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Territoires peu denses, comment agir pour le vélo à tous les niveaux ?

Dans les territoires périurbains et ruraux, peu pourvus en gares et peu desservis par les cars, l’usage de l’automobile est prégnant. Pour Elodie Barbier-Trauchessec, animatrice « mobilités émergentes » à l’Ademe, « le développement soutenu de l’usage du vélo est un facteur clé pour aller vers une mobilité durable ». Un constat partagé par l’ensemble des participants à l’atelier « Territoires peu denses, comment agir pour le vélo » organisé dans le cadre des 25es Rencontres Vélo & Territoires. À cette occasion, l’Ademe et Vélo & Territoires s’associaient pour identifier les leviers dont disposent ces territoires pour conduire leur politique cyclable, à travers cinq retours d’expérience locaux.

Des outils nationaux au service des territoires pour développer le vélo

Ces publications sont déclinées en étapes méthodologiques pour passer à l’action et illustrées de retours d’expérience locaux.

Les territoires peu denses dans toute leur diversité

Si les cinq territoires témoins peuvent être qualifiés de ruraux, ils illustrent néanmoins une grande diversité de typologies et d’échelles de territoire : une organisation supra-intercommunale (Sud Ardèche), un Département (Mayenne), une société publique locale (agence Ecomobilité Savoie Mont-Blanc), une Communauté de communes (Oléron) et un Parc naturel régional (Luberon) ont présenté leurs actions. La preuve qu’un territoire, à différentes échelles, peut agir sur le développement du vélo de multiples façons. Planification, services, communication… autant de leviers à mobiliser.

Accompagner les EPCI et mutualiser les compétences

Le département de la Mayenne accompagne ses EPCI pour le développement du vélo. Dans ce territoire de bocage, où les 310 000 Mayennais utilisent encore très peu le vélo pour leurs déplacements quotidiens, chaque nouvel aménagement cyclable doit tenir compte de forts enjeux de préservation de la biodiversité. Delphine Montagu, chargée de mission déchets et mobilité au Département, explique : « sous maîtrise d’ouvrage, le Département prend en charge à 100 % la réalisation d’aménagements cyclables en bord de route départementale et propose par ailleurs des subventions aux communes et EPCI pour la réalisation de leurs propres infrastructures ». L’objectif ? Soutenir des aménagements vertueux et veiller à la cohérence des politiques cyclables entre les EPCI. Certains principes doivent cependant être respectés : limiter l’emprise foncière, préserver la biodiversité et limiter l’impact carbone, en privilégiant notamment le choix d’enrobés à froid. Le montant annuel du département de la Mayenne alloué à ces aides est de 1,9 million d’euros. « Un effort important », souligne Elodie Barbier-Trauchessec. « Ce fort portage politique par le Département a assuré une couverture de 100 % des EPCI par des schémas directeurs cyclables, ce qui représente un taux exceptionnel ! ».

Autre exemple, autre niveau. En Sud Ardèche, six intercommunalités se sont réunies pour réaliser un schéma directeur cyclable commun grâce à une enquête menée auprès de 1 000 habitants du territoire. Andréa Tisné, chargée de mission coordination et animation de la politique vélo Sud Ardèche, met en relation les intercommunalités partenaires et les acteurs du vélo. Par une convention de service unifié, la chargée de mission travaille en alternance dans chacune de ces six communautés de communes – un poste d’ailleurs financé par l’Ademe dans le cadre du programme AVELO. « Je travaille une semaine sur les problématiques particulières d’une communauté de communes, puis je passe à la suivante, explique Andréa Tisné. Si cette gouvernance originale demande beaucoup d’organisation, elle permet aussi de réduire les coûts, de mutualiser les compétences, de créer des synergies locales et d’assurer la cohérence globale des documents de planification vélo. »

Développer des services vélos pour les habitants

Les services sont un incontournable pour développer l’usage du vélo en territoire peu dense. L’agence Ecomobilité Savoie Mont-Blanc, Société publique locale (SPL) œuvrant en Savoie et en Haute-Savoie pour accompagner ses territoires membres dans la mobilité durable, participent largement au déploiement de ces services. En 2018, la SPL a lancé, via la vélostation Cœur de Savoie, un service de location de deux semaines permettant aux habitants de Montmélian et de ses alentours de tester le vélo mécanique, le VAE et la remorque enfant, au tarif de 30 euros ou à un tarif solidaire de 15 euros. La vélostation tient également des permanences délocalisées dans deux parcs d’activités afin de permettre aux salariés de ces zones d’essayer le VAE.  Puis, en 2020, l’agence Ecomobilité a ouvert Vélodéa – Grand Lac qui propose de la location longue durée aux habitants. « Il s’agit d’un service qui accompagne l’aide à l’achat d’un VAE, fourni directement par les communes », explique Clément Bocquet, responsable des services vélos à l’agence. L’offre est composée de 210 VAE, 50 vélos classiques, deux vélos cargo, vingt vélos enfants, un Benur et un vélo-bus. La location peut s’étendre de la demi-journée à l’année (excepté pour les vélos spéciaux). Ce service est complété par cinq relais et antennes de location en mairies et agences France Service et par six consignes à vélos, dans la gare SNCF d’Aix-les-Bains et dans des parkings relais situés dans des zones d’activités.

Campagne de sécurité routière menée par la communauté de communes d’Oléron

Communiquer pour mieux sensibiliser

Communiquer sur l’offre d’aménagements cyclables et de services vélo est également une étape clé pour sensibiliser habitants et touristes à la pratique du vélo. La communauté de communes d’Oléron l’a bien compris. Le différentiel de nombre d’habitants à l’année (22 000) et d’habitants l’été (300 000) sur l’île entraine des conflits d’usage. En période estivale, lorsque la fréquentation des 151 km d’aménagements cyclables de l’île atteint un pic, de nombreux cyclistes finissent par emprunter la route. Le pont qui relie l’île au continent est gratuit : le trafic automobile sur le territoire de la communauté de communes est donc souvent très dense et les bouchons ne sont pas rares. Ces particularités insulaires soulignent l’intérêt du vélo dans l’aménagement public, mais aussi la nécessité de mieux communiquer entre les différents usagers pour apaiser les tensions. « Deux campagnes de sécurité routière ont été menées pour sensibiliser automobilistes et cyclistes, témoigne Romain Buisson, chargé de mission déplacements à la Communauté de communes. À l’été 2020, une campagne de sécurité routière estivale incitait à un meilleur partage de la voirie grâce à un graphisme ludique et territorialisé : les estivants peuvent deviner le Fort Boyard en arrière-plan. Une campagne de sécurité routière nocturne a ensuite permis d’attirer l’attention sur la nécessité d’un bon éclairage. Cette action de sensibilisation s’est accompagnée de la distribution de kits d’éclairage vélos pour les jeunes iliens. »

De la nécessité de travailler en réseau

Le Luberon est un territoire reconnu du tourisme à vélo. Mais les déplacements des habitants à vocation utilitaire se font encore rarement à vélo. Pour remédier à cela, le Parc naturel régional a mis en place en janvier 2020 le Luberon Labo Vélo. Ce projet, également lauréat du programme AVELO, vise à accompagner les collectivités partenaires dans l’élaboration de leur politique cyclable en mutualisant les connaissances en matière de déplacements à vélo. Cinq intercommunalités, sept communes et les deux départements – le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence – ont conventionné avec le Parc pour bénéficier du programme et participer à son financement. Dans un premier temps, le Luberon Labo Vélo se focalise sur le développement du vélo en milieu urbain. A travers un rôle d’animation et de concertation avec les partenaires institutionnels, le Labo Vélo a permis l’élaboration de schémas directeurs cyclables dans deux communes partenaires. Les EPCI ont été ensuite accompagnés pour la mise en œuvre de leur schéma directeur, ainsi que le financement d’infrastructures et de services vélo. Ce projet mobilise aussi les acteurs locaux, via la création d’une association affiliée à la FUB. Pour Nicolas Amblard, chargé de mission pour le Parc naturel régional, « le projet a définitivement créé un effet réseau au niveau local ».

Composition du comité de pilotage de Luberon Labo Vélo

De la coopération supra-intercommunale, au financement des infrastructures cyclables, en passant par le déploiement de services vélo et d’une campagne de communication, de nombreux leviers peuvent être actionnés par les territoires peu denses pour agir sur le vélo. Un dernier conseil ? « Toujours rester en veille, rappelle Elodie Barbier-Trauchessec. 400 territoires pourront bénéficier bientôt du programme AVELO 2 porté par l’Ademe, dont le second relevé sera ouvert début 2022 ».

Myriam Bossard

​Pour aller plus loin :

Politiques cyclables