Vélo & Territoires

Inscription à la newsletter

Accueil Actualités Le vélo, un outil pédagogique et solidaire

Le vélo, un outil pédagogique et solidaire

Heureux et épanouis, enfants, adolescents, seniors et personnes en situation de handicap se déplacent à vélo …. Ces images, associées aux pays à forte culture vélo d’Europe du Nord, semblent utopiques dans nos territoires. Pourtant, des initiatives réussies, impulsées avec et par les collectivités émergent de plus en plus en France. Indispensables, elles doivent être multipliées pour développer le vélo dans tous les territoires, l’ambition forte portée par le réseau Vélo & Territoires. Retour sur une table ronde riche et rythmée, organisée dans le cadre des 25es Rencontres Vélo & Territoires, et ses quatre thèmes.

Atelier « Le vélo, un outil pédagogique et solidaire » lors des 25es Rencontres Vélo & Territoires ©Matthieu Dupont

Apprentissage

Le boom de la pratique du vélo crée un besoin accru en sensibilisation et apprentissage. Cette formation, de l’avis des associations et de plus en plus des collectivités, doit s’étendre aux plus jeunes pour ancrer des pratiques vertueuses. Pour Nicolas Mercat, vice-président de Vélo & Territoires et élu en charge des écomobilités au Grand Lac, « un enfant formé sera un écomobile de demain » et les collectivités jouent un rôle important pour accompagner au mieux la mobilité scolaire à vélo. Avec le programme Savoir Rouler à Vélo, 850 000 écoliers français sont à terme appelés à être formés chaque année. « L’outil pédagogique est là et il fonctionne. Tous les feux sont au vert. Il faut y aller maintenant », appelle l’élu savoyard. Pour assurer le bon déploiement du programme auprès des 850 écoliers du Grand Lac, une mission de coordination est confiée à l’agence Ecomobilité Savoie Mont-Blanc. « Pour emmener les enfants de 6 à 11 ans vers ces dix heures de formation au ‘savoir pédaler’, ‘savoir circuler’ et ’savoir rouler’, il faut des formateurs qui savent former, mais aussi sensibiliser les accompagnateurs, à savoir les enseignants et les parents d’élèves. » Un budget annuel de 50 à 60 000 euros y est dédié par la Communauté d’agglomération avec focus sur l’accompagnement des CM1 et CM2 « parce qu’ils partiront au collège ensuite ». La clé ? « Faire briller les yeux des enfants » sur le tour du lac d’Annecy à vélo par exemple.

L’objectif est ambitieux mais les moyens financiers, le matériel, la connaissance et l’accompagnement nécessaires ne sont pas à disposition de toutes les collectivités pour assurer le déploiement du Savoir Rouler à Vélo à grande échelle. Pour cela, le programme CEE Génération vélo, porté par la FUB, pourra être mobilisé. « Génération Vélo ne vient pas remplacer le Savoir Rouler à Vélo, mais accélérer sa mise en œuvre partout en France en proposant une prise en charge à 50 % des frais de mise en pratique des sessions de Savoir Rouler à Vélo », explique Claire Toubal de la FUB. « Il s’agit d’un dispositif temporaire, dont les collectivités pourront bénéficier jusqu’au 31 décembre 2024. » Prenant appui sur son réseau d’animateurs régionaux, le programme s’organise autour de trois grands objectifs : former les intervenants et les accompagnants, accompagner les collectivités, animer et déployer le programme dans tous les territoires. En attendant son lancement officiel début 2022, « les collectivités désireuses de se positionner sur ce dispositif sont invitées à manifester leur intérêt dès maintenant ».

Ateliers d’autoréparation de vélos

Depuis une dizaine d’années, les ateliers d’autoréparation de vélos se multiplient sur le territoire français, dans les métropoles déjà bien équipées, mais aussi dans les territoires périurbains et ruraux. « Sur les 400 ateliers existants, 50 ont été créés en territoires peu denses depuis 2019 » resitue Céline Zoppello, coordinatrice de projets de l’Heureux Cyclage, le réseau national qui fédère ces ateliers participatifs et solidaires. Un guide de mise en œuvre, publié en 2020, donne les outils pour soutenir l’émergence de ces collectifs en milieu peu dense. Transfert de connaissances mécaniques, réemploi et valorisation des vélos, promotion active de la pratique mais aussi lieu de sociabilisation, les ateliers d’autoréparation sont un ingrédient essentiel dans une recette globale permettant de développer la culture vélo. Pour Céline Zoppello « tout démarre de la maîtrise de l’objet vélo ». Le terme « vélonomie » qui recouvre l’acquisition de compétences cyclistes revient aussi souvent. En s’affranchissant des contraintes liées à la voiture, le vélo devient un vecteur d’« auto-émancipation ». « Nous touchons énormément les lycéens, un public désireux d’acquérir au plus vite son autonomie », décrit Céline Zoppello.

Insertion

Créée en 2012, la Ressourcerie Trimaran compte vingt salariés en insertion répartis sur deux sites en Ardèche : Privas et Ollières-sur-Eyrieux. Les choix stratégiques de cette structure membre du réseau Chantier école sont guidés par la solidarité, la bienveillance, le respect et l’imprégnation territoriale. « À la Ressourcerie, nous portons un projet d’insertion globale, qui passe par la construction d’un projet professionnel et l’intégration au territoire au sens large » décrit sa directrice, Nelle Bernanose. Le vélo ? « Pour nous c’est un moyen de déplacement, mais aussi un support d’activité, de vocation et d’insertion. Pour bon nombre de personnes le vélo n’est pas du tout intégré culturellement. Sensibiliser ces personnes leur permet de montrer l’exemple dans la vie courante. » Les actions en faveur du vélo ne manquent pas du côté de la Ressourcerie Trimaran : près de 200 vélos ont été réparés grâce au dispositif Coup de pouce en 2020 dans l’atelier de réparation Tricycle et les salariés peuvent suivre des formations de technicien cycle. Les projets de développement prévoient en outre de dupliquer l’atelier Tricycle et d’électrifier une partie de la flotte vélos pour mettre des VAE à disposition des salariés.

Vélo pour toutes et pour tous

Le Gouvernement a confié au député des Bouches-du-Rhône Jean-Marc Zulesi d’établir une feuille de route sur l’utilité des mobilités actives pour lutter contre la « perte d’autonomie », notamment des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. La raison ? « Si nous n’agissons pas, la part des personnes à mobilité réduite avec les problèmes de sédentarité et d’obésité qui vont avec augmentera sans cesse », prévient Camille Péchoux, consultante en design actif et santé de Praxie Design. Exercer une activité physique modérée au quotidien, dont à vélo, peut jouer un rôle important dans la prévention de la sédentarité, l’isolement et la santé des Français. Encore faut-il que les conditions le permettent. « Le système vélo est excluant dans beaucoup de territoires. Il ne suffit pas d’ajouter un tricycle dans la flotte vélos pour le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite » souligne l’experte. La LOM introduit d’ailleurs l’accès à la mobilité à vélo pour tous : « l’organisation des mobilités sur l’ensemble du territoire doit satisfaire les besoins des usagers et rendre effectifs le droit qu’à toute personne, y compris celle dont la mobilité est réduite ou souffrant d’un handicap, de se déplacer et la liberté d’en choisir les moyens, y compris ceux faisant appel à la mobilité active […] »

Les usagers du vélo dans leur diversité ©Praxie Design

Pour identifier et lever les nombreux freins et passer à un système capacitant, il est primordial de travailler main dans la main avec les usagers et ce dès la conception. Aller dans les maisons de quartier, collaborer avec les ergothérapeutes dans les maisons du vélo, accompagner les usagers dans la recherche d’aide pour l’acquisition d’un vélo adapté sont des exemples d’actions à mener. Les initiatives commencent à fleurir dans les territoires. Suite à un diagnostic, la communauté d’agglomération Grand Lac a supprimé 98 % de ses dispositifs anti-intrusion. Praxie Design, de son côté, a mené l’expérimentation de sensibilisation et accompagnement à la mobilité en vélos adaptés avec la Métropole de Lyon cette année, réalisé une étude pour Île-de-France Mobilités en 2020 pour l’aide à l’achat de vélo destinée aux personnes à mobilité réduite, accompagné le département du Loiret dans la labellisation Tourisme & Handicap d’un tronçon de La Scandibérique et conçu l’identité et le système signalétique intuitif pour le projet Chronovélo de Grenoble-Alpes Métropole.

Les liens que suscitent et génèrent le vélo sont multiples et pédaler n’est pas la seule façon d’avancer grâce à ce formidable outil. Le vélo contribue à la création de nouveaux métiers, redonne l’accès à la mobilité, permet de former une génération écomobile et de gagner en autonomie. Et n’oublions pas, le vélo, c’est avant tout « le plaisir et la liberté ».

Dorothée Appercel

Pour aller plus loin :

Politiques cyclables