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Batteries VAE, la vie d’après

Extrait de Vélo & Territoires, la revue n°52

Basée sur le volontariat, la filière de collecte et de recyclage des batteries de VAE connaît sa première année en 2018. Genèse d’une démarche sécurisante, cohérente et responsable.

Une hausse de 90 %. C’est le coefficient multiplicateur inédit qui a fait passer le nombre de vélos à assistance électrique (VAE) vendus en France de 134 000 unités en 2016 à 255 000 en 2017. Un boom à relier au coup de pouce de 200 € de l’État proposé entre février 2017 et janvier 2018 pour inciter à l’achat de VAE, mais un boom qui oblige aussi à une prise de recul si ce n’est de conscience. Quid en effet de l’impact environnemental de la mise sur le marché de dizaines de milliers de batteries pesant chacune trois kilos en moyenne et riches en acier, en fer, en nickel, en cobalt et en manganèse ? Dès 1991, l’Union européenne – alors appelée Communauté économique européenne – avait acté les principes de filière spécifique de collecte et de traitement par recyclage de ce type de déchets, ainsi que la responsabilité élargie des producteurs pour la gestion de la fin de vie des piles et accumulateurs mis sur le marché par leurs soins. D’alinéas en alinéas, ce sera finalement une directive de 2006 qui sera transposée en droit positif français par le décret n°2009-1139 du 22 septembre 2009, avant de figurer en bonne place dans le Code de l’Environnement au moment d’un autre boom décisif, celui des téléphones portables.

Corepile, le pilier

« Par producteur, il faut entendre toute entreprise qui, à titre professionnel fabrique, importe, introduit pour la première fois en France ou revend sous sa seule marque des batteries de VAE et autres batteries de micro-mobilités électriques1 » précise David Turmel, directeur des opérations et du développement chez Corepile et chef de projet sur la filière de collecte de batteries VAE. Corepile ? Un éco-organisme créé en 2003 par les principaux fabricants ou distributeurs, passé sous agrément d’État en 2010, et devenu leader pour tout ce qui concerne « la collecte, le recyclage des piles et des accumulateurs portables pour le compte de ses adhérents metteurs sur le marché en France », dixit la brochure de présentation.

Union Sport & Cycle

Fin 2016, Corepile et l’Union Sport & Cycle ont commencé à se rapprocher sur cette thématique.
L’Union Sport & Cycle représente « la première organisation professionnelle du secteur sport », forte de 1 400 entreprises, 500 marques, 3 000 points de vente, 80 000 salariés et 11 milliards d’euros de chiffre d’affaire cumulé. Héritière des historiques FIFAS (Fédération des industries françaises d’articles de sports), FPS (Fédération professionnelle des entreprises du sport) et Univelo (syndicat représentant depuis 1890 les intérêts du cycle), l’Union Sport & Cycle a pour mission « d’être au service des entreprises de la filière du sport, des loisirs, du cycle et de la mobilité active », ainsi que le rappelle Jocelyn Loumeto, chargé de la commission cycle et mobilité active au sein de l’Union Sport & Cycle.

Volontariat et pédagogie

Au terme d’une année d’échanges, le partenariat entre Corepile et l’Union Sport & Cycle a débouché début 2018 sur la naissance d’une filière collective pour le recyclage des batteries industrielles que constituent celles de VAE ou d’e-EDP. Fondée sur le volontariat et la pédagogie – en attendant un arsenal réglementaire plus coercitif à l’égard des réfractaires -, cette filière s’articule autour de deux principes : premièrement pour chaque batterie mise sur le marché, le responsable de celle-ci s’acquitte d’une éco-participation auprès de Corepile ; deuxièmement Corepile récupère gratuitement les batteries usagées rapportée par les propriétaires de VAE ou d’e-EDP auprès de points de vente ou de détaillants.

Marge de progression

Au terme du premier semestre 2018, quelques 670points de collecte sont aujourd’hui agréés selon lecahier des charges Corepile. David Turmel estime d’ailleurs « à la louche faute de traçage précis à 25à 30 tonnes de piles collectées, contre une vingtaine pour l’année 2017 ». Un démarrage en trombe, certes encore loin des « 45 à 50 % de taux de collecte atteints au bout de quinze ans par la filière portable », par exemple, mais qui place d’ores et déjà la France « en avance sur les temps de passage souhaités par les directives de l’Union européenne » selon Jocelyn Loumeto. « Nous allons relancer une campagne d’information cet automne pour continuer à communiquer sur ces filières et convaincre nos adhérents. Schématiquement, les grosses entreprises connaissent leurs obligations. Celles qu’il nous faut aller chercher, ce sont surtout les petites entreprises, les détaillants, en gros ceux qui n’ont pas encore eu l’information faute de disponibilité, par exemple. Notre marge de progression est encore importante. » Si l’achat d’un VAE représente pour beaucoup d’usagers un geste fort en direction de la planète, « le souci du devenir de ses composants en constitue un second, tout aussi capital, à terme, que le premier », conclut David Turmel. Comme un cycle dans le cycle.

Rappel

Le 15 septembre 2017, l’association Rudologia publiait les conclusions d’une étude réalisée pour le compte de Corepile et de Screlec, autre éco-organisme a but non lucratif agréé par les pouvoirs publics, dont la double mission est d’une part de prendre en charge les piles et les petites batteries usagées, et d’autre part de sensibiliser les citoyens à la collecte sélective de ces déchets. Menée au printemps 2017 sur un échantillon représentatif portant sur plus des deux tiers des tonnages collectés en France et traités, cette étude confirmait la capacité du secteur du recyclage à créer de l’emploi, en raison notamment des compétences techniques requises aux différentes étapes de la filière. En attendant les premières études VAE ?

Anthony Diao

Vélo & Territoires, la revue