliser, les suivre

S’immerger dans des retours d’expérience associés : tel était l’objet de ce quatrième atelier,
bâti autour de quatre axes forts. Premier axe : le développement d’un réseau cyclable. Pour en parler, Schirel Lemonne, conseillère départementale d’Ille-et-Vilaine, et Jean-Philippe Dusart, chargé de mission Mobilités durables sur le même territoire, ont évoqué le réseau à haut niveau de service proposé par leur programme Mobilités 2025. Celui-ci dédie 70 millions d’euros pour la création de pistes cyclables sécurisées, rapides et confortables, pensées comme une « armature principale complémentaire aux maillages locaux ». Ces aménagements seront colorés de façon à « attirer l’œil et donner envie d’y rouler ». Parmi les étapes préparatoires, un benchmark a été mené à partir des pratiques observées dans les pays du nord de l’Europe. Deuxième axe : les équipements vélo le long des itinéraires. Yoann Gauthiot, chargé de mission du comité d’itinéraire de La Voie Bleue, a expliqué comment, à l’aide de rappels lors des comités techniques, de webinaires thématiques ou d’affichage, cet organe entendait permettre aux territoires de s’approprier ses recommandations tout en s’inscrivant en cohérence avec les politiques cyclables et d’aménagement des différents territoires traversés. Le troisième axe concernait la signalisation. L’occasion pour Pierre Toulouse d’évoquer la réalisation en cours d’un guide technique pour le jalonnement des réseaux et itinéraires cyclables pour Vélo & Territoires. Ce guide, à paraître fin 2021, vise à créer la doctrine française de la signalisation du réseau des voies cyclables à partir des principes fondamentaux d’un schéma directeur de signalisation (continuité, sobriété, homogénéité). Enfin, le quatrième axe concernait le suivi qualité d’un itinéraire. Aurélie Périgaud, chargée de mission pour La Vélodyssée, est revenue sur l’outil de signalement des anomalies cyclables, réalisé par Vélo & Territoires et déployé en 2019 sur cette section française de l’EuroVelo 1 pour faire remonter rapidement aux usagers comme aux maîtres d’ouvrage les anomalies rencontrées. Mi-septembre 2021, 70 signalements avaient déjà été déposés contre 32 sur la totalité de l’année 2020.

Atelier « Itinéraires cyclables les développer, les équiper, les signaliser, les suivre » ©Matthieu Dupont

Concevoir, expérimenter et évaluer pour mieux transformer et pérenniser

Plus d’un an après la mise en service des premiers aménagements cyclables de transition, il était temps de faire le bilan de ces aménagements réalisés en accéléré. « L’expérimentation va au-delà de l’infrastructure, explique Thomas Jouannot. De nouveaux services ont également émergé pendant la crise sanitaire. » Stéphanie Lecointre, chargée d’opérations Mobilité durable du département de Seine-Saint-Denis, est revenue sur la stratégie vélo d’urgence initiée par le Département dès le premier confinement en 2020. Après une phase d’observation cet été-là, l’automne fut le temps de la reprise et des ajustements avant que, en décembre, ne soient décidées les premières suppressions ou semi-pérennisations. Pour Laurent Lavoine, chargé de mission pour la mise en œuvre de la politique cyclable du département des Alpes-Maritimes,
le maintien définitif depuis mai 2021 de la piste cyclable bidirectionnelle expérimentée entre Antibes et Villeneuve-Loubet sur La Méditerranée à vélo, en dépit des contraintes liées notamment au bord de mer, à la proximité d’une voie ferrée, au fort trafic motorisé et à la fréquentation estivale, est un véritable encouragement. Côté services, Aurélien Collomb, responsable du service Transports et mobilités d’ARCHE Agglo, explique que l’aide à l’achat d’un VAE de 150 euros était importante, mais pas suffisante pour déclencher ledit achat, « d’où la volonté de mettre en place un dispositif de location pour faire essayer le VAE ». Ces services vélos, ils s’expérimentent aussi à l’échelle départementale. Ainsi, Valérie Bréhier-Jaunâtre du département de Loire-Atlantique confirme le succès du service de location Vélila : « malgré un lancement du service en hiver, il n’y avait plus de vélos disponibles dans les quatre EPCI concernés au 31 mars, et des listes d’attente dans tous les territoires. » Du côté d’Île-de-France Mobilités, le phénomène grandit. Depuis qu’ils ont été ajoutés au service de location Véligo en février 2021, le succès des vélos spéciaux est immense. « Il y a un délai d’attente de quatre semaines pour les biporteurs et de huit semaines pour les triporteurs » décrit Marion Chollet.

Atelier « Concevoir, expérimenter et évaluer pour mieux transformer et pérenniser » ©Matthieu Dupont

Intermodalité en territoires peu denses

Cet atelier a analysé les enjeux spécifiques aux territoires peu denses posés par l’article 53 de la
LOM, concernant notamment les nouvelles obligations qu’ont les trains neufs et rénovés, mais aussi les autocars neufs, de prévoir des systèmes de transports pour les vélos non démontés, ainsi que l’obligation pour les 1 100 gares et pôles d’échanges multimodaux d’aménager des stationnements sécurisés pour les vélos. L’occasion pour Antoine Coué de Vélo & Territoires de rappeler les grandes lignes de l’étude sur l’intermodalité vélo – transports terrestres qu’il a livrée en septembre 2021, et notamment du rôle-clé à venir des régions et de certaines intercommunalités en raison de l’incidence du développement des VAE sur les distances parcourues. Johanne Collet du Cerema a, pour sa part, présenté les premiers résultats de l’étude sur l’emport des vélos dans les transports en commun à paraître fin 2021. Parmi les retours d’expériences, un constat est unanime et partagé entre les usagers et les opérateurs : manoeuvrer le vélo en fonction de son gabarit et de l’espace disponible est difficile. Or, « le vélo et les transports en commun sont les deux jambes d’un même système pour passer à la vitesse supérieure ». Pour Raphaël Coquet, animateur du cercle train-vélo de Railcoop, les 4 300 réponses recueillies au printemps par un questionnaire publié par la coopérative ferroviaire ont permis de dégager deux préconisations : former le personnel de gare et développer l’offre technique pour les transporteurs, d’une part, et privilégier une version hybride des modes d’emport de vélos entre du suspendu et de l’horizontal pour s’adapter aux saisons et aux types de matériel à accueillir, d’autre part. Quid de l’intermodalité en espace plus montagneux ? S’agissant de la spécificité des pieds de massif, Emmanuel Roche, chargé du développement de la politique cyclable du Grand Chambéry, a rappelé les expérimentations et étapes ayant conduit aux douze sites équipés de consignes vélo sur le territoire de l’agglomération. L’intermodalité (pour les derniers kilomètres dans leur cas) et le développement de lignes de covoiturage dynamique, c’est-à-dire liant covoiturage et vélo, y ont été priorisés. L’expert savoyard a également insisté sur l’importance de miser d’abord sur les déplacements locaux avant d’aller chercher plus loin. Les échanges ont ensuite roulé autour des thématiques des dérogations pour les transports scolaires, de la nécessité ou non de travailler simultanément sur l’embarquement et sur le stationnement sécurisé pour les vélos, de la gratuité de l’accès (préférence pour un prix abordable, permettant par principe de responsabiliser l’usager), des chantiers qui restent à mener avec Gares & Connexions pour permettre au cycliste d’être informé au mieux tout au long de son parcours, ou du triple impératif de qualité du service, de confort et de fréquence pour rendre la démarche attractive.

Atelier « Intermodalité en territoires peu denses » ©Matthieu Dupont

Les témoignages de ces 25es Rencontres Vélo & Territoires ont illustré le fait que, lentement mais
sûrement, le vélo fait sa place au sein des politiques publiques et que, quel que soit le territoire, il est désormais possible d’agir avec conviction et ambition. La recette est globale, mais chaque ingrédient a son importance et s’avère nécessaire pour tendre vers un système vélo performant, attractif et accessible à tous, et se donner ainsi les moyens d’atteindre les objectifs affichés, à savoir : faire de la France une vraie nation cyclable.

Anthony Diao

Vélo & Territoires, la revue