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Plan vélo 2.0 : volontarisme, financement et ingénierie… les territoires en première ligne !

Plénière d’ouverture des 26es Rencontres Vélo & Territoires dans le Cher

Le vélo s’invite à tous les étages. Premier signal fort : le 20 septembre dernier, la Première ministre en personne annonçait, entourée de cinq autres ministres spécialement réunis pour l’occasion, un nouveau Plan vélo 2.0 pour 2022-2027. Le 6 octobre, le développement de l’usage du vélo tenait à nouveau son rang parmi les mesures du plan de sobriété énergétique. Dans quelques semaines, la filière économique du vélo devrait être lancée officiellement. Des annonces pour promouvoir et amplifier les mobilités actives et faire du vélo un mode de transport clé pour les déplacements du quotidien. Pour répondre à cet objectif de « vélo partout, pour tous », l’État avance la mise à disposition de moyens concrets face aux ambitions. Mais celles-ci ne seraient rien sans l’action des collectivités, financement et ingénierie à l’appui…

« Réunir 500 personnes autour de la question cyclable, c’était presque de l’utopie en 2020 mais aujourd’hui les planètes sont alignées ! ». C’est sur ce constat général de prise en considération du poids du vélo en France que Chrystelle Beurrier, présidente de Vélo & Territoires, a ouvert mercredi 6 octobre à Bourges ces 26es Rencontres. Avec 123 territoires représentés, usagers et contributeurs, de nombreux acteurs de la planète vélo s’étaient donné rendez-vous en Centre-Val de Loire, à l’invitation du Département du Cher, de la Région, de Bourges plus et de la Ville, pour deux journées et demie d’échanges constructifs et chaleureux.

Le vélo pose ses jalons au national

Retour quatre ans en arrière, en 2018. Le gouvernement posait un premier jalon en faveur des politiques cyclables. Bilan aujourd’hui : 410 millions d’euros, 1 000 projets soutenus sur la France entière, 3 millions de vélos identifiés, 170 000 enfants formés au Savoir Rouler à Vélo (SRAV). « L’objectif était de faire passer le vélo d’un monde de militants à un mode de déplacement à part entière : c’est réussi, il n’y a plus d’ambiguïté », avance Thierry Du Crest, Coordonnateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo.

Ces quatre années ont été marquées par une prise en compte consciente et inconsciente de la montée en puissance du vélo et deux crises profondes sur le plan sanitaire, climatique et économique. Le vélo a su tirer son épingle du jeu et montrer toute sa pertinence. Le rapport du   est arrivé à ce moment d’écoute, début février 2022. Le gouvernement a pris acte, le vélo n’est plus un « gadget » mais bien une alternative crédible et attractive à la voiture individuelle pour les déplacements de proximité : « la présentation dès le début du mandat d’un plan vélo et d’une trajectoire de travail portée par la Première ministre et cinq ministres, avec une couverture médiatique particulièrement forte est surprenante, car le vélo ne figurait pas au cœur de la période électorale contrairement à la voiture… il y a bien un changement ! », relève le député.

Si, sur le plan économique, l’auteur du rapport évoque une nécessaire articulation à trouver entre développement régional et filière nationale des acteurs du vélo, cette mobilisation de tout l’écosystème vélo, au local comme au national, est toute aussi indispensable pour faire de la France une vraie nation du vélo. Un discours que Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports a tenu à rappeler dans sa vidéo d’ouverture adressée aux congressistes : « Ce Plan vélo ne se construira pas sans vous, sans les territoires qui œuvrent à la construction des politiques cyclables et sans qui l’élan national sur lequel nous bâtissons aujourd’hui n’aura pas de réalisation concrète ».

« Il faut que ça parte des territoires »

La position de tous est unanime : le vélo doit être l’un des piliers de notre politique et pour cela, « il faut que ca parte des territoires ». Avec un vrai portage politique et une dimension interministérielle, un cap semble franchi. Et côté collectivités, les chiffres de la fréquentation en hausse (+31 % de passages de vélos en 2022 par rapport à 2019), illustrent un sacré pas en avant. Pour Chrystelle Beurrier : « les annonces sont de bon augure même si ne va pas assez loin, il faut être plus ambitieux ».

Infrastructure, maillage, stationnement, SRAV, généralisation du Fonds de Mobilité Durable (FMD), tourisme à vélo, filière économique du vélo… il faut déployer beaucoup d’actions pour aboutir au système vélo. Localement, les territoires se mobilisent, expérimentent, à l’image de la Région Centre-Val de Loire pour laquelle le vélotourisme constitue depuis longtemps un levier de l’identité régionale. La Région entend aujourd’hui passer à la vitesse supérieure et aller sur le vélo du quotidien. « Nous écrivons de nouveaux cadres d’interventions pour appuyer les territoires et les fédérer avec une dimension de l’intermodalité très puissante et le vélo comme maillon essentiel de la chaîne », précise François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire.

Quel que soit le territoire du reste, les intervenants pointent la nécessité d’une volonté politique forte et d’une animation locale auprès des collectivités en , en complément de projets structurants. La communication auprès des citoyens est un autre préalable pour que ces derniers s’approprient le réseau, parfois même avant sa réalisation. « Cela nous a permis de faciliter l’adhésion des maires et l’envie d’aménager le territoire », résume Fabien Bagnon, vice-président en charge de la voirie et des mobilités actives du Grand Lyon, évoquant le projet phare des voies lyonnaises . Un travail avec les citoyens et les associations d’usagers qui, sur le terrain, constituent de véritables experts d’usage en capacité d’accompagner les politiques cyclables. Autrement dit, il faut faire évoluer nos modèles et changer de paradigme pour faire accélérer la feuille de route et sa mise en application.

Des pistes pour aller plus loin, plus vite

Des pistes de travail ont été esquissées en plénière des Rencontres puis creusées l’après-midi même par l’assemblée générale de Vélo & Territoires. Financements, ingénierie augmentée, modalités pratiques, coopération… au niveau national d’une part et dans les territoires d’autre part, comment faciliter le passage à l’action ?

Avec des financements toujours. Les Français sont prêts à se mettre sur une bicyclette, mais il faut que les parcours soient sécurisés. L’enveloppe utile estimée est de minimum 30 € par an par habitant d’investissement, Etat et collectivités confondus, soit 2,5 milliards d’euros sur le quinquennat. Quand le Gouvernement irlandais entend investir « 73 € par an par habitant pour les modes actifs », consacrant 10% du budget de transport au vélo et 10% à la marche, cette somme est à relativiser selon Henk Swarttouw, président de l’European Cyclists’ Federation (ECF).

La planification ensuite : « le premier Plan vélo a permis de lever certains freins à la pratique, il faut désormais une loi de programmation », avance Guillaume Gouffier-Cha. Et un travail en transversalité attendu par les acteurs locaux, avec les Contrats de Plan Etat – Région (CPER) et leur volet mobilités en ligne de mire et un comité interministériel du vélo « souple et agile », que les acteurs de l’Alliance pour le vélo  appellent de leurs vœux.

Une question de moyens financiers donc, mais aussi d’ingénierie, notamment en territoires peu denses souvent bien moins outillés. « Il faut faire un effort particulier sur les territoires qui n’ont pas encore commencé leur transformation cyclable et se donner les moyens humains pour incuber la culture vélo », insiste Olivier Schneider, président de la FUB. Le manque de ressource humaine est identifié comme l’un des facteurs limitants, d’autant plus dans une culture de l’infra formée pour l’automobile. La formation passe par une filière et des acteurs à structurer.

Reste à convaincre les citoyens, ces « cyclistes qui s’ignorent » et qui feront avancer la part modale. La vocation des territoires est de « planter les graines pour que les gens se réapproprient l’outil vélo », évoque Chrystelle Beurrier, et ce dès le plus jeune âge. Or « en France, on a la culture Tour de France mais pas la culture vélo », ajoute Patrick Guinard, président de l’APIC, « il faut sensibiliser aux mobilités actives » et rentrer dans une dynamique de proximité, de « sobriété désirable ». Pour cela il faut accompagner le changement de pratique, articuler les systèmes, expérimenter. L’exemple hollandais fait rêver, avec 50 % des voyageurs qui accèdent à la gare à vélo…

Avec 3,5 % de part modale nationale, la France est en effet loin de l’objectif de 12 % fixé pour 2030 ! S’il est difficile de comparer ces données à l’échelle européenne, Henk Swarttouw salue cependant la singularité de la France à plusieurs égards : « le rôle de Matignon et l’engagement de la Premier ministre sont uniques en Europe ; avec le lancement de la filière vélo, secteur prometteur qui crée des emplois et ajoute de la valeur, la vitesse de développement du cyclisme en France est plus rapide que dans d’autres pays européens ». Tous les territoires cependant n’ont pas franchi le cap et la marche reste haute pour faire de la France une vraie nation cyclable. « Le feu est à l’orange clignotant car le chemin reste encore chaotique », tempère Annie-Claude Thiolat, vice-présidente de la FUB.

Le pouvoir public a donc un rôle à jouer pour rendre la solution vélo possible et le potentiel est immense. Chacun a le pouvoir d’agir pour gravir les marches collectivement ! Il y a de la volonté, de l’expertise et de l’envie, alors « passons à la vitesse supérieure, ensemble », pour reprendre les propos du ministre Clément Beaune. Pour cela, les territoires sont véritablement en première ligne.

Karine Lassus

Politiques cyclables