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Des résultats plus que prometteurs pour les vélos en location longue durée

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°65

Si les aménagements, les politiques et les pratiques cyclables ont fortement augmenté ces dernières années, les services vélo ne sont pas en reste, comme en atteste l’étude d’évaluation des services vélo commanditée en 2020 par l’Ademe*. En effet, les services vélo ont enregistré des augmentations à deux ou trois chiffres : de +86 % pour les vélos en location longue durée** (VLD) à +320 % pour les aides à l’achat de VAE. L’étude souligne un engouement particulier pour la location longue durée en raison de la capacité de ces services à se déployer dans des territoires variés, à toucher des publics nouveaux et à générer du report modal.

Les pratiques cyclables boostées par les services vélo

Il est aujourd’hui largement admis que développer des aménagements cyclables booste la pratique
du vélo. Mais pour Élodie Barbier Trauchessec, coordinatrice mobilités émergentes à l’Ademe, cela
ne suffit pas : “Si nous sommes convaincus que les aménagements cyclables sont indispensables pour transformer les pratiques de déplacement, nous sommes aussi persuadés que les services vélo, qui permettent d’initier une pratique et de la pérenniser, sont absolument nécessaires”. Les résultats du diagnostic de l’Ademe confirment cette conviction. Une enquête auprès de 13 000 utilisateurs, tous services confondus, rend compte d’une baisse conséquente du recours à l’automobile chez les individus qui louent un VAE sur une longue durée (-30 points) et chez ceux qui ont bénéficié d’une aide à l’achat d’un VAE (-32 points). Mieux encore, les locations longue durée (VLD) obtiennent les meilleurs résultats sur la démotorisation avec 13 % des usagers qui renoncent à l’achat d’une voiture et 12 % qui se séparent d’une voiture. Comment expliquer ce constat ? D’abord, les VLD sont mis en place dans tous types de territoires, y compris les moins denses où les mobilités motorisées sont plus importantes. Ensuite, “les VAE attirent davantage les nouveaux pratiquants, les automobilistes et les usagers des transports en commun notamment”, explique Gwendal Caraboeuf, consultant chez Inddigo. Enfin, les usagers du VLD ont des pratiques intenses : 64 % d’entre eux utilisent systématiquement le vélo pour se rendre sur leur lieu de travail ou d’étude et 12 % l’utilisent trois à quatre fois par semaine. L’Ademe rappelle néanmoins que la complémentarité des services est nécessaire pour booster les pratiques cyclables sur un territoire. “Les services vélo s’adressent à des publics et des usages variés, mais aussi des personnes qui ne sont pas au même stade de décision quant à la pratique du vélo”, précise Élodie Barbier Trauchessec. Les VLD touchent plus de femmes, de familles avec enfants et d’actifs âgés de de 35 à 55 ans que les vélos en libre-service (VLS).

Infographie de l’Ademe sur les services de location de vélos longue durée

Deux stratégies principales pour développer les VLD

En 2020, selon le recensement réalisé par Inddigo, la France comptait pas moins de 162 services de VLD avec un total de 75 000 vélos, dont 37 000 VAE. Si les grandes collectivités locales sont plus souvent dotées de location longue durée (78 % des EPCI de plus de 500 000 habitants par exemple), les plus petites s’y mettent aussi. “Les VLD ont vraiment beaucoup progressé sur les territoires moyens qui comprennent entre 50 000 et 100 000 habitants”, souligne Gwendal Caraboeuf. Comment expliquer cet engouement général ? Les objectifs des territoires sont pluriels. Les collectivités les plus peuplées cherchent à enrichir la palette d’offres de mobilité, alors que les territoires moins denses, à l’offre de mobilité beaucoup plus restreinte, veulent proposer une alternative à la voiture. Quelles que soient les intentions, la création d’un service de vélos en
location longue durée permet de tester l’appétence des habitants pour le vélo. Bonne nouvelle : les VLD trouvent preneurs d’après l’étude. “Les élus sont bluffés par la vitesse avec laquelle les vélos sont loués et par le fait que des gens soient sur liste d’attente”, témoigne Élodie Barbier Trauchessec. Pour autant, les territoires n’optent pas tous pour la même stratégie. La différence tient surtout dans le fait de proposer ou non de reconduire la location. En d’autres termes : faut-il permettre aux usagers de louer les vélos tant qu’ils le souhaitent ou, au contraire, limiter la durée de location ? Les collectivités qui proposent la reconduction peuvent capter des populations dans l’incapacité d’acheter un VAE, comme des étudiants ou des personnes à plus faibles revenus par exemple. Avec la location longue durée, elles proposent une offre de mobilité en tant que telle, ce qui a un impact sur la taille de la flotte, sa gestion et son entretien. “Si on met en place un système reconductible, il faut augmenter le parc de vélos et adapter son budget à l’augmentation de la demande”, explique Gwendal Caraboeuf. À l’inverse, les territoires qui ne permettent pas de
renouveler la location incitent leurs habitants à acheter un vélo, notamment à assistance électrique, après avoir pu tester différents usages sur le territoire. Au total, 35 % des systèmes de VLD sont couplés à une aide à l’achat de VAE.

À la fin de l’année, le reste à charge pour un vélo en location longue durée est de 225 euros en moyenne. Pour les VAE en location longue durée, il est de 325 euros, ce qui est assez faible au regard du prix d’achat d’un VAE.

Des modèles variés au sein des territoires

La durée de location, les vélos proposés, la taille de la flotte ou encore la gouvernance varient d’un système à l’autre. Les formules les plus répandues sont la location au mois et à l’année. Côté gouvernance, les collectivités les plus petites privilégient le modèle associatif ou la régie directe et les plus grandes utilisent des délégations de service public ou des marchés spécifiques. Quelle que soit l’organisation, la location longue durée offre des résultats plus que satisfaisants sur le plan financier. “À la fin de l’année, le reste à charge pour un vélo en location longue durée est de 225 euros en moyenne. Pour les VAE en location longue durée, il est de 325 euros, ce qui est assez faible au regard du prix d’achat d’un VAE“, explique Gwendal Caraboeuf. “Dans plusieurs métropoles, on approche même le point d’équilibre entre dépenses et recettes”, ajoute Élodie Barbier Trauchessec.

Les VLD sont mis en place dans tous types de territoires, y compris les moins denses où les mobilités motorisées sont plus importantes.

Le service Véligo Location en Île-de-France

Véligo a été lancé par Île-de-France Mobilités en septembre 2019 avec 300 points de retrait répartis dans toute la région et une flotte portée à 20 000 VAE. Mis en place et géré par Fluow, groupement des entreprises Cyclez, La Poste, Transdev et Vélogik, les VAE sont à louer sur une période de six à neuf mois. “On laisse le temps aux Franciliens de voir différentes saisons, de faire des trajets variés et d’être suffisamment convaincus pour passer à l’achat de leur propre vélo”, explique Marion Chollet, chargée de projets modes actifs, intermodalité et nouvelles mobilités chez Île-de-France Mobilités. Au total, 40 000 personnes ont testé Véligo, qui comprend aujourd’hui des vélos cargos à assistance électrique : des triporteurs, biporteurs et rallongés (longtails). Tous les modèles sont loués et sur liste d’attente. Trois mois après avoir restitué le vélo,
80 % des usagers continuent de faire du vélo et 57 % d’entre eux déclarent avoir acheté un vélo ou
être en train de le faire.

Le biporteur proposé en location longue durée par Véligo depuis début 2021 ©Philippe Miran
Le service Monbicloo à Nantes Métropole

Avec Monbicloo, Nantes Métropole propose sept types de vélos à louer pour une durée d’un an
maximum : des vélos classiques, des vélos cargos et des tricycles (tous trois proposés en version
mécanique et à assistance électrique) et des vélos pliants. Lancé en 2018 avec une flotte de 1 800 vélos, le parc compte aujourd’hui 2 200 vélos qui sont proposés avec un antivol. “Le service est vu comme une passerelle entre une solution de mobilité non durable et le vélo. Il permet à l’usager de tester un type de vélo, de voir s’il convient à ses besoins et, si oui, d’en acheter un”, explique David Maubert, directeur des services de mobilités à Nantes Métropole. En moyenne, 79 % des vélos sont loués avec une forte demande sur les vélos classiques et vélos cargos à assistance électrique. Pour les VAE, la liste d’attente est de deux mois et demi.

Location de vélos pliants proposés par Nantes Métropole ©Nantes Métropole
Le service Vélila en Loire-Atlantique

Depuis le début de l’année 2021, 200 VAE sont proposés à la location longue durée dans quatre
intercommunalités du département de Loire-Atlantique (Pornic agglo Pays de Retz, les communautés de communes de la région de Blain, d’Estuaire et Sillon et de Nozay) et tous sont loués. La location peut se faire sur une durée comprise entre un et douze mois et est reconductible un an maximum, sous réserve de vélos disponibles. Chaque intercommunalité
gère le service et assure la maintenance des vélos, avec une grille tarifaire commune. Le Département a proposé l’expérimentation, acheté 200 VAE et bénéficié d’une aide de l’Ademe de 50 000 euros dans le cadre du programme CEE AVELO. « Cette action s’inscrit dans la politique mobilité du département de Loire-Atlantique qui vise à compléter l’offre de services de transport en milieu rural et à favoriser la pratique du vélo pour les déplacements quotidiens”, explique Didier Cadro, conseiller départemental en charge de la Loire-Atlantique à vélo. Prochaines étapes : l’augmentation des flottes déjà déployées, le déploiement du service dans d’autres intercommunalités et l’acquisition de vélos cargos à destination des familles.

Le service Vélila en Loire-Atlantique ©Gaël Arnaud/Département de Loire-Atlantique
Le service de VLD dans la Plaine d’Estrées

Sur le territoire de 18 000 habitants de la communauté de communes, le vélo est vu comme une
alternative à la voiture pour les déplacements de courte distance. Des VAE et vélos cargos à assistance électrique sont proposés à la location au mois et sans durée maximale. “Nous cherchons à être peu contraignants pour limiter les freins au report modal et laisser libre cours aux usages”, explique Marie-Chloé Strecker, chargée de mission mobilité durable au sein de la collectivité. Le service a ouvert en novembre 2020 avec dix VAE et deux vélos cargos biporteurs. Tous les vélos étaient loués dès le mois de mars. Les usagers sont principalement de jeunes
retraités et des personnes actives âgées de 25 à 45 ans. Autre usage inattendu : les VAE ont été loués par plusieurs jeunes qui avaient raté leur permis et qui devaient se déplacer quotidiennement dans le cadre de leur travail d’été. Au cours de l’année, la flotte a été augmentée de dix VAE et de deux vélos équipés d’un siège à l’avant pour répondre à la demande de personnes âgées ou en situation de handicap qui ont besoin d’être accompagnées ou assistées dans leurs déplacements quotidiens.

VAE et vélo cargos en location longue durée dans la communauté de communes de la Plaine d’Estrées ©Communauté de communes de la Plaine d’Estrées

Quelles évolutions pour les cinq prochaines années ?

Pour que la location longue durée continue son ascension, il devient urgent de faire face aux
risques de vols et de développer des offres de stationnement sécurisé. « Le stationnement sécurisé a été bien traité par les collectivités au niveau des gares, mais l’étude a montré que
les usagers de VAE ont besoin de stationner leur vélo à domicile ou sur leur lieu de travail. Or, les
offres de stationnement sécurisé y sont encore balbutiantes et le risque de vol reste élevé”, explique Gwendal Caraboeuf. D’autres changements sont attendus au niveau du fonctionnement des services pour dépasser la dichotomie reconductible/non-reconductible. “Pourquoi pas aller de l’une à l’autre ? Commencer sans limitation dans le temps pour capter des usagers, atteindre une masse critique d’utilisateurs, puis rendre la location non-renouvelable pour libérer les vélos et convaincre d’autres utilisateurs”, imagine Élodie Barbier Trauchessec. Une autre possibilité serait de ne pas limiter la durée de la location pour les publics en incapacité de s’acheter un VAE ou un
vélo cargo, comme c’est déjà le cas pour certaines aides à l’achat de vélos dédiées à des publics en situation de précarité. Pour attirer toujours plus d’usagers, la diversification des vélos est aussi
attendue, notamment les vélos cargos pour les familles avec enfants et les vélos adaptés pour les
personnes à mobilité réduite. Dernière évolution évoquée, celle du portage des VLD par des opérateurs privés à l’instar de Ouibike, Swapfiets ou Red Will. “Les VLD pourraient être rentables à terme, ce qui pose la question du maintien d’un service public là où un service privé pourrait le prendre en charge. Il y a peut-être un intérêt à développer une offre privée pour les tarifs classiques et à réserver l’offre publique à des publics en difficulté, à des jeunes ou à des familles à faibles revenus”, projette Élodie Barbier Trauchessec. Une évolution intéressante si tant est que la réglementation relative au forfait mobilités durables s’y adapte car seuls les abonnements aux services de mobilité publics sont pris en charge à 50 % par les employeurs à ce jour.

Julie Rieg


*L’Ademe a choisi d’étudier les services vélo qui sont portés par les collectivités territoriales ou qui ne pourraient exister sans leur concours. Les flottes de vélos en free floating ou la location longue durée chez des marchands de vélo ne sont donc pas concernées.

**Dans cette étude, les VLD sont définis comme des systèmes de location de vélos d’une durée minimum d’un mois et qui proposent un retrait et une restitution du vélo de façon humanisée. Dans certains territoires, la location longue durée et la location courte durée coexistent au sein d’un même service.

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