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Ma Cycloentreprise : le contrat de confiance

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°63

Informer, conseiller et financer les micro-entrepreneurs locaux pour les accompagner sur le chemin de la cyclomobilité. Tel est le crédo de ce dispositif triennal qui a démarré au début de la pandémie.

Formation collective de Ma Cycloentreprise à Strasbourg ©Sikle

Le point de départ est une rencontre. Celle entre une volonté d’entreprendre doublée du vœu de limiter l’impact écologique dudit acte d’entrepreunariat, d’une part, et celle d’accompagner les entrepreneurs, d’autre part. À la manœuvre, l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE). Lancée en 1988, reconnue d’utilité publique depuis 2005, l’ADIE entend permettre à des personnes allocataires de minima sociaux ou sans emploi de créer leur propre entreprise grâce au microcrédit accompagné. « Nous n’acceptons pas le gâchis des talents qui ferait qu’en France la création d’entreprise serait réservée à ceux qui ont de l’argent, des diplômes ou des relations » clame haut et fort la page d’accueil du site Internet d’une structure forte de 166 agences réparties sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin. S’appuyant sur 636 salariés et 1 100 bénévoles selon son rapport d’activité 2020, la structure défend l’idée que « chacun, même sans capital, même sans diplôme, peut devenir entrepreneur s’il a accès au crédit et à un accompagnement professionnel, personnalisé, fondé sur la confiance, la solidarité et la responsabilité. »

Si, sur les trois milles d’entrepreneurs individuels que nous accompagnons, dix pour cent se mettent au vélo, ce serait déjà énorme.

Une somme d’intérêts et de compétences

Ces mots-là semblaient avoir vocation à atterrir un jour dans les oreilles de l’écosphère vélo. Les deux mondes se télescopent en 2019 du côté de Grenoble, où prennent langue une représentante régionale de l’ADIE et une cycliste du collectif Les Boîtes à vélo France, dont l’expertise sur ces thématiques remonte dès avant sa création du côté de Nantes en 2015. La convergence d’intérêts et la complémentarité de compétences s’imposent comme une évidence. Pour que le triangle se referme, la jonction s’opère à la faveur d’un appel à programmes « Développer la logistique et la mobilité économes en énergies fossiles » initié par le ministère de la Transition écologique pour la période 2019-2022. Ma Cycloentreprise est née. Elle est dotée d’un budget de 2,5 millions d’euros et est portée conjointement par l’ADIE, Les Boîtes à vélo et l’entreprise Eni. Son objectif est de former sur trois ans 3 000 micro-entrepreneurs à la cyclomobilité professionnelle, d’en accompagner 1 000 techniquement et 450 financièrement. Mathieu Cloarec, directeur et responsable du développement des Boîtes à vélo, salue un programme « à la fois ambitieux, réaliste et pragmatique, et surtout en phase avec l’un de nos objectifs de toujours : déboucher à terme sur une génération d’entrepreneurs vélo-natifs. »

Les trois étages de la fusée

Concrètement, le dispositif se déroule en trois temps. D’abord, des formations collectives gratuites en présentiel (huit personnes au maximum), sur une demi-journée, dans les locaux d’un des partenaires en région, au cours desquelles les aspects incontournables de l’entreprenariat à vélo en milieux urbain et périurbain sont abordés (sécurité, choix du matériel, essais…). Ensuite, selon le degré de maturité du projet, vient le temps d’un accompagnement technique personnalisé, dispensé par un membre du réseau Les Boîtes à vélo. Enfin, un accompagnement individuel et financier est proposé par ADIE pour les micro-entrepreneurs n’ayant pas accès au crédit bancaire, avec l’alternative du microcrédit et d’une prime de 1 800 euros plafonnée à 20 % du coût d’acquisition du vélo, ainsi que le prévoit le dispositif.

Un démarrage en côte

Alors que les étoiles se sont alignées au moment de l’élaboration de cette feuille de route, la mise en pratique à partir de janvier 2020 s’est rapidement heurtée à un imprévu de taille planétaire : la pandémie de Coronavirus et, à l’échelle française, le confinement national qui s’en est suivi.
« Nous aurions pu décider de ne rien faire et attendre, se souvient Bruno Gautier, directeur du développement à l’ADIE. Nous avons au contraire choisi d’y aller. » Initier, acculturer, structurer un écosystème : tels seront les mantras de la phase pilote que constituera le reste de l’année 2020 avec, sous réserve de cieux sanitaires plus cléments, une pérennisation en ligne de mire pour les deux années restantes de cet engagement triennal. Le potentiel est là. « Si, sur les trois milles d’entrepreneurs individuels que nous accompagnons, dix pour cent se mettent au vélo, ce serait déjà énorme » se projette Fabienne Kerzerho, directrice régionale de l’ADIE sur le secteur Grand Ouest. « Jusqu’ici, peu d’actifs vont au travail à vélo, et encore moins chez les indépendants. Or, les trois-quarts des personnes à qui l’ADIE accorde un microcrédit sont encore en activité trois ans après, le jeu en vaut clairement la chandelle. »

Se rendre à vélo de son domicile à son travail et vice-versa est une chose. Travailler à vélo, c’est encore autre chose.

Premiers tours de roues

De tout cela, David Sinbandhit est sans doute l’un des mieux placés pour parler. C’est par les réseaux sociaux que cet architecte de formation a eu vent du dispositif. En juin 2020, le Rennais est de la toute première session dispensée en Ille-et-Vilaine. Au clair sur son business plan de jardinier-paysagiste à vélo – son entreprise s’appelle Un cycle, des jardins -, il s’était rapproché du collectif local Toutenvélo pour évaluer ses besoins, lequel l’avait à son tour aiguillé vers l’ADIE pour les possibilités de financement. « Le contact avec le conseiller a été très bon, souligne l’ancien éducateur spécialisé. C’est important de le préciser car, depuis cinq ans que je mûris ce parcours de reconversion plus en phase avec mes convictions écologiques et citoyennes, ça n’avait pas toujours été le cas. Les banques ont encore souvent le sourire en coin lorsque vous arrivez avec votre projet d’entrepreneur à vélo. Avec l’ADIE, j’ai senti une écoute et une confiance qui font du bien lorsque l’on se lance. »

Des lieux ressources pour se ressourcer

Ma Cycloentreprise est une offre proposée sur l’ensemble du territoire national, même si l’axe Clermont-Dijon-Besançon nécessite encore d’être étoffé selon les responsables interrogés. « Dix-huit de nos sites ont vocation à fournir cet accompagnement technique, confirme Bruno Gautier, avec un pilotage national et une mobilisation de nos équipes territoriales pour la partie communication et back office. » Les prochaines étapes ? Outre les enjeux évidents du déconfinement (présentiel, évènementiel…) sur une dynamique qui « quoi qu’il arrive, aura fait gagner du temps à toute une génération » dixit Gaétan Piegay, responsable projets aux Boîtes à vélo, une réflexion sur l’environnement immédiat et les assurances proposées à ces entrepreneurs est déjà amorcée. « Une étude d’impact pour voir où ils en sont au bout de six mois, ainsi qu’un guide pratique destiné à permettre aux bénéficiaires du programme d’activer les bons leviers dans leurs démarches » sont également dans les tuyaux selon Céline Morin, responsable communication des Boîtes à vélo. Surtout, un appel à candidatures doté de 50 000 euros a été lancé pour la création de tiers-lieux multifonctions, endroits ressources permettant de proposer un stationnement, mais aussi un point de chute pour les pauses repas, les rendez-vous ou les tâches administratives auxquelles, cyclistes ou non, les micro-entrepreneurs n’échappent pas. Comme le rappelle justement Mathieu Cloarec, « se rendre à vélo de son domicile à son travail et vice-versa est une chose. Travailler à vélo, c’est encore autre chose ».

Propos recueillis par Anthony Diao

En savoir plus : www.macycloentreprise.fr

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