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Comment concilier aménagements cyclables et contraintes naturelles ?

Les contraintes naturelles s’intensifient : sécheresse, pluies diluviennes, inondation… Aujourd’hui plus qu’hier, les collectivités doivent prendre en compte les crises possibles dès la conception des aménagements cyclables. La question qui se pose à tous est : quel revêtement utiliser pour faire face aux mieux à l’ensemble des contraintes existantes, tout en impactant le moins possible l’environnement ? Des représentants de l’association française des véloroutes et voies vertes (Af3V), du conseil départemental de Loire-Atlantique, de la Baie de Somme et de Vélo & Territoires ont tenté de répondre à cette question épineuse lors des 23es Rencontres Vélo & Territoires.

La résilience, kezako ?

Selon Aurélia Hild de Vélo & Territoires, « c’est la capacité des territoires à réagir, anticiper et s’adapter pour se développer durablement face aux perturbations. » Dans le cadre d’un aménagement cyclable, ce sera notamment la capacité de son revêtement à résister aux aléas climatiques (crues, sécheresses) et à son environnement en permanente évolution (racines, …). Cette résilience peut s’exprimer par anticipation. Cela passe, par exemple, par la diminution de l’impact de l’aménagement sur l’environnement et l’utilisation de revêtements dont la production et la mise en œuvre génèrent moins de gaz à effets de serre (GES). Elle peut également s’exprimer en réaction afin d’assurer la pérennité de l’aménagement, par la mise en place de pistes cyclables en monopente latérale pour éviter la stagnation de l’eau sur le revêtement ou de géogrilles pour stabiliser l’aménagement face aux sécheresses répétées. Pour accompagner les territoires dans le choix du revêtement correspondant le mieux à leur environnement, Vélo & Territoires a réalisé une fiche action. Les différentes solutions de revêtements y sont présentées selon des critères environnementaux, économiques ou d’usages.

Existe-t-il un revêtement plus résilient que les autres ?

Aujourd’hui, selon les intervenants à l’atelier « Aménagements résilients face aux contraintes naturelles » des 23es Rencontres Vélo & Territoires, l’enrobé paraît être le plus adapté. Mais Valérie Bréhier-Jaunâtre du conseil départemental de Loire-Atlantique souligne « qu’il n’y a pas de solution miracle et qu’il faut vraiment réfléchir en amont afin de trouver la solution qui convient le mieux à chaque situation. Quelle que soit la solution retenue, il est toujours difficile d’empêcher les dégâts. » La résilience passe donc également par la mise en place d’une surveillance et par une organisation agile pour faire preuve de réactivité. En Loire-Atlantique, des agents du Département patrouillent à vélo à assistance électrique tous les mois en été et tous les deux mois en hiver. L’objectif ? Effectuer toutes les petites interventions et relever tous les points nécessitant des travaux plus lourds sur les itinéraires cyclables. Pour faciliter la mise en œuvre des travaux non réalisés en régie, le Département a passé un marché à bon de commande avec un opérateur. Ceci permet d’éviter la répétition des phases de consultation et raccourcit les délais d’intervention. Sur l’EV1-La Vélodyssée, les agents patrouilleurs ne sont plus les seuls à pouvoir faire remonter les problèmes rencontrés sur l’itinéraire. Chaque cycliste peut directement signaler une anomalie ou un incident à partir du site Internet de La Vélodyssée. Grâce à cet outil expérimental développé par Vélo & Territoires dans le cadre du projet AtlanticOnBike, le signalement est ensuite adressé directement au gestionnaire de la voie concerné pour intervention. En complément, pour assurer la continuité cyclable en période de crise, les cyclistes sont informés de la situation via les sites Internet dédiés à l’EV1-La Vélodyssée et à La Loire à Vélo. Le département de Loire-Atlantique réfléchit également à la mise en œuvre d’une rubrique informative directement sur son site Internet.

La résilience, une opportunité pour le développement des modes actifs ?

En Baie de Somme, certains sites naturels font régulièrement l’objet de submersion marine et sont sujets à d’importants phénomènes d’érosion. La route littorale reliant Cayeux-sur-mer au Hourdel (estuaire de la Baie de Somme) a particulièrement été touchée en 2008. Après sa destruction partielle, le syndicat mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard s’est interrogé sur la meilleure réhabilitation possible pour ce site. « Cette réflexion était bénéfique sur trois plans : elle a permis de remettre en service cette voie, d’en réduire l’impact environnemental et de définir une stratégie de mobilité active » explique Thierry Bizet du Syndicat mixte. Grâce à ce projet, une route départementale bordée de parkings a pu être transformée en voie verte. Il s’agit de la Route Blanche. Les matériaux employés sont résistants à la montée des eaux et choisis pour leur capacité d’intégration paysagère. L’aménagement, respectueux de l’environnement, permet également la réappropriation de l’espace par la faune et la flore locales. Sur une zone proche, le Syndicat mixte a été contraint de conduire un chantier de défense contre la mer. Il a transformé cette contrainte en opportunité, en créant un aménagement réservé aux modes actifs en substitution d’un boulevard maritime. Outre son rôle dans le développement de l’usage de la marche et du vélo, cet aménagement, de par les matériaux utilisés, contribue activement à la défense contre la mer, contrairement à l’infrastructure préexistante. Pour Thierry Bizet « les messages de la nature ne sont pas une fatalité mais une opportunité à saisir pour évoluer ».

Revêtement et inclusion

La notion de résilience se rapproche des notions de durabilité et de robustesse mais, pour Julien Dubois, président de l’Af3V, sa définition diffère selon les objectifs recherchés. « Nous pouvons également voir l’aménagement cyclable dans une logique de développement social. Le revêtement étant l’interface avec l’usager, choisir son revêtement, c’est aussi choisir le type d’usager qui fréquentera l’itinéraire. » Un itinéraire cyclable peut accueillir trois types d’usagers : les touristes à vélo ou cyclistes loisirs, les utilitaires et les personnes en précarité sociale. Pour ces dernières personnes, le réseau de voies vertes apparaît comme un lien social et est parfois la seule possibilité d’accéder à un emploi. In fine, un aménagement résilient, c’est aussi prendre en compte, dès sa conception, l’ensemble des publics possibles et de favoriser l’inclusion.

Stéphanie Mangin

En savoir plus :

Le projet Interreg AtlanticOnBike, porté par le département des Pyrénées-Atlantiques, fédère dix-huit partenaires venus de six pays européens. D’un coût estimé à 4,58 millions d’euros, le projet entend positionner l’EuroVelo 1, reliant le Portugal à la Norvège, comme destination d’excellence.

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