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Christophe Nadjovski

À 49 ans, l’élu parisien vient d’ajouter la présidence de la fédération européenne des cyclistes à ses prenantes fonctions d’adjoint à la mairie de Paris en charge des transports, des déplacements, de la voirie et de l’espace public. Un challenge charnière pour ce disciple de René Passet, titulaire d’un DEA en économie de l’environnement? Rencontre avec un pragmatique pour qui chaque avancée nécessite autant de conviction que de patience et de concertation.

Le vélo et vous,ça remonte à l’enfance ?
Comme la plupart des adultes, j’ai envie de dire ! Entre autres souvenirs, je me rappelle d’un vélo
Kalkhoff que mes parents m’avaient offert lorsque j’avais six ou sept ans… Ma pratique s’est ensuite
intensifiée lorsque j’étais étudiant. C’était dans les années quatre-vingt-dix, à Paris, c’est-à-dire
à une époque où la capitale manquait cruellement d’infrastructures cyclables. C’est d’ailleurs ce constat quotidien qui m’a vite conduit à militer aux côtés d’associations de cyclistes, notamment
à l’occasion de la manif’ à vélo qui se tenait une fois par mois durant ces années-là. Donc oui je
pense pouvoir affirmer aujourd’hui que le vélo a joué une grande part dans mon éveil et ma prise
de conscience écologiste.

L’action politique est donc apparue comme la suite logique de ces premiers engagements…
Cette thématique a effectivement compté au nombre de mes premiers actes et de mes premiers champs d’action en tant qu’élu. La première fois, c’était en 2001, et je me suis vu confier la délégation aux transports dans le 12e arrondissement de Paris. Il faut bien se souvenir qu’à l’époque, le vélo, pour beaucoup de gens, c’était avant tout une niche pour doux rêveurs. Nous nous heurtions à des oppositions structurelles fortes, notamment lorsqu’il s’agissait de réduire voire de supprimer des places de stationnement automobile. Les mentalités ont beaucoup évolué à ce niveau-là et, si des freins demeurent, ils sont aujourd’hui moins culturels que générationnels.

Quand situez-vous le point de bascule de cette prise de conscience environnementale, à Paris ?
Cela s’est fait progressivement, au fil du début des années deux mille. Au fur et à mesure les Parisiens se rendaient compte que quelque chose clochait au niveau de la pollution de l’air, de son impact sur la santé, etc. Aujourd’hui le mouvement est massif et globalement accepté, tant au niveau de l’urbain que du périurbain, de l’approche quotidienne que de l’approche touristique.

Le 19 mai dernier à Milan, vous avez officiellement pris la présidence de la Fédération européenne des cyclistes (ECF). Pourquoi vous ?

C’est l’ECF qui est venue me chercher. Cette institution, qui agit depuis plus de trois décennies en
faveur du vélo, prône des valeurs de responsabilité et de coopération auxquelles j’adhère à 100 %,
et que j’entends à mon tour diffuser auprès des décideurs locaux, des associatifs et de tous les
interlocuteurs susceptibles d’être concernés par cette thématique dans le cadre de notre stratégie pour 2030. C’est là mon véritable rôle au sein de cette ECF nouvelle formule : faire infuser la culture vélo, en m’appuyant sur l’expérience qui est la mienne à l’échelle d’une ville comme Paris, et exercer un travail d’influence, de persuasion et de concertation auprès des villes ou des institutions avec lesquelles nous serons amenés à échanger.

Vous succédez à l’Allemand Manfred Neun, qui dirigeait l’ECF depuis 2005. Comment vous situez-vous par rapport à cet héritage ?
Une passation a eu lieu entre nous à Milan. Manfred Neun a présidé l’ECF pendant douze années, et forcément son empreinte est profonde. Deux points nous séparent tout de même. Le premier est que mon prédécesseur était président à temps plein, ce qui n’est pas mon cas en raison de mes responsabilités d’adjoint à la mairie de Paris. Le second est que je viens d’un pays qui, s’il a beaucoup avancé ces dernières années sur les thématiques vélo, ne perd pas de vue qu’il n’est ni le Danemark, ni les Pays-Bas, ni même l’Allemagne.

Justement. Ce rappel rejoint l’idée selon laquelle la géopolitique en matière cyclable tend à situer la France parmi les pays « du Sud » – avec tout ce que ces guillemets impliquent en termes de niveau de développement…
Voilà. Nous sommes des ambassadeurs. En matière de vélo, l’important est moins l’idéologie que le bon sens. Le potentiel est exceptionnel. En ville, le vélo est de loin le meilleur mode de transport et, en matière de tourisme, il fait vivre l’économie locale d’un territoire. Ceci posé, les références danoise, néerlandaise ou allemande ont vingt, trente voire quarante années d’expériences et d’ancienneté sur ces questions. Comprendre ceci est fondamental pour nous Français mais aussi pour la plupart des autres pays adhérents à l’ECF. Agir, c’est possible, même en partant de loin. Mais il faut accepter l’idée d’être patient et de tâtonner. Car même les villes les plus à la pointe aujourd’hui en sont passées par là en leur temps. Il ne faut jamais l’oublier et c’est aussi l’un des aspects de mes nouvelles fonctions.

Quel bilan tirez-vous du congrès Velo-City qui s’est tenu à Rio, en juin ?
Je retiens le défi que c’était d’organiser cet événement en Amérique du Sud, en particulier dans un
pays, le Brésil, qui connaît une phase économique et sociale difficile. Ce cadre nous a permis de décentrer notre regard en touchant du doigt les paramètres de pauvreté, d’inégalités sociales et d’exclusion. Et, à cause ou grâce à cela, la participation comme la qualité des débats ont été au rendez-vous.

À Paris, votre génération d’élus a essuyé et essuie encore les plâtres lorsqu’il s’agit de poser les jalons d’une politique cyclable structurée, ambitieuse et durable.  Comment gardez-vous le cap ? Pour faire le parallèle avec un autre sujet, vous retrouvez-vous dans l’expression « devoir d’une génération1 » ?
Complètement. De la même manière, je me retrouve aussi dans celle qui dit que « Nous ne léguons pas la terre à nos enfants, nous la leur empruntons ». Nos enfants n’ont pas choisi d’être dans ce monde et, tant qu’ils ne sont pas en âge de le faire, n’ont pas de prise pour le changer. Personnellement mon crédo serait le suivant : il faut essayer d’améliorer les choses, quand bien même le succès n’est pas toujours au rendez-vous. Pour moi le vélo, ça va bien au-delà d’un simple mode de déplacement. C’est un mode de vie, une philosophie qui mérite l’énergie que nous y consacrons. En fait, c’est comme l’acte de pédaler : un vélo n’avance pas seul, c’est nous qui l’actionnons… Longtemps d’ailleurs nous avons cru que le futur serait fait de voitures volantes. Aujourd’hui, deux roues posées au sol et, pour les faire tourner, un humain libéré de ses oeillères qui regarde enfin loin devant : et si c’était ça le futur, au fond, tout simplement ?

Propos recueillis par Anthony Diao

Les 4 principaux objectifs de la stratégie de l’ECF pour 2030

Douze années. C’est le temps qui s’est écoulé entre la prise de fonction de l’Allemand Manfred Neun à la tête de l’ECF, et son passage de relais à Christophe Najdovski, son successeur français. Douze années, c’est aussi le temps qu’il reste pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie 2030 de l’institution. Ceux-ci peuvent être rassemblés autour de quatre axes. Le premier concerne l’accession des interlocuteurs du vélo au statut de partenaire égal dans le système de la mobilité. Le deuxième axe consiste à faire progresser la part modale du vélo de 50 % entre 2019 et 2030 dans l’Union européenne. Sur la même période, le troisième axe vise au contraire à diminuer de moitié le nombre de cyclistes tués ou sérieusement blessés, rapportés au nombre de kilomètres parcourus. Enfin le quatrième axe principal entend faire progresser l’investissement de l’Union européenne dans le vélo jusqu’à atteindre les trois milliards d’euro sur la période 2021-2027 puis six milliards d’euros sur la période 2028-2034.

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