Vélo & Territoires

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La Sarthe

Extrait de Vélo & Territoires 35

Terre de naissance ou de passage d’Antoine de Saint-Exupéry, de François Fillon ou de Jo-Wilfried Tsonga, la Sarthe est un département où il fait bon voyager… une fois les itinéraires aménagés. Zoom sur une collectivité qui a mis un coup d’accélérateur sur le développement de ses véloroutes.

Interview de Yann Dréan

Chef du bureau Action économique et touristique du conseil général de la Sarthe

• Comment la Sarthe est-elle venue au vélo ?
Le département de la Sarthe présente de nombreux atouts pour la pratique cyclable et ceci pour deux raisons principales. Tout d’abord, la volonté politique du Département de s’appuyer sur les activités de plein air et de pleine nature. Ensuite la richesse et la diversité de nos paysages.

• La Sarthe est également connue pour ses épreuves cyclistes…
Le département de la Sarthe est, en effet, une terre de vélo depuis de très nombreuses années. Le Conseil général est ainsi partenaire et coorganisateur du Circuit cycliste Sarthe-Pays de la Loire –
anciennement Circuit cycliste de la Sarthe. Ce circuit a été créé en 1953 et compte à son palmarès les plus grands champions.

• A quand remonte le tout premier aménagement cyclable ?
A l’année 2002. Cette année-là, une première voie verte de 8,9 km a été créée. Elle relie les communes du Lude – connue pour son château Renaissance et la beauté de ses jardins – et Luché-Pringé, l’une des plus anciennes paroisses du Maine. Cet itinéraire a été complété en 2011 par une seconde voie verte de 10 km. Cette prolongation permet de relier La Flèche, commune connue pour son prytanée militaire où repose le coeur d’Henri IV et qui est aussi la ville de nais-sance du compositeur Léo Delibes. Cette liaison financée par le Conseil général permet de circuler à vélo entre Le Lude et La Flèche sans emprunter les grands axes de circulation.

• D’autres aménagements ont suivi, semble-t-il…
Oui. 12 km de voie verte ont également été inaugurés en juillet 2011 entre Mamers et Les Mées. Cette voie verte dite du Saosnois est aménagée sur le tracé de l’ancienne ligne de chemin de fer reliant Mamers à La Hutte. Elle est jalonnée et sécurisée, accessible aux piétons, aux cyclistes et aux personnes à mobilité réduite. Elle est surtout une invitation à découvrir la vallée du Rutin – classée site Natura 2000 –, les peintures classées monument historique de l’église de Vezot ou encore la motte féodale de Saint-Rémy-du-Val.

• Ces aménagements s’inscrivaient-ils dans un schéma ?
A ce moment-là, pas encore. C’est en effet au cours de cette même année 2011 que l’assemblée départementale a décidé d’apporter un soutien massif aux circulations douces en créant un axe “véloroute et voies vertes en Sarthe” structurant pour le Département et reliant les grands itinéraires Loire à Vélo au sud et Paris – Mont-Saint-Michel au nord. Cette décision a été concomitante avec l’engagement de la collectivité départementale et des acteurs sarthois dans l’élaboration d’un schéma départemental pour le développement économique et touristique de notre territoire pour les années 2012-2016. Ce plan a été adopté à l’unanimité. Le projet Sarthe à vélo y figure en bonne place aux côtés des autres actions de valorisation et de développement des filières touristiques.

• Quelles ont été les chevilles ouvrières de la mise en oeuvre de cette politique ?
Le projet Sarthe à vélo a fait l’objet du soutien des élus départementaux et notamment de Jean-Pierre Vogel, président de la commission de l’Emploi, du Développement économique et touristique, et de Louis-Jean de Nicolaÿ, président de notre agence de développement Sarthe Développement. Je tiens également à souligner l’implication forte de Véronique Rivron, notre élue référente. Elle est à la fois vice-présidente du Conseil général et actrice de longue date en matière de tourisme. Elle nous a apporté son aide et son appui sur le terrain afin de mener à bien ce projet.

• De quelle direction relève la mise en place de cette politique cyclable ?
D’un point de vue purement technique, ce projet a été piloté par la direction de l’Économie, de l’Emploi et de l’Insertion à travers son bureau de l’Action économique et touristique. Il convient de noter l’implication des autres services départementaux, dont les agences techniques départementales relevant de la direction des Routes, qui nous ont aidé à définir l’implantation des panneaux directionnels.

• Quels sont les grands axes de cette politique cyclable ?
La mise en oeuvre du schéma départemental La Sarthe à vélo est à la fois la concrétisation d’une démarche de développement durable et d’une volonté de mise en cohérence du Plan vélo-loisirs en Sarthe avec le Schéma régional des véloroutes et des voies vertes des Pays de la Loire. Etant reconnue comme priorité touristique départementale dans le projet de mandat du président du Conseil général, la mise en oeuvre du Schéma vélo est planifiée sur la période 2012-2014. L’inauguration du tracé est quant à elle programmée pour le mois de juin 2014. À noter que dans le cadre de la mise en oeuvre de ce projet, le Conseil général a souhaité promouvoir l’emploi de personnes rencontrant des difficultés particulières d’insertion et lutter contre le chômage. Le titulaire du marché de pose de la signalisation directionnelle qui a été retenu a ainsi dû mobiliser pour la durée du marché au moins 20 % d’heures allouées à l’emploi des personnes en parcours d’insertion.

• Combien de kilomètres sont concernés ?
La Sarthe à vélo représente environ 420 km d’itinéraires inscrits aux schémas régional et national. Elle emprunte majoritairement des routes à faible trafic, le reste étant en site propre.

• Quel est le ratio entre site propre et site partagé, justement ?
L’itinéraire emprunte pour l’heure des portions existantes en site propre pour une longueur totale de 31 km, mais ce chiffre a vocation à augmenter à l’avenir. Il convient de noter également que notre Schéma départemental vient se fixer sur le projet en cours de réalisation Boulevard Nature porté par Le Mans Métropole. Ce projet concerne 72 km autour du Mans.

• Combien de kilomètres ont été réalisés ?
À ce jour, les 420 km d’itinéraires sont jalonnés. Des panneaux directionnels ont été implantés aux carrefours le nécessitant. Sur ces panneaux figurent notamment les numéros de la véloroute nationale (V44 pour l’itinéraire Alençon – Fresnay-sur-Sarthe – Le Mans – Noyen-sur-Sarthe – La Flèche, V47 pour l’itinéraire La Flèche – Château-du-Loir – Ruillé-sur-Loir), ainsi que les directions et les mentions kilométriques. Il importe de noter qu’un logo spécifique “Le Loir à vélo” est présent sur le jalonnement directionnel compris entre La Flèche et Ruillé-sur-Loir. Cet itinéraire a en effet vocation à se poursuivre au sein des départements de Maine-et-Loire et du Loir-et-Cher.

• Quels tronçons apparaissent dans ce schéma départemental ?
Le schéma La Sarthe à vélo est composé de la V44 qui relie Alençon à La Flèche, et la V47 et la vallée du Loir à vélo qui relie La Flèche à Ruillé-sur-Loir. Il existe par ailleurs quatre itinéraires inscrits au Schéma régional. Le premier est une variante de la V44 qui relie Alençon à Beaumont-sur-Sarthe. Le deuxième est une autre variante qui relie Le Mans à Château-du-Loir. Les deux derniers sont des liaisons vers le Maine-et-Loire et la Mayenne. L’une relie Noyen à Sablé, l’autre La Flèche à Bazouges-sur-le-Loir.

• Quelles sont les prochaines échéances cyclables de la Sarthe ?
D’ici à l’inauguration du mois de juin et en partenariat avec notre agence Sarthe Développement et les Pays, nous allons implanter des Relais d’informations services (RIS) ainsi que des totems. Le but
est d’apporter une information aux utilisateurs sur le tracé sarthois, son interconnexion avec les boucles locales ainsi que leur ouvrir des perspectives de visite sur les richesses patrimoniales et naturelles locales. Nous allons aussi poursuivre le développement de la labellisation de la marque nationale “Accueil Vélo” auprès des professionnels du tourisme (hébergeurs, loueurs et réparateurs de vélos, les offices de tourisme et les sites). A ce jour, près de 30 sites ont obtenu le label.

• Quel budget le Département consacre-t-il à sa politique vélo ?
Le Conseil général a mobilisé une enveloppe spécifique de 280 000 € pour la seule signalétique directionnelle et les panneaux d’information. A quoi s’ajoutent nos participations à la création des deux voies vertes précitées, soit une enveloppe globale de 178 000 €, ainsi que notre participation annuelle à l’entretien des routes départementales.

• Comment cela se passe-t-il au niveau de l’intercommunalité ? De la Région ?
L’implantation des panneaux directionnels a été fixée en accord avec les communes ou les intercommunalités. Le projet La Sarthe à vélo est cofinancé par la Région Pays de la Loire à hauteur de 48 612 €. Il est également éligible aux crédits Feder puisqu’il répond aux objectifs et critères des actions de la mesure 3.1.6. du Domo-Feder.

• Etes-vous confrontés à des difficultés majeures pour mettre en place cette politique ?
Pas de difficulté, hormis la présence de quelques dénivelés tels que ceux présents dans les Alpes mancelles. Ces dénivelés feront l’objet d’une mention particulière dans les documents de promotion de l’itinéraire.

• Quelles sont les échéances en termes de signalisation ? Des témoignages font état de portions en site partagé de la V44 et de la V47 qui empruntent des RD fréquentées sans que ce soit forcément signalé au départ…
Notre tracé répond au cahier des charges des véloroutes et voies vertes. Des informations complémentaires seront fournies sur les docu-ments de promotion à venir. Elles concerneront, comme je l’ai dit précédemment, le dénivelé, mais aussi la nature du revêtement, les portions roulantes, etc.

• Quel est le public visé par ces aménagements ?
Notre parcours se destine avant tout aux pratiquants du vélo loisirs. Il n’interdit pas pour autant de recevoir un public cyclo plus assidu. L’ambition de notre projet est double. Il s’agit d’offrir aux Sarthois différentes propositions de balades, mais aussi de capter un public itinérant attiré notamment par La Loire à Vélo, qui viendrait traverser notre département et s’y arrêter quelques jours pour en découvrir tout le charme. La Sarthe présente en effet de nombreux trésors, qu’il s’agisse des rues médiévales du vieux Mans dominées par l’imposante cathédrale Saint-Julien, chef-d’oeuvre des bâtisseurs du Moyen Âge, à celles d’Asnières-sur-Vègre, une des neuf petites cités de caractère de la Sarthe, de la pureté de l’abbaye cistercienne de l’Epau à la splendeur de l’abbaye de Solesmes, haut lieu du chant grégorien, ou encore de la grâce des châteaux du Lude et du Grand-Lucé aux rudes forteresses qui dominent la campagne… La Sarthe propose également des paysages naturels remarquables. Nous disposons d’un réseau hydrographique de plus de 80 km. Je n’oublie pas le circuit des 24-Heures et son magnifique musée de l’automobile, les faïenceries de Malicorne… Bref, il y a là bien des invitations à découvrir notre patrimoine.

• Un plan de communication et de valorisation de ces itinéraires est-il prévu ?
Absolument. Il se concrétisera au travers de la présence de notre parcours sur le site de France Vélo Tourisme ainsi que sur le site touristique de la Région des Pays de la Loire qui, d’ores et déjà, relaie nos offres touristiques de séjours packagés vélos. Par ailleurs notre partenaire Sarthe Développement finalise actuellement le contenu du futur site Sarthe à vélo. Ce site proposera l’ensemble des informations relatives à notre parcours. Il devrait être mis en oeuvre très rapidement.

• Une question classique, pour finir : trouvez-vous vous même un moment pour pratiquer le vélo ?
Oui. Je le pratique régulièrement à titre privé et j’utilise les vélos mis à notre disposition par notre collectivité pour nos rendez-vous professionnels.

Interview de Véronique Rivron

Vice-présidente du conseil général de la Sarthe, présidente de la commission Culture, Jeunesse et Sports

Que représente pour le Conseil général l’inauguration du mois de juin à venir ?

C’est un moment important. Cette inaugu-ration permet de relier deux symbo-les historiques du patrimoine français, à savoir le Mont-Saint-Michel d’une part et les châteaux de la Loire d’autre part. Nous escomptons également bénéficier des retombées économiques de La Loire à Vélo, dont les 800 000 usagers recensés pour la seule année 2013 ont généré 79 € de dépenses par jour et par personne, là où les autres touristes ne dépensent “que” 61 € par jour en moyenne.

La question de la multimodalité est également dans l’air du temps. Qu’en est-il sur le territoire de la Sarthe ?

C’est un enjeu pour notre Département mais également pour la Région. Entre ses 400 manoirs répertoriés, la cathédrale Saint-Julien du Mans et un relief qui passe en quel-ques kilomètres du montagneux au nord aux vignobles du sud du département, la Sarthe ne manque pas d’atouts touristiques. Offrir un accès en train puis la possi-bilité de poursuivre à pied, à vélo ou à cheval est totalement en phase avec les caractéristiques de notre territoire.

Quel bilan tirez-vous du chemin parcouru ces dernières années ?

Il est considérable. A titre personnel, j’ai commencé à travailler sur ces questions sous la présidence de Roland du Luart et continue avec la même conviction sous la prési-dence de Jean-Marie Geveaux. J’ai également la chance de côtoyer le dynamisme de responsables comme Louis-Jean de Nicolaÿ et Jean-Pierre Vogel. La Sarthe était déjà un territoire authentique et dépaysant situé à une petite heure de Paris. Nos efforts portent aujourd’hui sur son accessibilité et s’inscrivent en plein dans les problématiques de développement durable. C’est une étape importante.

Au-delà de l’inauguration de juin, comment envisagez-vous la suite ?

Le maître mot sera de continuer. Cela commencera par le Boulevard Nature du Mans que nous espérons voir terminé le plus tôt possible pour répondre aux attentes des Manceaux, et permettre ainsi à chaque Sarthois de trouver chaussure à son pied. En 2011, une étude a montré que 800 km de véloroutes et voies vertes avaient géné-ré quelque 15,8 millions d’euros de retombées économiques. Nous espérons bien qu’avec nos 400 km supplémentaires, nous apporterons notre pierre à l’édifice !

Trouvez-vous vous même le temps de rouler à vélo ?

J’ai un vélo et le Département met des vélos à disposition pour nous rendre à nos rendez-vous professionnels. Dans la réalité, je roule surtout en vacances. C’est d’ail-leurs là l’un des paradoxes de la “cause” : pour convaincre les uns et les autres de s’impliquer sur nos différents projets, il faut aller les chercher un par un. Cela deman-de du temps, de l’énergie et surtout cela implique des kilomètres ! Surtout, je pense que les mœurs évoluent. Le culte de la vitesse tend à s’estomper. Les voitures sont moins polluantes et roulent moins vite. Tout ceci contribue à sécuriser peu à peu le cycliste sur les sites partagés.

Propos recueillis par A. D.

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