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Organiser l’appui en ingénierie cyclable, une agilité au service des territoires

Régions, départements, intercommunalités, chaque échelon territorial joue un rôle majeur dans la partition des politiques cyclables. Comment garantir une cohérence d’ensemble ? Comment simplifier la gouvernance ? Comment limiter les inégalités entre les territoires et les moyens mobilisables afin d’encourager la pratique du vélo partout ? Pour cela, proposer un accompagnement financier et technique, des instances d’échanges et disposer d’une ingénierie adaptée, quitte à la mutualiser, paraît essentiel. Illustrations lors d’un atelier des 25es Rencontres Vélo & Territoires par des actions concrètes à mettre en place pour donner un cap, guider et diffuser des politiques cyclables ambitieuses.

Atelier « Organiser l’appui en ingénierie cyclable » lors des 25es Rencontres Vélo & Territoires ©Matthieu Dupont

Améliorer la cyclabilité des territoires par la formation des acteurs de la mobilité

Comment concevoir une politique cyclable ambitieuse et transversale, comment la porter, la financer, la mettre en œuvre ? Autant de questions auxquelles les collectivités font face afin de construire une stratégie en faveur du vélo dans leur territoire. Aussi, pour répondre aux besoins, des offres de formation voient le jour, à destination des techniciens mais également des élus.

Dans la continuité de la campagne « Parlons Vélo 2021 » et des renouvellements d’exécutifs, Vélo & Territoires et l’Adma (Académie des experts en mobilités actives) ont coconçu le programme « Développer les mobilités actives au cours d’un mandat ». Ces sessions d’information et de sensibilisation ont vocation à accompagner les élus et leurs collaborateurs dans une approche intégrée du système vélo, en leur livrant les clés d’un plaidoyer et l’apport de connaissances techniques. Pour cela, l’Adma s’appuie sur des méthodes de pédagogie active facilitant l’interaction, un format cher à Jean-Baptiste Gernet, un des experts formateurs : « cette mixité dans l’animation et dans les publics accueillis, tout autant que la pluralité des retours d’expériences proposés, favorise une compréhension mutuelle nécessaire dans un écosystème aussi complexe que celui des mobilités actives ». À noter que, financées par le programme CEE, toutes les formations proposées par l’Adma sont prises en charge jusqu’en juin 2023… une opportunité à saisir pour les territoires !

L’offre s’inscrit en complémentarité des formations dispensées par l’Ademe ou le Cerema. « Il faut faire évoluer la culture routière, héritage de la DDE (Direction départementale de l’équipement) et la pratique des ingénieurs et des équipes des routes pour accompagner l’ingénierie », a-t-on commenté à plusieurs reprises dans la salle. Au-delà de la maîtrise des fondamentaux, les sessions du Cerema visent à mieux appréhender le contexte juridique et réglementaire et à disposer de recommandations et d’outils concrets pour concevoir des aménagements cyclables efficaces et inclusifs. « Il est intéressant de voir comment percole la doctrine technique dans les collectivités avec la réalisation de guides pratiques, une démultiplication des formations à destination des agents ou des réalisations telles que les aménagements de transition en période Covid », constate Thomas Jouannot, directeur de projets modes actifs du Cerema. Des réponses à sans cesse adapter au regard du fort potentiel de développement du vélo et de besoins en formation.

Positionner l’ingénierie départementale au service des territoires

Si l’enchevêtrement des niveaux de collectivités, des acteurs et des compétences mouvantes nécessite des besoins d’acculturation de plus en plus prégnants, l’accompagnement s’avère d’autant plus nécessaire en territoire peu dense. C’est le cas de l’Ardèche, territoire hôte des 25es Rencontres Vélo & Territoires, venu présenter le travail mené par le SDEA (Syndicat de Développement, d’Equipement et d’Aménagement). Créée en 1963 pour accompagner les collectivités infra-départementales en Ardèche sur de la conduite d’opération et des missions d’assistance maîtrise d’ouvrage, la structure assure depuis 2015 le portage juridique de l’ingénierie par convention de mise à disposition du personnel départemental. Sa plus-value : assurer la réalisation d’aménagements cyclables et de projets d’envergure en association avec des bureaux d’études (les mobilités actives représentent 15 % de ses missions).

Cas pratique : le dernier tronçon de la Via Ardèche à réaliser. Une intervention stratégique pour le Département puisqu’elle permettra à terme la liaison avec la ViaRhôna et une connexion aux villages adjacents, dans une visée touristique, de loisirs et de pratiques plus immersives (75 % des actifs ardéchois résident dans un rayon de 10 km). Le Département apporte son ingénierie technique à la communauté de communes Berg et Coiron, petite intercommunalité rurale, via la signature d’un accord d’assistance et de maitrise d’œuvre avec le SDEA. « L’association s’est faite dans l’intérêt commun des deux structures, avec un fonctionnement en bonne intelligence davantage que de donneur d’ordre-prestataire », souligne Guy Trembley, chargé de mission économie et tourisme de l’EPCI.

Pour le Département, il s’agit d’assurer une cohérence d’ensemble au niveau des aménagements cyclables et de la signalétique à travers l’animation d’un réseau vélo qui réunit les collectivités, les offices de tourisme et les associations. « C’est aussi dans ce cadre que des partenariats sont noués avec les collectivités locales qui viennent ensuite nous solliciter pour de l’ingénierie. L’assistance technique constitue l’élément déclencheur en termes de planification, de sécurité et de coordination », précise Laure Haillet de Longpré, chargée de mission urbanisme et mobilités du département de l’Ardèche.

Une mutualisation qui ne doit pas faire perdre de vue l’importance de l’entretien et la gestion des infrastructures réalisées, problématique à laquelle l’Ardèche ne manque pas de sensibiliser les collectivités porteuses de projet.

Animer un réseau d’acteurs : une approche plurielle à l’échelle régionale

Autre exemple d’accompagnement : l’animation de réseau. Elle s’exprime de façon plurielle dans la région Sud – Provence – Alpes – Côte d’Azur, selon cinq axes de coopération. Le premier axe, historique, relève de l’appui financier de la Région aux maîtres d’ouvrage pour le déploiement du Schéma régional des véloroutes. Le second s’articule autour de la gouvernance et l’animation en tant que chef de file du comité d’itinéraire de La Méditerranée à vélo, avec le soutien de Vélo Loisir Provence. Un accompagnement complet qui répond aux enjeux de continuité de l’itinéraire, d’équité territoriale, d’homogénéité des services et de mutualisation de moyens. La Région assure également l’animation de la filière vélo tourisme et VTT qui fédère les acteurs publics et privés autour du développement touristique du vélo, assure le déploiement de la marque Accueil Vélo et vise à augmenter la fréquentation et les retombées économiques ; une mission confiée depuis 2018 à Vaucluse Provence Attractivité.

Autre forme d’animation régionale : des concertations larges menées pour déployer les stationnements sécurisés vélo (145 gares TER à équiper dans la région Sud) et expérimenter l’information vélo en gare, boostées par la LOM. La région Sud, à travers la mobilisation d’un agent à temps partiel (0,7 ETP), réunit ainsi dans le tour de table les EPCI concernés et SNCF Gares & Connexions pour rechercher le foncier nécessaire et négocier avec les intercommunalités.

Dernier appui proposé et non des moindres : l’optimisation des financements vélo. Face à une multiplicité des dispositifs, des taux et des critères variables, la Région se positionne auprès des maîtres d’ouvrage du territoire de façon à éclaircir ce panorama. L’ambition est double : optimiser le déploiement des dispositifs pour accélérer la mise en œuvre des projets vélo et bénéficier d’une visibilité renforcée sur les calendriers de dépôt de projets. Pour Ségolène Chignard, chargée de projet véloroutes et cheffe de file du comité d’itinéraire La Méditerranée à vélo à la région Sud, « avoir la connaissance et le recensement permet d’être réactif pour orienter et accompagner vers le bon dispositif, et surtout ne pas rater des opportunités ». A ce stade, la démarche est ouverte aux départements mais pourrait s’étendre à terme aux EPCI. Un dialogue a par ailleurs été engagé avec l’État pour encourager une homogénéisation des appels à projet et une simplification des modalités de candidature, voire « un guiche unique » se plaisent à rêver quelques participants dans la salle. Un éclaircissement d’intérêt face à la multiplication des appels à projet et un écosystème en constante évolution.

Autant d’exemples qui illustrent à quel point la formation et la coopération entre les acteurs des différents niveaux de collectivités sont essentielles pour garantir une offre vélo lisible et continue.

Karine Lassus

​Pour aller plus loin :

Politiques cyclables