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L’entretien, clé de la longévité des aménagements cyclables

La cyclabilité des territoires est corrélée à la qualité de leurs aménagements, mais aussi, sur la durée, à la qualité de leur entretien. L’entretien est, par essence, permanent et incessant. Comment l’organiser sur un réseau cyclable ? Comment répartir les tâches entre département, communes et intercommunalités ? Comment les encadrer ? Quel budget prévoir ? Le webinaire organisé dans le cadre des 24es Rencontres Vélo & Territoires a apporté des réponses à ce sujet dans un contexte de grande complexité réglementaire.

Confort et qualité

Toutes les études le démontrent : les cyclistes sont aussi sensibles à la qualité du revêtement sur lequel ils roulent qu’à la qualité générale de l’itinéraire. Un aménagement non-entretenu peut rapidement devenir un aménagement non-utilisé, confirme Camille Perretta, chargée de mission coordination de l’EuroVelo 8 – La Méditerranée à vélo : « Le manque d’entretien est un des facteurs majeurs d’insatisfaction des usagers. » Une infrastructure se détériore naturellement avec l’usage et le temps. Seul un entretien régulier, adapté au revêtement, garantit la qualité d’utilisation et rallonge la durée de vie. Souvent intégré dans le cadre plus large de l’entretien de la voirie, les modalités d’intervention ne sont pas toujours clairement identifiées et la situation et la gestion sont très disparates d’un territoire à l’autre… Au grand désarroi des cyclistes parfois.

©Grand Chambéry

L’entretien des aménagements cyclables, de quoi parle-t-on ?

« Crevaisons liées aux revêtements dégradés ou aux épines non balayées, problématiques de balisage en raison de panneaux dégradés qui de surcroît donnent une mauvaise image du territoire, panneaux dissimulés sous la végétation, voies vertes coupées suite à des intempéries extrêmes… voilà les difficultés que nous remontent les usagers » témoigne Camille Perretta. Stationnement vélo, abris, sanitaires, poubelles, aires de pique-nique… Les divers équipements connexes doivent être entretenus régulièrement pour rester attractifs et utilisables. Autre enjeu (et non des moindres pour Vélo & Territoires !), l’entretien des compteurs. Un suivi régulier des données permet de détecter au plus vite les éventuelles pannes et minimise la perte de données. Enfin, comme toute voirie, le réseau cyclable doit être déneigé pour assurer la continuité et la sécurité des déplacements même en période hivernale. Le dernier épisode de neige en ce mois de janvier a montré que les infrastructures cyclables sont encore souvent les oubliées des campagnes de déneigement.

Un épais brouillard réglementaire

Du ressort du gestionnaire de la voirie en théorie, la chaîne de l’entretien des réseaux cyclables est souvent mal huilée sur le terrain. L’obstacle majeur ? L’inconfort règlementaire dû au manque de compétence identifiée. « Pour clarifier les rôles de chacun, offrir un niveau de service continu pour les usagers quel que soit le maître d’ouvrage ou le gestionnaire de la voie, mais aussi pour une lisibilité et facilité accrues pour les services chargés de l’entretien des deux collectivités, l’Agglomération a signé une convention avec le département de la Savoie » explique Emmanuel Roche, chargé de la politique cyclable au Grand Chambéry. Pour chaque axe cyclable une fiche définit le rôle des deux parties.

En Vendée, le Département a signé 135 conventions avec les collectivités locales (communes, EPCI) et l’Office national des forêts (ONF) pour définir les modalités d’entretien de son réseau cyclable. Avec 1 164 km d’itinéraires d’intérêt départemental la coordination est nécessaire. « Au fil du temps, on s’est aperçu que certaines de ces conventions étaient floues sur le qui fait quoi. Pour cela nous avons engagé un travail de mise à jour de l’ensemble de ces conventions » témoigne Caroline Perrin, responsable du secteur Aménagement et Tourisme au département de la Vendée. Les principes retenus ? Le Département pose et remplace la signalétique directionnelle et d’information sur l’ensemble du réseau d’intérêt départemental. Il entretient les revêtements et la végétation sur domaine départemental hors agglomération. Les communes, EPCI et ONF assurent l’entretien des revêtements et de la végétation sur leur domaine et sur le domaine départemental en agglomération. La difficulté ? « Tout dépend des compétences des collectivités locales. Ces conventions mises à jour définissent le rôle du Département, mais laissent la possibilité aux EPCI et aux communes de s’entendre sur leurs responsabilités respectives ». Autre remède ? La création d’un club des référents vélo en septembre dernier entend faciliter le dialogue entre le Département et les collectivités locales.

Des moyens dédiés

Pour assurer un bon entretien des aménagements cyclables, il est nécessaire d’identifier les anomalies. Le contrôle qualité mobilise des moyens humains, financiers et des outils numériques. « Il est important d’avoir un œil sur le terrain » souligne Camille Perretta. « Nous travaillons main dans la main avec l’AF3V lors des repérages. En 2017 et en 2018, nous avons bénéficié de Plus Belle la Voie, une randonnée militante organisée par l’AF3V, sur La Méditerranée à vélo durant 15 jours. Avec des moyens modestes, cette manifestation a permis d’identifier les anomalies sur les 850 km de l’itinéraire à un temps donné et de faciliter la gestion d’entretien par les gestionnaires de la voirie. » En Vendée, deux personnes dédiées patrouillent l’ensemble du réseau départemental trois fois par an. L’entretien de la signalétique, du marquage au sol et des espaces verts est délégué à des entreprises. « Le Département s’est également équipé de deux VAE, dont un pliable, pour assurer le patrouillage dans les secteurs moins accessibles » décrit Caroline Perrin.

Les coûts d’entretien ne sont pas faciles à estimer. Souvent il n’y a pas de ligne budgétaire spécifique consacrée à l’entretien des aménagements cyclables. L’Enquête Territoires 2019 de Vélo & Territoires montre la grande disparité des territoires : 1 300 euros par kilomètre et par an est la moyenne d’extrêmes qui oscillent entre 200 euros et 4 000 euros par kilomètre pour l’entretien d’un aménagement en site propre classique. L’enveloppe annuelle du département de la Vendée ? 450 000 euros dédiés à l’entretien du réseau cyclable départemental, dont 335 000 euros ont été dépensés pour l’entretien via les marchés d’entretien confiés aux entreprises en 2020. Le Département accorde par ailleurs près de 120 000 euros de subventions aux collectivités locales et à l’ONF pour l’entretien des itinéraires cyclables en site propre sur leur domaine.

Les usagers, un maillon essentiel

« Sur les deux régions qui nous concernent, c’est-à-dire la région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur et la région Occitanie, nous avons deux bénévoles qui font un travail incroyable. Leurs relevés réguliers sont une matière précieuse pour nous pour mobiliser les gestionnaires de voirie » insiste Camille Perretta sur le rôle essentiel de l’AF3V. Même écho côté Grand Chambéry : « Le patrouillage, c’est l’ensemble des cyclistes de l’agglomération qui passent fréquemment par les mêmes endroits et qui sont très motivés à faire remonter les difficultés rencontrées pour qu’elles soient résolues rapidement » explique Emmanuel Roche.

L’importance des retours d’usagers fait l’unanimité. Mais comment assurer la communication entre les usagers et les gestionnaires de voirie ? Vélo & Territoires s’est penché sur cette question. La solution proposée ? Un outil de signalement qui permet la communication directe entre les usagers et les maîtres d’œuvre concernés. Le tout s’appuie sur la solution technique SIG hébergée sur l’Observatoire national des véloroutes et voies vertes de Vélo & Territoires. Après un premier test sur La Vélodyssée en 2019 – 2020, l’outil est déployé sur La Véloscénie et est en cours de réflexion sur d’autres itinéraires en 2021. « Pour l’instant cet outil de signalement est conçu pour un déploiement à l’échelle des grands itinéraires. Mais il est tout à fait possible, à l’instar du département des Pyrénées-Atlantiques, de le déployer à l’échelle d’un réseau cyclable départemental par exemple » précise Camille Thomé, directrice de Vélo & Territoires.

Avancées techniques

Pose d’une géogrille ©Département de la Vendée

Investir dans des actions de recherche et développement permet de trouver des solutions adaptées pour des aménagements cyclables durables, y compris pour réduire l’exigence d’entretien. Les passerelles modes doux en font partie. Grand Chambéry l’agglomération a abandonné le bois et choisit dorénavant « d’office » du platelage métallique pour ses passerelles explique Emmanuel Roche. Le département de la Vendée a mandaté le Cerema pour évaluer les 24 ouvrages de son réseau cyclable sur domaine départemental selon la méthode de visite simplifiée comparée. « Le diagnostic est rassurant. Le Cerema n’a pas révélé de danger imminent » souligne Caroline Perrin. « Cette évaluation a musclé la prise de conscience de la nécessité d’une surveillance annuelle de nos ouvrages. » Le Département a également engagé des travaux de recherche pour trouver des solutions péréennes aux dégradations des itinéraires cyclables en secteur sensible. Une géogrille, posée et testée sur la digue de la Prée Mizotière depuis 2016, a prouvé son efficacité, alors que le secteur sans géogrille fissure deux ans après. En plus des relevés géotechniques, le Cerema a réalisé un benchmark pour identifier un panel de solutions innovantes à mettre en œuvre en partenariat avec le Département. « Nous analysons les solutions en fonction des désordres constatés et des coûts. Nous espérons pouvoir faire plusieurs tests sur deux secteurs sensibles en 2021 » conclut Caroline Perrin.

Dorothée Appercel

Pour aller plus loin :

Politiques cyclables