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Police à vélo – Haut les mains sur le guidon !

Orphelines depuis 1984 de ses fameuses hirondelles qui personnifièrent un siècle durant la police à vélo dans les rues de Paris, les forces de l’ordre reviennent doucement vers ce mode doux, renforçant ainsi le contact avec la population. Illustration avec l’exemple de trois villes françaises.

En 2017 en Charente-Maritime, les 21es Rencontres annuelles des DRC s’étaient ponctuées par deux visites techniques à vélo. Innovation : ce temps convivial le nez au vent avait été encadré par huit policiers à vélo, chargés de sécuriser en fluidifiant le parcours du cortège. Une expérience inédite de mémoire des DRC, qui donna lieu à un partage informel d’expériences et une envie d’en savoir davantage sur cette pratique de plus en plus dans l’air du temps. À La Rochelle, donc, mais aussi dans d’autres villes comme par exemple Lyon ou, 9000 km plus au sud, la commune de Saint-Pierre de La Réunion.

LA ROCHELLE

Les grands pas de l’humanité partent souvent des petits pas de quelques hommes. Membre de la première brigade VTT de France créée en 1997 au commissariat de Paris 12e, François Escot regretta de « ne pas avoir trouvé le même dispositif » à son arrivée en 2003 à la Direction départementale de la sécurité publique de Charente-Maritime. Il faudra attendre une décennie et le montage, ficelé en commun avec l’association Vive le vélo, d’un projet dans le cadre du Fonds interministériel de prévention de la délinquance pour que son vœu se concrétise, et que la police nationale locale se mette au diapason d’une pratique en vogue de longue date chez sa consœur de la police municipale. La cheville ouvrière de cette avancée considérable ? Antoine Rachmuhl, un passeur d’autant mieux placé pour saisir les tenants et les aboutissants du dossier qu’il cumule les casquettes de trésorier de l’association Vive le Vélo et de secrétaire adjoint du Comité départemental de cyclotourisme. Une fois les détails pratiques réglés – contrat avec un fournisseur pour l’achat de neuf vélos, mobilisation et formation des agents sur la base du volontariat, notamment avec une sensibilisation à la thématique des vols de vélo -, le pli a été pris et le modus operandi s’est affiné jour après jour, entre feuille de route millimétrée et adaptation aux événements du moment. « Cette équipe, qui appartient au groupe Sécurité et proximité, constitue un vrai appui opérationnel notamment lors des mouvements sociaux » se félicite ainsi Dominique Puaud, commandant de police de l’emploi fonctionnel à La Rochelle, ravi de voir l’excellente entente locale se confirmer entre polices nationale et municipale. « Des choses peuvent sans doute être améliorées », pondère François Escot en sa qualité de chef de groupe « notamment au niveau de tenues vestimentaires plus compatibles avec une pratique à l’année, mais globalement ça y est, la dynamique est lancée ! » Une meilleure santé, un capital de sympathie en hausse auprès des administrés, une sensibilité accrue aux chevaux de bataille habituels des associations militantes : pour Antoine Rachmuhl, il n’est à ce titre pas étonnant que la réussite des visites à vélo des 21es Rencontres DRC a « donné envie aux agents mobilisés de se tenir prêts si l’édition 2018 avait besoin d’eux ! ».
À bons entendeurs savoyards…

LYON

Dans la capitale des Gaules, une brigade cycliste de police municipale existe depuis 2007. Propriétaire de ses vélos depuis 2010, elle est rattachée à la direction de la police de proximité et est sous la responsabilité du brigadier-chef Jérôme P.* Elle rayonne sur les neuf arrondissements de la ville, à partir de son quartier général de la place Saint-Jean dans le Vieux Lyon. Son rôle ? Faire respecter aux automobilistes les pistes et les bandes cyclables (l’amende est passée de 35 à 135 euros) et agir en matière de prévention, notamment auprès des écoles. « C’est aussi un vecteur de communication » admet Henri Fernandez, le directeur de la troisième police municipale de France en termes d’effectifs. Inscrit comme axe principal du PDU de la métropole de Lyon, le développement des modes actifs a en effet connu un essor considérable depuis 2005  et l’implantation pionnière des Vélo’V dans une cité qui, intramuros, compte aujourd’hui 600 km de pistes et de bandes cyclables. Sur le pont de 7h30 à 20h d’avril à septembre et de 10h à 17h30 d’octobre à mai, les huit volontaires (quatre femmes et quatre hommes) prennent d’autant plus leur mission à cœur qu’ils ont créé deux plaquettes pour lutter contre le vol et rappeler la  dangerosité et l’interdiction du port des casques de musique et des oreillettes à vélo. « Ces deux documents ont été envoyés, avec l’accord des présidents d’Universités, à des milliers d’étudiants », explique Jérôme P. Le chantier est encore vaste dans une commune qui compte 335 agents de police municipale pour 440 000 habitants, mais le mot d’ordre est clair : « Tolérance et discernement ».

SAINT-PIERRE DE LA RÉUNION

Enfin, beaucoup plus au sud, la mise en place début 2018 de la première brigade cyclable de l’île de La Réunion – six fonctionnaires de la police nationale équipés de VTT à assistance électrique – semble là aussi donner pleine et entière satisfaction, aux dires de Daniel Rivière, secrétaire général UNSA Police. « Leur mission est de surveiller le front de mer de Saint-Pierre et notamment la délinquance et les vols. Force est de constater que les chiffres sont en baisse. » Il y a une dizaine d’années, une première expérience de ce type avait achoppé sur une autre commune de l’île, faute de contrat d’entretien et de maintenance des vélos. Ce problème étant résolu, le prochain objectif semble tout tracé : conquérir Saint-Denis, le chef-lieu du département.

* L’intéressé a souhaité s’en tenir au prénom.

Anthony Diao

La revue Vélo & Territoires