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Saint-Jacques à vélo : bientôt une réalité en France ?

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°59

Février 2020. Parution chez Pirola de la dixième édition du guide saint-Jacques à vélo (partie 1, de Haarlem à Tours). Selon les ventes de l’éditeur – dont les guides ne sont disponibles qu’en néerlandais – , entre 1 000 et 2 000 cyclistes parcourraient chaque année la voie de Vézelay, et entre 2 000 et 2 500 celle de Tours. Au-delà de l’anecdote, les chemins de Saint-Jacques fédèrent et structurent les initiatives locales. A y regarder de plus près, ce parcours pourrait même être le laboratoire du développement d’itinéraires vélo légers et spontanés en France. Décryptage.

Panneau de signalisation Saint-Jacques à vélo ©Laurent Savignac

Que représentent les chemins de Saint-Jacques aujourd’hui ?

Ces 30 dernières années, plus de 300 itinéraires pédestres jacquaires ont été balisés en Europe, soit près de 60 000 km. En 2019, environ 350 000 cheminants de 180 nationalités ont été accueillis à Compostelle. En France, 30 000 personnes et une centaine de nationalités marchent chaque année sur les chemins de Saint-Jacques. C’est loin des chiffres de fréquentation en Espagne, mais l’augmentation est constante. Les quatre voies principales qui traversent la France passent par Paris-Tours, Vézelay, Le Puy-en-Velay ou encore Arles, et de nombreuses variantes maillent tout le territoire national. Les « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » sont inscrits depuis 1998 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, sous la forme d’une sélection de 7 1 monuments dans dix régions et de sept tronçons de sentier de l’itinéraire
du Puy-en-Velay (GR®65). L’itinérance est de plus en plus motivée par le patrimoine, l’histoire, la spiritualité, les rencontres humaines, le rapport à la nature. Ralentir le rythme, sortir des sentiers battus, découvrir les richesses du patrimoine et adopter une activité douce : voilà les valeurs
recherchées par les cheminants. Sont-ils d’ailleurs uniquement piétons ? D’après les estimations, environ 6 % des itinérants arrivant à Saint-Jacques seraient des cyclistes. Ces chemins de Saint-Jacques symbolisent un tourisme lent, porteur de sens et ancré dans les territoires. Ils exigent une offre locale adaptée qui se structure : transport de bagages, hébergement à la nuitée, « menu du randonneur »…

La coquille de Saint-Jacques-de-Compostelle ©Laurent Savignac

Les enjeux du développement de Saint-Jacques à vélo

L’engouement pour l’itinérance à vélo s’imbrique avec celui pour les chemins de Saint-Jacques.
Quelle clientèle pourrait s’y intéresser ? Dès 2010, la région Centre-Val de Loire s’est penchée
sur la question en interrogeant les touristes à vélo rencontrés sur l’itinéraire proposé par Pirola sur le tracé de la véloroute nationale V41. La clientèle est plutôt adepte d’étapes longues, entre 50 et 80 km par jour, voire même davantage pour le public néerlandais. En recherche d’un tracé direct, elle préfère limiter les détours, hormis quelques antennes majeures. L’intérêt patrimonial détermine le tracé, de préférence sur les petites routes pittoresques, les habitués étant davantage friands de voirie partagée. Côté services, la clientèle apprécie une offre adaptée à l’itinérance à vélo, en campings ou hôtels. L’accessibilité de l’itinéraire, au départ comme au retour, est également essentielle. Enfin, la cohérence du tracé avec l’identité jacquaire est décisive pour attirer une clientèle à la recherche de Saint-Jacques à vélo, avec notamment des sites de visite sur le parcours.

Dans la cathédrale Saint Front de Périgueux ©ACIR Compostelle/JJ Gelbart

L’Agence des chemins de Compostelle en France (ACIR) : centre de ressource national

Fondée en 1990, l’Agence des chemins de Compostelle réunit près de 150 adhérents en France, dont une centaine de collectivités locales et une cinquantaine d’associations, d’hébergeurs ou d’offices de tourisme. Depuis sa création, elle valorise les chemins de Saint- Jacques-de-Compostelle auprès du grand public et le développement d’un tourisme culturel au service des territoires en accompagnant les acteurs locaux. Depuis 2016, l’État lui confie l’animation du réseau des propriétaires et gestionnaires des monuments et tronçons de sentiers inscrits par l’Unesco au titre du bien « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France ».

En savoir plus : www.chemins-compostelle.com

État des lieux des Saint-Jacques à vélo en France

EuroVelo 3 : un itinéraire européen de la Norvège à Saint-Jacques-de-Compostelle

L’EuroVelo 3, ou Véloroute des Pèlerins, relie Trondheim, en Norvège, à Saint-Jacques-de-
Compostelle. Sur 5 400 km et à travers sept pays, l’EuroVelo 3 est un itinéraire culturel dont
l’identité jacquaire est un véritable atout. Selon la Fédération européenne des cyclistes (ECF), son
attractivité s’appuie aussi sur les grandes villes qu’elle traverse (Hambourg, Liège, Paris). En France pourtant, contrairement aux pays voisins, l’identité jacquaire de l’EuroVelo 3 a soulevé des questions. Pourquoi ? Faisant le constat d’un tracé de l’EuroVelo 3 le plus souvent déconnecté du
patrimoine jacquaire et éloigné pour partie des quatre voies principales, les acteurs français n’ont,
dans leur communication nationale, pas retenu l’identité jacquaire ni le symbole de la coquille.
La Scandibérique est ainsi le nom attribué à l’EuroVelo 3 en France. Sur sa partie nord, de la Norvège à la Belgique, les voies de Saint-Jacques étant moins précises, aller vers Saint-Jacques suffit à donner corps à l’identité jacquaire de l’itinéraire. En Espagne, le tracé de l’EuroVelo 3 correspond au « Camino Frances » avec des enjeux plutôt liés à la cohabitation des usages. Sans
nier pour autant ses composantes jacquaires, EuroVelo 3 – La Scandibérique ne limite pas sa
communication à ce thème. En France, comme pour le pédestre, de nombreuses voies de Saint- Jacques à vélo pourraient émerger.

L’élément déclencheur : l’actualisation du Schéma national des véloroutes et du Schéma régional en Nouvelle-Aquitaine

En 2018, Vélo & Territoires lance l’actualisation du Schéma national des véloroutes. Les territoires
sont invités à faire part de leurs projets et à réagir à des propositions de suppression d’itinéraires,
au regard de leur faible avancement. En réaction, ils se mobilisent, notamment sur la thématique
de Saint-Jacques. Suite à la fusion des régions et concomitamment au national, la Nouvelle-Aquitaine enclenche de son côté l’actualisation de son Schéma régional. Ce grand chantier met
en avant des projets autour de Saint-Jacques à vélo, d’autant que les voies jacquaires convergent
toutes en Pyrénées-Atlantiques. Alors que ces processus d’actualisation touchent à leur fin en
cohérence, deux itinéraires du Schéma national 2020 adoptent des tracés jacquaires sur l’essentiel de leur parcours : la V41, sur la voie de Tours ; et la V56, sur la voie de Vézelay.

Colline de Vézelay ©ACIR Compostelle/JJ. Gelbart

La V56 : Saint-Jacques à vélo via Vézelay

En réaction aux propositions de suppression des V56 et V55 du Schéma national des véloroutes, des contacts ont été pris en 2019 entre les acteurs de la Nièvre et de l’Yonne en Bourgogne-Franche-Comté, puis élargis au Centre-Val de Loire et au Grand Est. Résultat ? Deux réunions interrégionales ont été initiées en 2019 par le département de la Nièvre. Ces dernières ont confirmé l’intérêt technique pour le développement de Saint-Jacques à vélo via Vézelay, et favorisé le partage d’information entre les acteurs.

Avec l’actualisation du Schéma national des véloroutes, la V56 reliera Metz (57) à Mussidan (24) dans un premier temps, avec un prolongement
vers le sud qu’il reste à stabiliser mais qui devrait passer par Bergerac, Sainte-Foy, Bazas, Captieux,
Roquefort, Mont-de-Marsan puis atteindre Saint-Jean-Pied-de-Port. De Metz à Troyes, le tracé est
en partie réalisé et l’identité jacquaire ne semble pas déterminante. À partir de Troyes, le tracé de la V56 se rapproche d’un itinéraire promu par Pirola. Un projet de voie verte est à l’étude dans l’Aube, entre le Département et Troyes Champagne Métropole, sur une emprise d’ancienne voie ferrée. Dans l’Yonne et la Nièvre, un travail de précision du tracé de la V56 a commencé. Trois critères, par ordre d’importance, ont été définis pour cela : la présence de patrimoine jacquaire ; la recherche de trajets directs avec un niveau de trafic motorisé compatible avec la pratique du vélo ; les capacités d’hébergement jusqu’à cinq kilomètres du tracé. Principalement constitué de site partagé, l’itinéraire pourrait être jalonné d’ici 2021. Dans le Cher, une section commune avec La Loire à Vélo est déjà aménagée. Le reste de l’itinéraire en site partagé devait être jalonné pour la saison 2020/2021 pour se connecter au département de l’Indre où l’itinéraire est porté par un groupement d’EPCI (ouverture fin 2020). La Creuse a réalisé depuis 2010 la section qui la concerne, jalonnée conformément à la charte graphique produite par la région Centre-Val de Loire. Enfin, en Haute-Vienne, Dordogne et Gironde, l’intérêt du prolongement de la V56 et de l’identité Saint-Jacques via Vézelay semble confirmé. Tout comme pour la V41, le tracé précis de ces deux itinéraires entre Bordeaux et Saint-Jean-Pied-de-Port doit encore être étudié en Nouvelle-Aquitaine, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés.

La V41 : Saint-Jacques à vélo via Chartres et Tours

À l’occasion d’opérations de reconnaissance terrain à la fin des années 2000, la région Centre-Val de Loire remarque des autocollants représentant la coquille de Saint-Jacques accompagnée d’un
vélo avec des sacoches. Il s’agit d’autocollants de Pirola, appliqués par les touristes à vélo lors de
leur itinérance guidée par l’éditeur néerlandais. La Région y voit une opportunité et recherche
depuis à faire le lien entre l’identité jacquaire et le tracé de la V41 au niveau régional. Elle l’enrichit,
l’alimente. Une concertation est menée pour développer Saint-Jacques à vélo via Chartres.

Première étape : la définition précise du tracé, en lien avec les territoires, les associations jacquaires et cyclistes et les prestataires touristiques. L’objectif est de relier des sites jacquaires,
de constituer un intérêt touristique et culturel, de croiser des points d’étapes pédestres et de consolider l’économie touristique existante. Deuxième étape : la Région a créé une charte graphique « Saint-Jacques à vélo » en lien avec l’ACIR. Elle est appliquée dans un premier temps
à la voie de Chartres, puis déclinée aux autres voies de la région, Tours et Vézelay. Cette « boîte à outils » pour une signalisation vélo jacquaire est mise à disposition de l’ensemble des maîtres d’ouvrage concernés par des voies de Saint-Jacques à vélo, afin de « faciliter l’usage national
de l’appellation et la déclinaison de ses éléments graphiques ». Ouvrant la voie, la Région inaugure ainsi dès 2015 la première véloroute jacquaire de France. Près de 380 km d’itinéraires sont aménagés et jalonnés par les départements ou EPCI dans une dynamique régionale (en attendant
une continuité nationale) : Saint-Jacques à vélo via Chartres et Tours.

L’actualisation du Schéma régional des véloroutes offre de se pencher sur la question en Nouvelle-Aquitaine. La V41 se prolongerait de Tours à Bordeaux en suivant le tracé de l’itinéraire pédestre en passant par la Vienne, les Deux-Sèvres, la Charente-Maritime et la Gironde. L’opportunité et l’intérêt des territoires sont confirmés. Reste à préciser le tracé, mieux connaître l’offre de services, développer l’itinéraire et étudier les options de continuité au sud de Bordeaux.

Intérêt d’une démarche concertée à l’échelle nationale ?

Deux « Saint-Jacques à vélo », via Tours et via Vézelay, se dessinent en France. Impliquant
de nombreux territoires, leur développement exige à minima un partage d’informations et d’outils. Pour autant, les acteurs concernés (pour la plupart déjà engagés dans d’autres projets d’itinéraires cyclables) ne souhaitent pas nécessairement s’investir dans un comité d’itinéraire et ses lourdeurs administratives. À ce stade, diffuser les connaissances acquises sur le sujet, l’avancement dans chaque territoire et les outils disponibles (notamment ceux développés par la région Centre-Val de Loire) pourrait suffire à encadrer le développement coordonné de ces itinéraires. Quid des autres, notamment des voies du Puy-en-Velay et d’Arles à vélo ? La question ne s’est pas encore posée. Mais le moment venu, les outils développés pour les unes pourraient servir aux autres.

Agathe Daudibon

En savoir plus
Saint-Jacques à vélo en Centre-Val de Loire : www.francevelotourisme.com/itineraire/saint-jacques-a-velo

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