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Olivier Schneider

Extrait de Vélo & Territoires 50

À 36 ans, celui qui est depuis 2015 le plus jeune président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) entre enfin en 2018, avec sa structure, dans l’âge de tous les possibles pour la cause qu’il défend depuis si longtemps. Jadis simple silhouette dans le lointain, le vélo est aujourd’hui en passe de devenir un interlocuteur qui compte, et ce Brestois diplômé de Telecom Bretagne nous explique en quoi.

  • Comment êtes-vous passé successivement de citoyen lambda à militant, puis de militant à président de la FUB ? Et avez-vous seulement déjà été un citoyen lambda ?

Lambda je ne sais pas [Rires], mais j’ai toujours eu un état d’esprit « malin ». Je m’amusais à chercher des « bons plans », à optimiser, à essayer de contourner le système, trouver ses failles. Cela m’a donc très vite paru absurde de trimballer une voiture d’une tonne pour faire à peine quelques kilomètres, surtout seul et surtout quand on n’est pas chargé. Étant de surcroît asthmatique et habitant dans une ville loin d’être plate, je me suis tourné vers le vélo à assistance
électrique (VAE). Et, comme souvent pour le VAE, pour moi l’essayer c’était l’adopter. Cela m’a même permis de vaincre mon asthme ! Cela me paraissait tellement absurde que tout le monde ne fasse pas comme moi que je me suis mis à publier sur les forums. Ensuite, j’ai rejoint l’association «Brest à pied et à vélo», membre de la FUB. Très intéressé par les politiques nationales, c’est naturellement que j’ai candidaté au comité directeur de la FUB, lors de l’Assemblée générale de Clermont Ferrand en 2011. Ensuite le PAMA (Plan d’action pour les modes actifs) m’a permis de représenter la FUB à un certain nombre de réunions et de confirmer mon appétence à présider cette institution. Grâce aux femmes et aux hommes qui m’ont précédés, particulièrement Geneviève Laferrère, la FUB jouit d’une très bonne réputation, ce qui facilite le plaidoyer : nous étions un interlocuteur crédible.

  • Avec ses 113 000 réponses recueillies pour une première consultation, le Baromètre Parlons vélo initié en 2017 par la FUB semble avoir fait changer l’association de dimension. Elle est passée d’interlocuteur crédible, justement, à interlocuteur désormais audible au-delà du strict seuil des convaincus. Quels ont été les signes annonciateurs
    ayant conduit à ce point de bascule ?

Nous avions eu l’idée depuis assez longtemps. Je me souviens même avoir moi-même écrit au comité directeur de la FUB – avant d’en être membre -, en leur suggérant une enquête « pour comprendre les vraies raisons pour lesquelles les gens ne pédalent pas », sur le modèle du Fahrradklimatest tel que le pratiquent nos voisins allemands depuis près de trois décennies, et qui a permis outre-Rhin à l’ADFC* de recueillir 120 000 réponses dans plus de 500 villes lors de l’édition 2016. Plus récemment, à l’occasion de l’Assemblée générale de la FUB à la Rochelle en cette même année 2016, le journaliste Olivier Razemon avait suggéré une telle enquête. Ensuite, nous avons été poussés par la Fédération européenne des cyclistes, l’ECF, qui nous a accueillis au sein de son leadership program.

  • Au départ vous souhaitiez mener cette enquête après les échéances électorales de 2017, n’est-ce pas ?

Effectivement, nous souhaitions initialement réaliser l’enquête au printemps 2018. L’année 2017 devait surtout être consacrée au lobbying des Présidentielles et des Législatives. Or, quand le président de la République a annoncé, le 1er juillet à Rennes, lors de l’inauguration de la ligne à grande vitesse Bretagne – Pays de la Loire, que la priorité irait désormais aux transports du quotidien et qu’il allait y avoir des Assises de la mobilité, nous avons décidé d’avancer les échéances de l’enquête. Nous avons testé nos questions sur le grand public en juillet lors d’étapes du Tour de France, grâce à un partenariat avec ASO sur des ateliers du Tour. Nous avons ensuite trouvé des relais comme Bemobi du groupe La Poste, Union Sport & Cycle, Décathlon ou encore Deliveroo. Quand nous avons franchi la barre de 50 000 réponses, j’ai bien compris que nous  étions en train de faire une chose historique. En effet, nous imaginions obtenir 30 000 réponses ! Et lorsque nous tractions sur les pistes cyclables les plus fréquentées, nous sentions que les gens étaient heureux de donner leur avis. Mais c’est évidemment quand la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a cité « Parlons vélo » dans son discours de clôture des Assises que j’ai compris que nous avions contribué à sortir du strict seuil des convaincus. « Le vélo n’est pas un sujet mineur. » Dixit une ministre, en France. Je me frottais les yeux.

  • Comment la FUB va-t-elle rendre pérenne ce changement de statut, à moyen et long terme ? À contrario, quelles attentes supplémentaires génère cette responsabilité nouvelle de la part du « premier cercle » ? Et comment composez-vous avec cette double exigence au quotidien ?

La ministre a annoncé un Plan vélo interministériel pour le printemps 2018. La FUB entend être particulièrement attentive non seulement au contenu, mais surtout à la mise en oeuvre et à la gouvernance de ce Plan. C’est en accompagnant ce Plan de près que la FUB conservera sa crédibilité. Par exemple, plutôt que de se contenter du fait que le Conseil interministériel de la sécurité routière du 9 janvier 2018, en sa mesure n°10, a annoncé la systématisation de l’apprentissage de la mobilité à vélo en école primaire et vers les nouveaux pratiquants, la FUB va suivre activement le dossier. Cette systématisation était d’ailleurs une de nos trois priorités – avec la création d’un fonds vélo et des mesures fiscales pro-vélo comme l’indemnité kilométrique vélo. Cela implique d’aller au-delà de la relation avec les ministères des Transports et de l’Intérieur, en travaillant avec les Sports, la Santé et l’Éducation nationale. C’est un challenge, mais on ne va pas se plaindre, on le réclamait depuis des années.

  • En complément des conclusions de cette consultation, quel bilan tirez-vous par ailleurs des Assises 2017 de la mobilité ?

Des Assises 2017, je retiens d’abord le fait que le vélo a été, de l’aveu même de la ministre, un des sujets les plus abordés, y compris dans les réunions en régions. Je suis sûr que la planète vélo saura saisir l’opportunité et pousser sur des priorités unanimes, notamment une perspective claire sur la mise en oeuvre du Schéma national vélo, qui a un rôle pour l’attractivité touristique de la France, mais également un rôle structurant pour la mobilité dans les territoires.

  • Qu’attend la FUB en 2018 de partenaires comme les DRC ?

Fonds vélo, formation pour tous, fiscalité, rôle structurant du Schéma national vélo dans la mise en oeuvre du Plan vélo : je pense que les DRC sont totalement en phase avec nous. S’agissant de la gouvernance de ce Plan, nous devons continuer à travailler ensemble afin d’inscrire cela dans le cadre d’une démarche globale et non uniquement comme un point dans le temps.

  • Pour finir : cette rubrique s’intitule Pause-vélo. Dans les faits, parvenez-vous parfois à mettre votre cerveau en pause de vélo, justement ? Comment un cycliste ayant atteint ce degré d’engagement s’oxygène-t-il l’esprit ?

Pour me détendre, j’aime… tout simplement marcher, flâner dans les centres villes avec ma famille et mes amis, bricoler le bois, regarder le biathlon et… lire dans le bain. Je suis aussi un addict du train, j’en profite pour déconnecter, lire, écrire, sans avoir le flux de courriel entrant. Mais c’est sûr qu’il est parfois difficile d’affronter la charge mentale que constitue l’avancement des nombreux dossiers. Je ne dors pas assez… Surtout quand je n’ai pas assez pédalé durant la journée, d’ailleurs.

* Allgemeiner Deutscher Fahrrad Club, l’association des cyclistes allemands

Propos recueillis par Anthony Diao

La revue Vélo & Territoires