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Récits et véloroutes : le Centre-Val de Loire met en scène ses itinéraires cyclables

Atelier « Equipements et accueil : raconte-moi une histoire », lors des 26es Rencontres Vélo & Territoires dans le Cher

Fini le voyage ennuyeux ! A l’occasion d’un atelier 100 % Centre-Val de Loire, l’émotion, l’art et la saga historique se sont invités dans les échanges techniques pour envisager différemment les projets d’itinéraires cyclables. Cette région riche en patrimoine, et marquée par la dynamique historique de La Loire à vélo, a de nombreux trésors cyclables à faire découvrir. Certains ont été présentés lors de cet atelier tout en poésie et mise en scène.

Dans un contexte de multiplication des véloroutes, les territoires font face à une concurrence rude. Comment distinguer un itinéraire cyclable d’un autre ? Le cycliste ne finit-il pas par s’ennuyer le long des belles et lisses infrastructures ? Nombreux sont les territoires qui proposent désormais un nouveau produit touristique alliant le voyage à vélo et une plongée dans le patrimoine historique et naturel local. A chaque itinéraire son histoire et sa mise en scène pour se démarquer. L’objectif : capter la curiosité des cyclistes pour les inciter à mettre pied à terre et découvrir les points d’intérêt et les services à proximité.

A chacun ses outils pour raconter l’identité d’un itinéraire  : la signalisation, les équipements vélo et les services, et parfois même des œuvres d’art exposées le long de l’itinéraire. Vélo & Territoires a mis à jour l’année dernière, la fiche-action n°8 sur les équipements vélo, qui préconise pour répondre aux attentes des usagers d’installer des aires de services tous les 20 à 30 km et des haltes-repos tous les 10 km. Ces pauses sont une occasion idéale pour les touristes à vélo de prendre le temps de s’intéresser au terroir local, à partir notamment d’équipements thématisés qui incitent à aller découvrir la commune traversée. La scénarisation des itinéraires renforce ainsi l’attractivité touristique mais elle est aussi un catalyseur de projet de territoire et un moyen pour que les habitants s’approprient une nouvelle véloroute, comme l’illustrent ces différents récits.

A la rencontre des personnages emblématiques du Centre-Val de Loire

« Tout commence à Chinon comme dans l’histoire de France, par une promenade céleste des hauteurs de la forteresse dominant la Vienne, et par les verdoyantes surprises des vignes chères à Rabelais. Aujourd’hui [nous inventons] le bonheur vagabond d’une voie verte entre Chinon et Richelieu. » Bernard Thivel, maire de Ligré et vice-président de la Communauté de communes Touraine Val de Vienne, cite les propos du journaliste Gonzague Saint Bris à l’ouverture de la voie verte Chinon-Richelieu qui scénarise sur 20 km la vie des personnages célèbres ayant vécu dans la région : Richelieu, Rabelais, Jeanne d’Arc, Charles VII, etc. Les abris-vélo thématiques qui jalonnent l’itinéraire ouvrent une fenêtre sur le paysage et rappellent les anciennes gares devenues des lieux d’accueil pour les touristes et promeneurs : restauration, gîtes, expositions sur l’apiculture. Tout au long du circuit, le touriste peut se laisser guider par l’application « Voie verte Chinon Richelieu » qui propose un audioguide et des jeux en réalité augmentée pour les enfants.

Cette poésie du territoire local est également mise à l’honneur dans les trois nouvelles boucles cyclables scénarisées, inaugurées en septembre 2022, par la Communauté de communes des Loges. L’une évoque un personnage local que les habitants ont bien connus, Pierre Avezard, dit Petit Pierre, garçon vacher précurseur de l’art brut ayant fabriqué un fabuleux manège plein d’humour, à partir de matériaux recyclés. Pour préserver la mémoire de Petit Pierre, des panneaux ont été réalisés avec une écrivaine et disposés le long de l’itinéraire. Ils permettent de raconter l’histoire du territoire aux touristes de La Loire à vélo mais également aux habitants. « C’est un véritable projet de développement local avec les acteurs locaux (…) il y a eu un écho très positif auprès des habitants. Nous avons été obligés d’arrêter les inscriptions pour l’événement « Les échappées à vélo » organisé sur la Boucle Petit Pierre, qui a réuni 130 participants », explique Sophie Héron, maire de Jargeau et vice-présidente de la Communauté de Communes des Loges.
Un projet a également été porté avec un collectif d’artistes et les écoles pour réaliser des œuvres à la manière Petit Pierre en travaillant à la fois l’art, le recyclage et le vélo. Implantées le long de la boucle, ces œuvres, au-delà d’être un atout touristique, ont eu un double intérêt : la boucle est en effet devenue un outil idéal pour l’apprentissage du vélo par les élèves, à l’occasion de sorties scolaires cyclables thématiques.

Réinventer l’histoire d’un canal délaissé

Le vendredi matin, les participants aux 26es Rencontres Vélo & Territoires ont eu l’occasion de pédaler le long du Canal de Berry, anciennement « Canal du duc de Berry ». Emmanuel Rochais, directeur à la Direction dynamiques territoriales, environnementales et touristiques s’est réinventé jardinier paysagiste lors de l’atelier et a raconté l’histoire peu banale de ce projet d’aménagement cyclable. C’est l’histoire d’un « vilain petit canal », trop étroit pour la navigation des péniches de gabarit Freycinet, déclassé en 1955 et revendu aux communes pour un franc symbolique. Délaissé, parfois même remblayé, ce n’est que dans les années 2000 que le Département du Cher se saisit de cet axe de circulation majeur qui traverse 32 communes pour travailler sur sa mise en valeur paysagère et créer le projet du Canal de Berry à vélo. Un concours d’architecture paysagère est lancé avec comme conditions de réaliser des esquisses et des projets détaillés pour chaque commune, afin qu’elles puissent se projeter et adhérer facilement au projet. En 2014, au sud du canal, le premier tronçon de 20 km de la véloroute « Cœur de France à vélo » (de Tours à Nevers ou Montluçon) est mis en service. En 2015, l’ensemble des acteurs se sont rassemblés au sein d’un même syndicat qui gère l’entretien et le projet du canal du Berry à vélo, permettant d’accélérer les travaux. Le tronçon de 90 km de Plaimpied-Givaudins à Thénioux a été inauguré en 2021. La totalité des 190 km du Canal de Berry devrait être finie en 2027, permettant de rejoindre La Loire à Vélo et l’EuroVelo 6. A cet horizon, la véloroute « Cœur de France à vélo » s’étendra sur plus de 300 km.

L’adaptation au tourisme à vélo d’un itinéraire emblématique à la renommée internationale

Dans les années 1980, 500 pèlerins se rendaient chaque année à Saint-Jacques de Compostelle. Aujourd’hui, la renommée du pèlerinage est telle que chaque année, ce sont 350 000 pèlerins qui se retrouvent sur les chemins et, parmi eux, 6 % sont à vélo. « A l’époque médiévale, s’il y avait eu des bicyclettes, ils ne se seraient pas fait prier. D’ailleurs, ceux qui avaient de l’argent y allaient à cheval. » commente Lucas Meheux, chargé de développement touristique à l’Agence française des chemins de Compostelle. Mais le récit de Saint-Jacques à vélo, c’est aussi celui d’une appropriation spontanée de l’itinéraire par les cyclistes hollandais. Dans les années 1980, ils ont édité deux guides touristiques sur la V41 et la V56 qui à l’époque ne faisait l’objet d’aucune politique de valorisation. Dans ces guides, on trouvait notamment un lot de stickers pour inciter les usagers à jalonner eux-mêmes l’itinéraire. Devant cette nouvelle fréquentation cycliste, la Région Centre-Val de Loire a décidé d’investir cet itinéraire pour le mettre en valeur. En 2014, la Région Centre-Val de Loire publie un carnet de route pour valoriser la V41 et l’EuroVelo 3. La reconnaissance se poursuit puisqu’en 2018, la V41 et la V56 entrent dans le Schéma national des véloroutes. Une nouvelle histoire de Saint-Jacques à vélo est en train de s’écrire avec l’édition cette année d’un carnet de route sur la V56.

Armelle Boquien

Association