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Sécurité & vélo : l’adaptation permanente

La multiplication et la métamorphose des modes actifs sont autant de défis pour la sécurité des usagers. Les évolutions réglementaires et législatives visent à rendre l’espace public plus sûr pour les piétons et les cyclistes. Les collectivités, quant à elles, tentent de mettre en place des aménagements cyclables innovants et sécurisés. Lors de ses 23es Rencontres, Vélo & Territoires a consacré un atelier à ce sujet en permanente évolution. Restitution.

Les évolutions réglementaires de la LOM

Particulièrement attendue, la Loi d’orientation des mobilités (LOM), qui devrait être promulguée en début d’année prochaine, apporte des améliorations pour la sécurité des modes actifs. « Côté planification, la LOM introduit dans la législation le Schéma national des véloroutes, en écho à un lobbying actif de Vélo & Territoires » annonce Thomas Jouannot, référent vélo du Cerema. Le texte inscrit par ailleurs dans la loi une définition officielle de la véloroute. Côté infrastructures, la LOM introduit le pendant « interurbain » de l’article L. 228-2 du Code de l’environnement, la fameuse « LAURE » : « À l’occasion des réalisations ou des rénovations de voiries hors agglomération, les gestionnaires auront l’obligation d’évaluer le besoin d’aménagements cyclables ». Autre avancée en matière de sécurité, la LOM interdit le stationnement motorisé 5 m en amont des passages piétons. De l’espace public récupéré au profit d’une meilleure visibilité des piétons, qui pourra servir à installer du stationnement vélos. À noter également : la généralisation des double-sens cyclables et des sas cyclistes, la possibilité de rouler à deux de front dans certaines situations… autant de mesures qui visent à améliorer la sécurité des cyclistes, en lien avec les autres modes de déplacements.

Des solutions innovantes dans les territoires

Nombreuses sont les collectivités qui ont déjà pris le sujet de la sécurité des modes actifs à bras-le-corps. La Métropole de Lyon a mis en place une solution innovante pour sécuriser un ouvrage de franchissement entre deux communes. « Cet ouvrage représentait depuis des années un danger pour la sécurité des cyclistes : deux voies très étroites, des trottoirs inexistants, des vitesses élevées, une ligne de bus et un trafic routier pendulaire important », témoigne Mathieu Meylan, responsable du pôle conduite d’opérations vélo au Grand Lyon. « Nous avons bien sûr étudié la possibilité d’une passerelle vélo en encorbellement, mais cette option s’est avérée beaucoup trop onéreuse ». Finalement, la solution d’intégrer une voie verte directement sur l’ouvrage en supprimant une voie automobile et en créant un alternat géré par feux tricolores a été retenue. L’investissement ? 400 000 euros au total, contre 2 millions d’euros estimés pour un encorbellement et un projet qui affirme l’engagement de la collectivité en faveur des modes actifs. « Cet aménagement a suscité beaucoup d’inquiétudes au sein des deux communes concernées, notamment des usagers motorisés. Cependant nous avons désormais un aménagement qui fonctionne très bien, même aux heures de pointe, et qui convient à toutes les pratiques de mobilité » souligne Mathieu Meylan.

L’ouvrage de franchissement avant ©Mathieu Meylan
L’ouvrage de franchissement après ©Mathieu Meylan

L’expertise d’usage au service de la sécurité

L’association Droit au vélo (ADAV) se mobilise depuis 1982 pour le développement des modes actifs en Hauts-de-France. Force de proposition auprès de nombreuses collectivités sur le territoire : « Nous sommes de plus en plus associés aux projets des aménageurs » témoigne Michel Anceau, le directeur de l’association. « Pour améliorer la sécurité à vélo, nous proposons des actions de sensibilisation aux usagers, mais aussi aux collectivités. Nous éditons des guides de recommandations internes pour uniformiser les pratiques dans les différents services techniques du territoire. Ils reprennent les préceptes nationaux et nous les adaptons aux situations locales particulières ». Pour une meilleure visibilité des cyclistes, les solutions innovantes sont également de mise : « nous expérimentons en ce moment avec la Métropole Européenne de Lille et le Cerema la suppression des répétiteurs de feux tricolores à certains carrefours ». Cette mesure oblige les automobilistes à se positionner plus en retrait des feux, en respectant ainsi les sas vélo.

Suppression des répétiteurs de feux tricolores à Lille ©Michel Anceau

Pour l’ADAV, le principal défi reste celui de la continuité et du maillage du réseau cyclable. « Nous sensibilisons les collectivités à l’élaboration de schémas directeurs vélo. Nous cartographions avec eux les aménagements cyclables et les points durs. Ces schémas deviennent ensuite de véritables feuilles de route pour résorber les discontinuités et garantir une meilleure sécurité à vélo. »

Priorité et intersections

Le Cerema publie, avec la participation de Vélo & Territoires, une fiche méthodologique « Véloroutes et intersections ». « Encore trop souvent les aménageurs font perdre la priorité aux voies cyclables, au mépris même du code de la route », décrypte Jérôme Cassagne, rédacteur de la fiche. La question de la priorité donnée aux véloroutes est donc au cœur de cette fiche.

Exemple de véloroute qui perd la priorité lorsqu’elle croise un chemin de terre desservant une seule habitation ©Jérôme Cassagne 

Elle propose un ensemble de solutions concrètes à la disposition des aménageurs : mettre en avant l’itinéraire lui-même, améliorer la visibilité depuis l’itinéraire, disposer des ilots, changer la couleur du revêtement, agir sur l’éclairage, etc. Autant de dispositifs qui sécurisent les traversées de carrefours pour les cyclistes. Suffisants, les aménagements ? « Un point de danger pour les cyclistes reste la traversée des giratoires. Il est possible de les sécuriser en donnant la priorité aux aménagements cyclables. Dans ce cas, il est particulièrement important d’alerter l’usager motorisé sur la perte de sa priorité » décrit Jérôme Cassagne. « Aménager ne suffit pas, il faut aussi sensibiliser. »

Antoine Coué

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