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Deux ans du Plan vélo, 12 % de part modale vélo en 2030

Une première pour les Rencontres Vélo & Territoires. Et pourtant, tout avait été soigneusement préparé depuis des mois par le département de la Somme pour accueillir les acteurs vélo de la France entière à Amiens. Crise sanitaire oblige, ce grand rendez-vous annuel de l’écosystème vélo français se déroule à distance cette année. Près de 250 personnes des quatre coins de la France, voire des pays voisins, étaient connectées aux premières séquences numériques les 1er et 2 octobre. Si l’année 2020 est étrange et pleine d’incertitudes, elle fait le plein d’annonces en faveur du développement de la pratique du vélo. La table ronde d’ouverture des 24es Rencontres Vélo & Territoires proposait justement de faire le point sur la situation, deux ans après le lancement du Plan vélo. Morceaux choisis.

Accélération des politiques cyclables

« Les annonces ministérielles à l’occasion des deux ans du Plan vélo étaient un moment fort pour Vélo & Territoires et un message clair aux territoires » introduit Chrystelle Beurrier, la présidente de Vélo & Territoires, qui se réjouit que « l’État ait entendu l’appel des habitants, des territoires, des usagers, des partenaires et des socio-professionnels et soit aux côtés des collectivités aujourd’hui ». Sur fond de Covid-19, les politiques cyclables ont fait un bond en avant ces derniers mois. « Il y a un an vous m’avez accueilli pour les Rencontres Vélo & Territoires en Anjou. J’ai l’impression d’être des années plus tard » résume Thierry du Crest, coordinateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo, pour qualifier la situation actuelle. Concrètement, quelles sont les annonces ? Côté Fonds mobilités actives, France Relance abonde de 100 millions d’euros supplémentaires sur deux ans le budget initial annoncé en 2018, soit une augmentation de 29 %. Devant le succès du premier appel à projets « Continuités cyclables » 2020 avec 186 projets lauréats, sur 127 territoires, qui bénéficieront d’une aide totale de 70 millions d’euros de subventions, l’État a lancé une deuxième édition 2020 axée sur le fait de « pérenniser des aménagements cyclables de transition ou tout simplement déployer de nouveaux itinéraires sécurisés » indique Thierry du Crest. Vélo & Territoires invite ses collectivités adhérentes à candidater à ce deuxième appel à projets avant le 30 octobre prochain. A ces investissements s’ajoutent la Dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) et à l’investissement des départements (DSID) mobilisables auprès des préfets pour soutenir la réalisation des projets cyclables des collectivités. La DSIL est augmentée d’un milliard d’euros cette année dans le cadre de France Relance. Côté remise en état de vélos, plus de 620 000 vélos ont été réparés en quatre mois grâce au Coup de pouce vélo. Pour atteindre l’objectif d’un million de vélos réparés d’ici la fin d’année, le dispositif est augmenté de 20 millions d’euros. Côté aide à l’achat d’un VAE, l’État double la prime des collectivités dans la limite de 200 euros. Des annonces prometteuses ? Pour Thierry Du Crest « il n’y a jamais eu autant de financements pour le vélo. La balle est maintenant dans le camp des territoires pour atteindre les objectifs. Ce n’est pas l’État qui investit. L’État ne peut que soutenir les collectivités. »

Chrystelle Beurrier aux côtés de Barbara Pompili et Jean-Baptiste Djebbari lors de la conférence de presse des deux ans du Plan vélo

Stimuler les politiques cyclables là où il n’y en a pas

Pour tenir le cap stratégique de 12 % de part modale en 2030, le vélo doit encore gagner du terrain. Au sens propre comme au figuré. « 12 % de part modale, cela correspond à la part modale vélo en Allemagne aujourd’hui. La grosse différence ? L’Allemagne voit aussi une augmentation de la pratique en banlieue et dans les villes moyennes » souligne Elodie Barbier Trauchessec, animatrice mobilités émergentes à l’Ademe. « Nous avons besoin que le vélo décolle partout, pas seulement dans les grandes villes. C’est pour cela que la ministre de la Transition écologique et solidaire a annoncé le lancement d’un programme AVELO 2. » Au programme de ce dernier ? Initier des politiques cyclables dans 400 territoires ruraux et périurbains supplémentaires, en les accompagnant notamment dans la conception de schémas directeurs. Une enveloppe de 25 millions d’euros est disponible sur quatre ans pour couvrir petit à petit la France entière de politiques cyclables locales. « Ce programme est crucial » insiste Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables. « La volonté dans les petits territoires est là, mais ils ont besoin de l’ingénierie. Ils n’ont pas les moyens pour faire un plan vélo. Nous avons le risque que la volonté des collectivités retombe, non pas en raison du financement, mais par manque d’appui technique et d’expertise. » Sous conditions d’un environnement favorable, le vélo est un outil pertinent dans tous les territoires. Réduire la fracture cyclable et développer la pratique du vélo dans les banlieues, les communes de deuxième couronne des grandes agglomérations et l’espace rural, c’est stratégique. Pour ce faire, Vélo & Territoires invite tous les territoires peu denses et les autorités organisatrices de la mobilité à s’emparer massivement de l’appel à projets AVELO2, dont le lancement est prévu au premier trimestre 2021.

La recette clé pour 12 % de part modale en 2030 ?

Sur le terrain les choses bougent, la mobilisation des territoires porte ses fruits, les habitudes et les collaborations évoluent et les résultats sont là. Les bulletins fréquentation vélo et déconfinement de Vélo & Territoires le montrent : +29 % de passages de vélos depuis la sortie du confinement par rapport à la même période en 2019. Quadrupler la part modale vélo en dix ans ? Comment parvenir à cette prouesse en si peu de temps ? Pour Vélo & Territoires, il faut couvrir la France entière de politiques cyclables transversales, quadrupler les financements vélo pour passer à un investissement supérieur à 30 euros par an et par habitant, rendre continus et sécuriser les aménagements cyclables, pérenniser les 1 000 km d’aménagements cyclables de transition, favoriser l’intermodalité vélo + transports collectifs, déployer le stationnement sécurisé, rendre l’information accessible au plus grand nombre. « Si on veut aller vite, il faut aussi aider les collectivités en matière de procédures » ajoute Chrystelle Beurrier « notamment dans l’élaboration d’enquêtes publiques, pour les déclarations d’utilité publique, avec les Dreal. Une fois ces étapes franchies, il faut convaincre les propriétaires. C’est une deuxième étape très longue qui commence. Entre la prise de décision, l’élaboration de schémas directeurs et la concrétisation réelle, cela prend beaucoup trop de temps. » Autre levier d’action ? « Nous parlons beaucoup d’aménagements, de maillage, mais les services sont fondamentaux » insiste Elodie Barbier Trauchessec. « Grâce à eux, de plus en plus de Français se mettent au vélo. Essayer, c’est l’adopter. Les services VAE, quant à eux, permettent d’embarquer encore plus de monde et de territoires. » Mieux connaître les usages, les changements d’habitudes, les besoins et les contraintes des abonnés, c’est justement l’objectif de l’enquête nationale que l’Ademe mène sur les services vélo. Le questionnaire à destination des usagers est ouvert jusqu’au 25 octobre. Côté FUB, la vice-présidente Annie-Claude Thiolat pointe le besoin d’éduquer pour l’avenir « Nous avons besoin de former toute une nouvelle génération à vélo. Le programme savoir-rouler à vélo doit être rendu obligatoire pour qu’il émerge dans tous les territoires. On œuvre pour une culture commune. Les vélo-écoles adultes ne sont pas assez connues aujourd’hui. Il faut qu’on fasse feu de tout bois. » Le calendrier institutionnel doit entretenir l’élan. Après les élections municipales de cette année, qui ont consacré une place inédite aux modes actifs, les élections régionales et départementales devront faire de même l’année prochaine. Régions, départements, intercommunalités, communes, État, socio-professionnels, usagers, il faut que tous les acteurs s’y mettent et quadruplent l’effort actuel pour atteindre les objectifs affichés. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, résume le cap dans son adresse aux territoires : « Maintenant foncez encore plus vite, ensemble soyons au rendez-vous d’une France à vélo 2030. »

C’est officiel, l’Ardèche accueillera les 25es Rencontres Vélo & Territoires les 7 et 8 octobre 2021. Pour vous donner un avant-goût, visionnez la vidéo et découvrez le portrait de l’Ardèche dans Vélo & Territoires, la revue n°60.

Dorothée Appercel

Politiques cyclables