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Le vélo dans les grandes régions viticoles

De la vallée de la Loire à la Provence en passant par la Bourgogne, les grandes régions viticoles françaises sont toutes traversées par de nombreux itinéraires cyclables. La véloroute du vignoble d’Alsace, partie de l’EuroVelo 5, traverse sur plus de 134 km les plus grands crus alsaciens. Elle est aujourd’hui l’un des exemples français les plus remarquables des nombreux partenariats possibles entre vélo et vin. Les enjeux combinés de ces deux univers sont multiples et soulignent à quel point le mariage entre vélo et vin est une opportunité pour le développement des territoires et de la France à vélo.

La complémentarité du vélo et de la vigne

 

Découvrir les vignobles à vélo
Avec plus de 383 appellations (AOC, AOP et IGP
confondues) réparties sur 16 grands vignobles, les vignes font partie intégrante du patrimoine français. Les régions viticoles attiraient plus de 10 millions de touristes pour une dépense globale de 5,2 milliards d’euros en 2016 selon Atout France. Pour découvrir ces destinations, le vélo constitue un outil particulièrement adapté : il permet de visiter un village viticole, explorer un grand domaine, déguster la production d’une cave locale, ou encore traverser des vignes sans en altérer l’équilibre fragile.

Valoriser les régions viticoles
Nombreux sont les itinéraires cyclables qui intègrent des éléments sur l’histoire des vignobles et la
spécificité des paysages traversés à leur promotion. L’association pour le développement touristique Provence Rhône Ventoux (ADTHV) a mis en place sur son territoire l’itinéraire du Tour des Côtes du Rhône à Vélo. En partenariat avec les départements de Vaucluse et de la Drôme, le Syndicat des vignerons des Côtes du Rhône et InterRhône, elle s’est appuyée sur la charte paysagère du Syndicat pour créer une carte et un carnet de route détaillant les différents
cépages, terroirs et paysages que les cyclistes peuvent rencontrer sur leur parcours : Côtes-du-Rhône Villages, Gigondas, Vacqueyras, ou encore Châteauneuf-du-Pape. Les territoires valorisent également leur patrimoine viticole par le biais d’événements spécifiques. Anjou Vélo Vintage, en
Maine-et-Loire, est devenu le festival incontournable des passionnés de vélo en mode rétro. Le festival a rassemblé en 2018 plus de 40 000 visiteurs, à travers notamment un village vintage où de nombreux vignerons locaux ont pu présenter leurs produits. L’organisation de plusieurs randonnées a aussi permis à 8 300 touristes à vélo de sillonner les sites emblématiques du vignoble saumurois. Le SlowUp Alsace propose tous les ans de découvrir la Véloroute du Vignoble à pied, à vélo, ou en roller. Plus de 44 000 personnes ont participé, le 3 juin dernier, aux dégustations et activités ludiques proposées. À travers ces événements, les collectivités affirment leur dynamique vélo pour faire découvrir, ou redécouvrir, le patrimoine viticole de leur territoire.

Préserver le patrimoine naturel et culturel des vignobles
« Les itinéraires cyclables du territoire ont été des éléments essentiels de l’inscription, en juillet 2015, des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO » décrit Marie-Claire Bonnet-Vallet, présidente de Côte-d’Or Tourisme. Dans ce processus de préservation, le vélo est un moyen de transport à privilégier pour valoriser les vignobles réputés de Bourgogne : Côte de Nuits, Côtes de Beaune, Côtes-Chalonnaise, Maconnais et autres Chablisiens.

Un soutien à l’activité économique des vignobles
Révolue, la croyance selon laquelle le cycliste est un simple consommateur de barres énergétiques. Le touriste à vélo est un gourmet, désireux de découvrir des produits locaux. Les chiffres clés 2017 publiés par Vélo & Territoires situent les dépenses des touristes à vélo entre 62 € et 105 € par jour et par personne sur les principaux itinéraires français. « La création d’itinéraires cyclables sécurisés et balisés est très bénéfique pour le développement de l’oenotourisme. La fréquentation touristique
augmente dans les villages de la route
des vins d’Alsace grâce à la Véloroute
du vignoble » assure Anne Freyder, responsable de l’oenotourisme au Conseil interprofessionnel
des vins d’Alsace. Les itinéraires cyclables constituent donc un potentiel soutien à l’activité économique de territoires dont la richesse dépend parfois essentiellement de la viticulture.

Quelles stratégies de labellisation vélo et vin ?

Le tourisme à vélo et l’oenotourisme peuvent être liés via des stratégies de labellisation. La marque nationale Accueil Vélo, réservée aux établissements qui se trouvent à moins de cinq kilomètres des itinéraires cyclables, garantit des services adaptés aux touristes à vélo selon un référentiel de qualité. Le label Vignobles & Découvertes, « distingue les destinations proposant une offre complète, correspondant à une pratique de court séjour, pertinente sur la thématique du vignoble, et de qualité ». Nombreux sont les territoires qui souhaitent aujourd’hui accorder la marque Accueil Vélo à des établissements d’hébergement, de dégustation, et aux sites de visite déjà estampillés Vignobles & Découvertes. « C’est une perspective intéressante pour faire connaître à la fois notre vin et nos itinéraires cyclables. L’idée ce serait de développer deux offres touristiques complémentaires »
témoigne Michel Dietlin, directeur du pôle Développement touristique à l’Agence alpine des territoires en Savoie.

Comment développer des partenariats fructueux entre vélo et vignes ?

 

Apaiser les réticences et favoriser la concertation dans le développement des itinéraires
Si l’intérêt des itinéraires cyclables à travers les vignes est indéniable, leur développement peut
poser des difficultés. « Pour les vignerons, l’exploitation de la vigne constitue parfois une ressource
suffisante qu’ils ne considèrent pas nécessaire de compléter. Plus encore, les itinéraires cyclables sont vus dans certains cas comme préjudiciables pour le développement de leur activité » témoigne Christophe Richard du département de la Côte-d’Or. La crainte des dégradations, des vols de raisins, ou des conflits d’usage avec les cyclistes constituent le principal frein au développement des itinéraires cyclables à travers les vignes. Seul le dialogue entre les collectivités et les vignerons peut lever ces freins, et ainsi rassurer les exploitants. Pour limiter les réticences des acteurs locaux, les coordinateurs d’itinéraire cyclable doivent penser leurs projets de la façon la plus inclusive possible. L’expérience des territoires montre que des vignerons s’opposent parfois au passage de cyclistes dans leurs parcelles. En Côte-d’Or par exemple, la réalisation du tronçon de la voie des Vignes situé entre Beaune et Dijon a été soumise à une forte opposition de la part des vignerons locaux. Mais la concertation permet d’engager le dialogue et de minimiser les éventuels conflits. La profession viticole est, dans la plupart des régions, organisée en syndicats et comités
interprofessionnels. Ils constituent des interlocuteurs privilégiés pour entamer ce dialogue.

Panneau de partage d’itinéraire ©CD51

Sensibiliser au partage de l’espace dans les vignes
Le partage de l’espace peut être source de conflits. Les itinéraires cyclables qui traversent des vignes empruntent, la plupart du temps, des chemins ruraux peu fréquentés qui sont historiquement les voies d’accès des exploitants à leurs parcelles. Sur ces chemins relevant du domaine privé des communes, le maire est investi du pouvoir de police de la circulation : il doit y assurer la sécurité des usagers et organiser le partage de l’espace entre vignerons et cyclistes. « Il est nécessaire de s’approprier le fait que ces chemins, une fois aménagés, deviennent des espaces de loisir, et non plus seulement des espaces de travail » explique Jacqueline Van Der Zalm, responsable de l’itinérance vélo pour Gironde Tourisme. La communauté d’agglomération Dracénoise et le département de la Côte d’Or communiquent des « codes de bonnes pratiques » aux cyclistes sur le respect de la propriété des vignerons. Dans les vignobles de Champagne, des panneaux ont été installés pour prévenir les cyclistes de la possibilité de croiser un enjambeur ou une autre machine agricole. Ils rappellent aussi aux exploitants qu’ils travaillent sur des espaces
partagés avec des familles à vélo.

Développer un accueil adapté aux touristes à vélo
Si l’accueil des touristes est depuis longtemps ancré dans la culture viticole de certaines régions
comme l’Alsace ou la Vallée de la Loire, d’autres régions manquent encore d’infrastructures et de
services adaptés. Développer la vente directe est bien sûr primordial. Mais comment transporter les bouteilles de vin à vélo ? « Proposer des solutions de vente par correspondance est un enjeu important pour nous aujourd’hui. En Savoie, nous disposons de très bons exemples issus de la filière fromagère. Pourquoi ne pas envisager la même chose pour le vin ? » rapporte Pascal Perroud de l’Agence alpine des territoires en Savoie.

La question phytosanitaire
Le travail viticole nécessite l’usage de certains produits, comme le cuivre ou le soufre, pour prévenir la vigne d’éventuelles maladies. Même dans le cas d’un traitement biodynamique, qui se généralise aujourd’hui, ces pratiques peuvent constituer un danger pour l’homme en cas d’exposition prolongée. Les exploitants restent juridiquement responsables des produits qu’ils utilisent, ainsi que des risques éventuels pour la santé d’autrui. Les collectivités limitent ces risques en sensibilisant les exploitants à un usage raisonné des produits phytosanitaires et en multipliant les mesures de prévention. Sur l’itinéraire de la Vigne à Vélo en Dracénie, la communauté d’agglomération met en place des panneaux d’information détaillant les différentes périodes de traitement de la vigne. Et le partenariat avec les vignerons semble fonctionner. « Cette activité (le cyclisme, ndlr) ne perturbe pas notre travail. Les deux activités ne se chevauchent pas la plupart du
temps » témoigne Aurélie Bertin, propriétaire du Château Sainte Roseline qui jouxte l’itinéraire

Accompagner une offre de prestataires privés
En Anjou, la maison Bouvet Ladubay propose la visite de caves à vélo. Par petits groupes, les
cyclistes explorent le dédale d’anciennes carrières réinvesties pour la fabrication du Brut de Loire
sur un parcours de huit kilomètres, accompagné d’une dégustation des cuvées Bouvet Ladubay. En Côte d’Or, Bourgogne Évasion propose une offre similaire. « Depuis plus de quinze ans, nous faisons découvrir les vignobles des Côtes de Beaune, Côte de Nuits et Côte Chalonnaise, via différents circuits à vélo autour de la voie des Vignes. Les parcours sont complétés par une dégustation des vins locaux » explique Florian Garcenot, directeur des lieux. « Ces initiatives privées rendent le tourisme à vélo plus accessible pour les personnes qui ne seraient pas des afficionados du vélo. Mais ces offres doivent être complétées par des itinéraires locaux pour les cyclistes qui souhaitent traverser le vignoble en toute autonomie » souligne Jacqueline Van Der Zalm. Le Maine-et-Loire, par exemple, a mis en place plusieurs boucles depuis La Loire à Vélo® à travers les coteaux du Layon, de Saumur, et de l’Aubance. La Gironde, pour sa part, travaille à la valorisation de certaines boucles locales, utilisant comme fil rouge le Tour de Gironde à vélo. Les vignobles du Blayais, du Libournais, de l’Entre-deux-Mers ou encore du Médoc y sont à l’honneur. En Vaucluse, sur l’impulsion du Tour des Côtes du Rhône à vélo et du maillage de boucles locales dans les vignes, le vélo est un vecteur de lien pour promouvoir les destinations Vignobles & Découvertes. La croisée des terroirs est une randonnée VTT dans les Dentelles de Montmirail initiée par l’Appellation des vins de Gigondas. Autre exemple, le domaine de Coyeux et le Clos de Caveau proposent des boucles en VAE avec dégustation au coeur des Dentelles.

Vélo et vin : destins croisés ?
Les perspectives de développement du vélo à travers les grands vignobles français sont nombreuses. Certaines régions profitent d’ores et déjà de dynamiques importantes en termes de tourisme à vélo et d’oenotourisme, et souhaiteraient mieux lier ces deux domaines. D’autres voient le vélo comme un moyen de développer l’attractivité touristique de leurs vignobles. Quoi qu’il en soit, les itinéraires cyclables à destination touristique et le vin font bon ménage : il serait intéressant d’étendre cette « dynamique vélo » à d’autres spécialités gastronomiques des territoires français dans le futur.

Antoine Coué

Vélo & Territoires, la revue